Compte-rendu sur le Cannabis Capital Convention 2018

Cannabis Capital Convention Soyons honnêtes : l’attention portée sur le cannabis par le milieu des affaires et le milieu bancaire suscite énormément de méfiance et de doutes. Michael Kraland, organisateur du Cannabis Capital Convention, l’admet : toutes les personnes concernées se demandent « voilà les complets ; que va-t-il se passer ? ». Pouvons-nous prédire ce qui arrivera ?


La récente grande nouvelle concernant le lancement éventuel d’une boisson gazeuse infusée au cannabis par Coca-Cola a rencontré autant d’incrédulité et d’excitation dans le monde conventionnel, que de scepticisme et de méfiance dans le milieu cannabique. Des rumeurs voulant que Pepsi songe également à quelque chose de semblable ont fait les manchettes quelques semaines plus tard.

Deux types d’eaux pétillantes non alcoolisées aromatisées au houblon et infusées au cannabis, déjà disponibles en Californie, sont produites (en collaboration avec une entreprise d’extraction) et commercialisées par la brasserie Lagunitas, une filiale de Heineken. Bien qu’étiquetées « infusée au cannabis », ces eaux pétillantes ne contiennent pas le spectre complet des éléments biochimiques présents dans le cannabis. L’une d’elles renferme ce qui semble être un mélange équilibré de 5 mg de THC et de 5 mg de CBD par portion de 355 ml. L’autre ne contient que 10 mg de THC pour la même portion, ce qui n’apparaît vraiment pas judicieux  compte tenu de ce que l’on connaît sur l’effet entourage et de ce qui survient lorsque du THC isolé du CBD (que cette vidéo nomme à tort « cannabanoïde ») est administré.

On pourrait très bien interpréter ce type d’approche de la façon suivante : « nous prendrons la drogue de votre choix, pour laquelle vous avez risqué l’emprisonnement et l’ostracisme, et nous la diluerons, la purifierons, la rendrons moins plaisante et l’emballerons, avant de vous la revendre ». Qui ne serait pas méfiant dans ces circonstances ? Et ce n’est qu’un exemple d’une entreprise créant un nouveau produit à base de cannabis. Quelles autres conséquences pourraient survenir lorsque les « gros capitaux » s’en mêleront ? Seront-ils prêts à écouter les expériences de ceux qui ont façonné le cannabis et qui ont préservé sa clandestinité au cours des soixante-dix dernières années ?

Compte-rendu sur le Cannabis Capital Convention 2018
Pause-café lors du Cannabis Capital Convention, un événement tenu à l’EYE Filmmuseum d’Amsterdam.

« Si l’argent entre et remplace les personnes qualifiées, alors l’argent est absurde »

La salle Cinema 1 de l’EYE Filmmuseum d’Amsterdam est presque pleine et, hormis le conférencier, presque silencieuse. Robert Cheney de C21 Investments prononce les mots que de nombreux cultivateurs de cannabis seraient soulagés d’entendre, mais on ignore si quelqu’un dans la salle se décrirait ainsi parmi ces investisseurs, gens d’affaires, entrepreneurs et chefs d’entreprises. Ici, il y a davantage d’expertise dans le domaine de la gestion financière que dans celui de la culture du cannabis, et c’est la première fois que ces deux mondes s’entrechoquent de telle manière en terre néerlandaise.

C’est également un auditoire composé principalement d’hommes blancs. Sur un total approximatif de 300 personnes, la salle compte environ 25 femmes et peut-être 5 personnes de couleur. Une seule femme figure parmi les 13 conférenciers. Le segment démographique présent dans la salle ne représente en aucune façon le segment propre à la consommation de cannabis et aux arrestations liées au cannabis aux E.-U. et en Europe.

Ces personnes n’investissent toutefois pas dans des graines de cannabis à cultiver à la maison, ni dans des buds à consommer pour le plaisir ou pour soulager la douleur. Ils n’ont pas déboursé des centaines d’euros par billet pour consommer du cannabis ouvertement et sans crainte, comme les juges de la Cannabis Cup ont fait à l’apogée de cet événement. Ils sont ici pour déceler les possibilités d’investissement sur le marché du cannabis légal, un marché sans précédent et en pleine expansion.

Compte-rendu sur le Cannabis Capital Convention 2018
Michael Kraland (gauche), organisateur du Cannabis Capital Convention, et Randy Torcom de C21 Investments.

Le Cannabis Capital Convention est une initiative de Michael Kraland, spécialiste en investissements financiers, auteur et fondateur de deux sites internet néerlandais de services bancaires d’investissement. Homme d’affaires accompli, Kraland est suffisamment établi pour être indifférent à la stigmatisation qu’il confirme être encore associée au cannabis. Il est, au contraire, très intrigué par le potentiel d’investissement du marché du cannabis en pleine expansion. Il a donc décidé de rassembler certains des grands groupes canadiens et américains, et des entreprises néerlandaises reconnues du secteur cannabique dans le but d’examiner de quelles façons le milieu des investissements financiers et le milieu cannabique peuvent tirer profit l’un de l’autre.

Les figures et graphiques qui paradent sur l’écran de cinéma au cours de la journée sont stupéfiants, même pour les personnes travaillant au sein de l’industrie néerlandaise. Citons par exemple la prévision selon laquelle en 2020, un an et demi après la légalisation complète en Californie, les ventes de cannabis à usage récréatif dépasseront les ventes de vin – non pas d’alcool en général, mais bien de vin uniquement.

La consommation annuelle de cannabis est évaluée à 3 000 tonnes en Europe, et à 6 250 tonnes en Amérique du Nord

Alex Brooks de Canaccord Genuity, le plus grand courtier indépendant en valeurs mobilières au Canada, offre l’une des présentations les plus convaincantes. Alex, un Anglais sobrement factuel doté d’une connaissance approfondie indéniable des services bancaires d’investissement, révèle que le marché européen du cannabis récréatif est évalué à plus de 25 milliards d’euros par année, même si sa légalisation complète demeure peu probable à court terme. Le marché des « produits de mieux-être » à base de CBD rattrape rapidement son retard : en Europe, les revenus pour l’année 2018 sont évalués à 200 millions d’euros. La présentation d’Alex met en évidence que le liquide à vapoter à base de CBD constitue la plus importante catégorie de produits, tout en affichant une photo du produit de Sensi Seeds. Non seulement ces chiffres concernent l’Europe, ils deviennent encore plus intéressants pour les investisseurs lorsqu’on tient compte que la consommation européenne de cannabis représente moins de la moitié de la consommation nord-américaine.

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Alex Brooks de Canaccord Genuity expose en détail l’énorme potentiel des produits de bien-être à base de CBD.

Christine Smith, PDG de Grön, est tout aussi convaincante. Avec Sky Pinnick et Russ Rotondi de Phantom Farms, elle a visité le Hash Marihuana & Hemp Museum le jour avant la tenue du Cannabis Capital Convention. Elle a été enchantée et fascinée par la diversité des expositions, mais passablement étonnée d’apprendre à ce moment-là qu’elle était la seule femme conférencière. Ironiquement, elle l’a appris au milieu de l’exposition en cours intitulée We Are Mary Jane: Women of Cannabis (Nous sommes Mary Jane : les femmes du cannabis), laquelle a été prolongée en raison de sa popularité.

N’y allant pas par quatre chemins, elle remercie Michael Kraland pour cette « occasion d’être la conférencière-alibi » dès qu’elle monte sur scène à l’heure propice de 16 h 20. Avant de faire son entrée dans le monde du cannabis, Christine a connu un succès considérable dans un milieu dominé par les hommes et où la pression est forte, celui de l’architecture. Elle se concentrait au départ sur la conception d’emballages destinés aux produits comestibles. Cependant, ses compétences et principes sont si élevés qu’elle était incapable de trouver des produits alimentaires à base de cannabis qui répondaient aux exigences définies par ses créations. L’étape suivante, logique mais audacieuse, était de créer ses propres produits.

 

Une nouvelle approche au marché des produits comestibles

Les chocolats de Grön ne sont pas que magnifiquement emballés : leur élaboration est révélatrice d’une nouvelle approche au marché des produits comestibles, axée sur le microdosage. Les produits comestibles ont déjà eu la réputation bien méritée de roulette russe de la consommation de cannabis en raison des facteurs de l’effet entourage et de leurs interactions avec le métabolisme. Pour ses produits, Grön a parfait la technique d’élimination des terpènes, optant uniquement pour des quantités de CBD et de THC soigneusement mesurées. La gamme complète des chocolats Grön ne contient qu’entre un quart et la moitié de la limite légale imposée pour le cannabis à usage récréatif. Ceci donne lieu à des effets prévisibles et reproductibles pouvant être appréciés sans crainte de connaître des heures de psychoactivité non désirée. Les chocolats Grön sont donc conçus pour que des personnes, décrites par Christine comme des « adeptes », puissent se détendre et relaxer sans tomber dans l’excès.

Photographie de Christine Smith prise à Amsterdam au Filmmuseum durant la Cannabis Capital Convention. Christine présente un masque pour le visage à base de CBD.
Christine Smith, PDG de Grön, une entreprise novatrice de luxueux produits art de vivre à base de cannabinoïdes.

Grön ne s’arrête pas là. Christine a récemment ouvert le premier café CBD de l’Oregon, lequel permet à des adeptes potentiels d’essayer toutes sortes de produits raffinés infusés au CBD. La prochaine étape, qui emballe Christine au point de le communiquer clairement à son auditoire, consiste à combiner la fructueuse formule de Grön à une nouvelle gamme de produits de bien-être. Stephen Murphy de Prohibition Partners, un autre conférencier, a confirmé plus tôt dans la journée que « le cannabis devient une différence essentielle pour les entreprises de produits de beauté et de bien-être, et les clients ». Et ce sujet revient tout au long de la journée.

Ériger des barrières, établir des ponts

Comme le dit Alex, l’approche de Canaccord Genuity consiste à « ériger des barrières » en matière d’investissements commerciaux entre les quatre différents marchés occupés par le cannabis : les marchés pharmaceutique, du CBD et du bien-être, du cannabis à usage médical et du cannabis à usage récréatif. Il y aura des entreprises pour lesquelles un ou deux de ces marchés seront beaucoup plus intéressants que les autres ou qui se tiendront à distance d’un marché particulier (probablement l’usage récréatif), malgré sa légitimité croissante. Le but de ces divisions n’est pas d’écarter ou de discriminer un domaine au détriment des autres, mais bien de simplifier le tout pour les entreprises ou les individus pouvant être quelque peu déroutés par un marché qui a été illicite tout au long de leur vie, et qui, soudainement, promet de les rendre très, très riches.

Photo d'une diapo présentée par Christine Smith lors de la Cannabis Capital Convention organisée à Amsterdam dans les locaux du Filmmuseum. La diapo montre que le marché du cannabis se divise en 4 catégories : l'usage pharmaceutique (« Pharmaceutical »), le bien-être (« CBD / Wellness »), l'usage médicinal (« Medicinal ») et récréatif (« Recreational »).
Les quatre marchés distincts pour les produits à base de cannabis tels que définis par Canaccord Genuity : les marchés pharmaceutique, du CBD et du bien-être, du cannabis à usage médical et du cannabis à usage récréatif.

 Pour Alex Brooks du moins, il y a davantage à ce marché émergent que le simple potentiel d’enrichissement. Le congrès inaugural Cannabis Capital Conference termine avec une table ronde composée de Alex, Christine Smith, Michael Kraland, ainsi que Tjalling Erkelens et Mauricio Agudelo de Bedrocan. La première déclaration d’Alex n’a rien à voir avec l’argent. Il profite plutôt de cette occasion où tous les regards sont sur lui pour affirmer son aversion pour un marché (de la drogue) qui trouve actuellement acceptable que de jeunes gens meurent dû à l’illégalité et à la non-règlementation de ses produits.

Protéger les droits des cultivateurs amateurs

Il convient de soulever ce point, lequel a été, la journée durant, l’éléphant dans la salle. Cette « ruée verte », cette corne d’abondance et de possibilités remplie de cannabinoïdes, n’est possible que parce que des gens possédant beaucoup moins ont tout risqué pour résister aux restrictions imposées par la prohibition. Pour plusieurs, le résultat a été la perte de leur liberté, de moyens de subsistance, de vie. C’est assez rassurant qu’au moins une des figures majeures présentes ici aujourd’hui le reconnaisse sur scène. En dehors de la scène, lors d’un moment plus paisible, Eric Shoemaker de Swell Industries décrit la signification de tout cela pour les petits cultivateurs amateurs comme « un dialogue entre adultes concernant des choix d’adultes… nous devons absolument protéger les droits des cultivateurs amateurs. Ils l’ont maintenu en activité pendant la prohibition. »

Compte-rendu sur le Cannabis Capital Convention 2018
De gauche à droite: Christine Smith, Alex Brooks, Tjalling Erkelens, Mauricio Agudelo et Michael Kraland.

Après une journée entière parmi des banquiers spécialisés en placements, des conseillers financiers, des « cannapreneurs » et des experts du milieu des affaires, il ne fait aucun doute que ce type d’événement est totalement différent des Cannabis Cups, des festivals des récoltes et des Liberation Days généralement couverts par Sensi Seeds – ce qui ne le rend pas affreux. Il y a un sentiment d’optimisme, d’accessibilité à de nouveaux sommets. Il peut être épuisant de constamment savoir, consciemment ou non, qu’on enfreint la loi, qu’il y a un risque inhérent à simplement faire ce en quoi on croit, même si ça n’empêche pas de le faire pour autant. Ce risque et cet épuisement n’affectent pas l’énergie du groupe de personnes rassemblées dans l’EYE Filmmuseum. Ces personnes ont beaucoup à offrir au milieu du cannabis, tout comme ce milieu a, et nous avons, beaucoup à leur offrir. Il faut maintenant s’écouter et apprendre les uns des autres.

Quel est votre avis sur l’implication des gros capitaux dans le milieu du cannabis ? Êtes-vous un investisseur tentant de comprendre ce monde qui était auparavant clandestin ? Faites-nous savoir dans les commentaires qui suivent !

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World Company

Beuuuar !

14/10/2018

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