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by Tasha Kerry on 05/12/2018 | Culturel

Canada : affronter la pénurie de cannabis

Canada Quelques semaines après que le Canada est devenu le premier pays du G7 à légaliser le cannabis, de nombreux magasins, physiques et en ligne, peinent à répondre à une demande dépassant les prédictions. La pénurie, que certains estiment être causée par les nouvelles régulations, est telle que plusieurs consommateurs se tournent vers le marché noir.


La pénurie canadienne en cannabis ne surprend pas

Avant la légalisation, le marché canadien du cannabis produisait environ 80 000 kg de cannabis annuellement pour ses quelque 200 000 patients médicaux. En 2017, le Bureau du directeur parlementaire du budget du Canada a publié un rapport établissant que d’ici 2018, la consommation canadienne de cannabis s’élèverait à 655 000 kg, et que d’ici 2021, elle pourrait passer à 734 000 kg par année pour répondre à la demande de plus de 5 millions de consommateurs.

Avançons dans le temps à octobre 2018. Quelques jours seulement après la légalisation, on rapporte que des magasins se retrouvent les étagères vides, que des milliers de ventes en ligne ne peuvent être traitées et que plusieurs sites web sont paralysés ; à l’extérieur des magasins, des files d’attente interminables, et chez les détaillants et les consommateurs, une grande frustration. Durant la première journée de vente, la SQDC responsable de toutes les ventes au Québec a enregistré plus de 12 500 transactions en succursales, et 30 000 commandes en ligne, surpassant de loin les prédictions.

Canada : affronter la pénurie de cannabis

En Colombie-Britannique, un seul magasin était ouvert le matin de la légalisation, le BC Cannabis Store de Kamloops. High North, une entreprise familiale située au Labrador, s’est retrouvée à court de stock trois heures seulement après l’ouverture et ne sait pas quand elle recevra d’autres produits. Living Skies Cannabis, un détaillant de Saskatoon, est prêt à vendre, mais ne parvient pas à trouver un approvisionnement fiable. « Il n’y a tout simplement pas beaucoup de stock, a déclaré Cierra Sieben-Chuback, propriétaire du magasin. C’est plus ou moins généralisé à l’échelle du pays ».

Au Nouveau-Brunswick, 12 des 20 succursales de la province ont dû fermer en raison de ruptures de stock. On pouvait lire sur le site web de l’agence responsable de la vente de cannabis le message suivant : « Les détaillants à la grandeur du Canada font face à une situation similaire ». En Ontario, certains produits vendus en ligne sont épuisés, et l’approvisionnement se fera selon des délais considérables.

Bruce Lipton, PDG de Canopy Growth, appelle à la patience et rappelle aux gens que la légalisation est un processus : « Il ne peut y avoir 14 000 magasins [de marijuana] ouverts dès le premier jour. Pendant quelque temps, il faut s’attendre à ce que la demande excède l’offre ». Vic Neufeld, PDG d’Aphria, affirme que la demande excède ce qui avait été anticipé et que les problèmes dans la chaîne d’approvisionnement sont normaux, comparant la situation à « une autoroute de cinq voies réduite à une voie ».

Quelle est la cause de la pénurie canadienne ?

Santé Canada, le ministère canadien qui émet les licences aux producteurs, a reconnu le problème de l’approvisionnement en 2017 et a entrepris d’accélérer le processus de demande de licences pour augmenter le nombre de producteurs autorisés le plus rapidement possible. A l’heure actuelle, le Canada compte 132 producteurs autorisés de cannabis. Ensemble, ils détiennent le capital pour augmenter la production à 500 000 kg, mais les experts estiment qu’il serait possible d’attendre jusqu’à trois ans avant qu’ils puissent répondre à la demande.

Selon Santé Canada, l’offre actuelle peut combler entre 30 et 60 % de la demande. Le ministère affirme que les producteurs ont expédié jusqu’à présent plus de 14 500 kg (32 000 lb) de cannabis séché et 370 litres (81 gallons) d’huile de cannabis, et que ces derniers ont rapporté des réserves de plus de 90 000 kg de produits séchés et de  41 000 litres d’huile.

Cependant, plusieurs estiment que ces problèmes sont causés par les mesures de contrôle rigides qu’exerce le gouvernement sur la distribution et la vente de cannabis.  Alors que la Colombie-Britannique, l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador permettent au secteur privé d’entrer sur le marché de détail, au Québec, à l’Ile-du-Prince-Edouard, en Ontario, en Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick, seuls les magasins approuvés par le gouvernement peuvent vendre du cannabis.

Canada : affronter la pénurie de cannabis

En outre, le nombre de magasins varie largement d’une province à l’autre. En Alberta, jusqu’à 250 magasins devraient ouvrir pendant la première année, contre 40 en Ontario, et moins de 20 au Québec et au Nouveau-Brunswick. Toutes les provinces sont confrontées à de longs délais dans l’octroi des licences, ce qui cause l’incertitude et la frustration des entreprises et des consommateurs.

Tôt en novembre, le gouvernement de l’Ontario a publié ses règlements pour les magasins privés de cannabis. Dès le 17 décembre, il sera possible de faire la demande de permis, et aucun permis ne sera délivré aux détaillants de cannabis ayant commencé leurs activités après la date de la légalisation, le 17 octobre. Quiconque ayant des liens avec le crime organisé ou incapable de démontrer sa conformité aux lois fiscales sera aussi banni de l’industrie.

Les consommateurs se plaignent aussi de la grande disparité des prix d’une province à l’autre. Par exemple, un gramme de Lemon Skunk coute 11,22 $ en Colombie-Britannique et 15,50 $ au Nouveau-Brunswick. Le prix avant taxe pour des fleurs est estimé à 7,50 $ le gramme. Un des premiers consommateurs à avoir visité un magasin du Cannabis NB de Moncton (Nouveau-Brunswick) est reparti sans faire d’achat, estimant que les prix étaient trop élevés.

Comment rétablir la situation de pénurie au Canada ?

En 2015, lorsque le premier ministre Trudeau a annoncé son intention de légaliser le cannabis, son but était d’éliminer les « organisations criminelles » qui le vendaient. Par conséquent, la nouvelle réglementation impose de lourdes amendes à ceux qui vendent du cannabis sans permis. Avant le 17 octobre, la vente de cannabis s’accompagnait de courtes peines de prison, ou pire.

Aujourd’hui, ceux qui vendent du cannabis sans permis, ou aux mineurs, s’exposent à des peines allant jusqu’à 5 millions de dollars et/ou 14 ans de prison. Jodie Emery, une des activistes cannabiques canadiennes les plus célèbres, écrivait ceci sur Twitter le 9 novembre : « Pénurie de cannabis légal ? Pourquoi ne pas légaliser les milliers de fournisseurs existants qui, depuis des décennies, répondent à la demande de manière pacifique, consensuelle et sans force ni coercition ? La C-B est connue partout dans le monde pour avoir des tonnes de cannabis d’excellente qualité. C’est déjà en place. »

Les vendeurs du marché noir sont heureux de constater la fermeture d’autant de magasins, leurs concurrents. Ils s’attendent à ce que les consommateurs demeurent loyaux envers eux, puisque leurs prix sont meilleurs. « La majorité des gens ne sont pas des connaisseurs et n’ont pas tant d’argent à dépenser en pot », a déclaré en interview un vendeur clandestin au Guardian.

« Ils veulent de bons prix, et ne se soucient pas trop, ou pas du tout, de la qualité. Si le gouvernement fixe un prix trop élevé pour le pot, ces gens-là n’ont pas trop d’options, ils resteront sur le marché noir. » Aussi, comme le gouvernement a décidé d’imposer une limite en THC d’environ 20 %, plusieurs consommateurs continueront de s’approvisionner sur le marché noir qui offre des buds de meilleure qualité.

« Le gouvernement ne s’y connaît pas en culture de cannabis », voilà une opinion que la rédactrice de cet article a entendue mainte fois durant son séjour à Toronto l’été passé. Un vendeur clandestin était du même avis : « [le pot du gouvernement] sera produit à grande échelle, comme les bières Labatt ou Budweiser, de manière commerciale, générique, dont le goût sera toujours le même. Comme il ne sera pas trop fort, finalement on ne fait qu’acheter une saveur ».

Rosalie Wyonch, analyste des politiques de l’Institut C.D. Howe, n’est pas surprise par la pénurie de cannabis au Canada, et prédit que le gouvernement pourrait perdre jusqu’à 800 millions de dollars au marché noir. En entretien avec Merry Jane, Emery a critiqué la nouvelle réglementation, déclarant que « la légalisation devrait être la légalisation de l’industrie qui a grandi malgré la prohibition au lieu d’exclure les pionniers [de l’industrie] et les victimes de la prohibition. »

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