Bien qu’Internet regorge d’informations exactes et actuelles au sujet du cannabis médicinal, il est presque impossible de trouver une seule source fiable qui couvre tout ce qu’il y a à savoir. Nous avons donc colligé des centaines de données en ligne – résumés de nouvelles, analyses de gouvernements et d’ONG, points de vue des patients – afin de vous offrir un aperçu complet du statut du cannabis médicinal en Europe.
Nous avons visé la clarté et la précision à tous égards, mais nous reconnaissons que le domaine législatif peut parfois être flou et truffé de malentendus. En outre, comme les lois changent rapidement, nous effectuerons des mises à jour tous les trois mois, ou plus régulièrement s’il y a lieu. Nous vous invitons à partager tous commentaires, réactions, corrections, puisque votre contribution nous permettra de créer une ressource véritablement interactive qui demeurera pertinente pendant des années !
Cette carte illustre de manière générale la légalité et la disponibilité du cannabis médicinal en Europe. Sont représentés en vert tous les pays qui ont adopté des lois en matière de cannabis médicinal, approuvé la vente de cannabis médicinal ou de médicaments à base de cannabis ou rendus disponibles d’une manière ou d’une autre du cannabis médicinal ou des médicaments à base de cannabis.
À première vue, la situation semble favorable dans la majorité des pays européens. Cependant, il importe d’approfondir l’analyse afin de cerner réellement la situation, puisque les lois et les pratiques en vigueur varient énormément d’un pays à l’autre.
Certains pays qui ont adopté des lois permettant prétendument la distribution de cannabis médicinal n’autorisent pas, en réalité, que ses citoyens en consomment ; d’autres pays permettent l’ordonnance de quelques dérivés de cannabis ou de cannabinoïdes de synthèse, mais interdisent la plante entière. Enfin, certains pays possèdent des lois relativement souples qui autorisent la culture personnelle de cannabis médicinal, l’existence de clubs sociaux cannabiques où les patients peuvent s’approvisionner et une gamme de médicaments d’ordonnance.
Certains pays en vert n’ont aucune loi en matière de cannabis et n’approuvent aucun médicament à base de cannabis actuellement disponible, mais procurent à quelques patients du cannabis médicinal ou des médicaments à base de cannabis en vertu d’une autorisation réglementée spéciale. Dans ces pays, les autorités nationales de santé publique importent les médicaments sur une base stricte et limitée de cas par cas. Évidemment, il ne s’agit pas de systèmes idéaux, mais dès qu’un pays adopte une loi ou permet à ses citoyens de recevoir du cannabis médicinal ou un médicament à base de cannabis, il est illustré sur la carte en vert.
Si vous voulez en connaître davantage sur les médicaments à base de cannabis actuellement disponibles en Europe, consultez notre article Cannabinoïdes en médecine – un aperçu à l’intention des médecins et des professionnels publié en mars 2016.
D’abord, regardons la disponibilité du Sativex. Bien qu’étant un médicament controversé, le Sativex est parvenu avec succès à intégrer la majorité des marchés en Europe et plusieurs à l’étranger. Les facteurs qui contribuent à la controverse sont multiples.
De nombreux activistes et patients jugent injuste et discriminatoire le fait d’autoriser et de réglementer l’utilisation du Sativex (ce qui est le cas dans la majorité de l’Europe) tout en interdisant le cannabis en tant que tel, d’autant que le médicament est essentiellement du cannabis puisqu’il est composé d’extraits de la plante entière (contrairement aux médicaments composés de molécules uniques et synthétiques, tels le Nabilone et le Dronabinol dont nous parlerons plus loin).
Ces préoccupations sont exacerbées par le fait que dans plusieurs pays, le Sativex est inabordable et sa disponibilité varie sporadiquement. Au Royaume-Uni, ce n’est que le système national de soins de santé du pays de Galles qui l’offre pour traiter la spasticité liée à la sclérose en plaques depuis août 2014 à la suite des recommandations du All Wales Medicines Strategy Group (AWMSG). Ainsi, la majorité des coûts est couverte par les autorités sanitaires et les patients ne doivent que débourser une somme minime.
Cependant, le National Institute for Health and Care Excellence (NICE) n’a pas recommandé l’ordonnance de Sativex en Angleterre dans son guide clinique 2014 puisqu’il « n’est pas un traitement rentable ».
En avril 2011, le Scottish Medicines Consortium (SMC – l’équivalent écossais de NICE) avait aussi annoncé qu’il ne serait en mesure d’offrir le Sativex en vertu du fait que GW Pharmaceuticals ne lui avait pas soumis d’autorisation de mise en marché. Les patients d’Angleterre et d’Écosse désirant obtenir du Sativex doivent se tourner vers le secteur privé et assumer la totalité des frais.
Le problème des coûts excessifs affecte aussi la France où les autorités ont approuvé le Sativex en 2013 mais n’ont toujours pas conclu d’entente avec le distributeur de GW Pharmaceuticals, Admirall, quant à son prix de vente. Sensi Seeds avait rapporté en décembre 2015 que le Sativex n’était toujours pas disponible en France et qu’il était fort improbable qu’il le soit prochainement.
En Finlande, au Danemark et en Norvège, la disponibilité du Sativex est strictement limitée au cas par cas et le médicament est largement inabordable en comparaison avec d’autres formes de cannabis médicinal. Toutefois, la situation finlandaise s’est grandement améliorée au cours des dernières années (depuis l’adoption de lois en matière de cannabis médicinal en 2008) ; le nombre de patients recevant du Sativex ou du cannabis Bedrocan est passé de 12 en 2010 à environ 200 en 2014.
En Irlande et à Malte, le Sativex a techniquement été approuvé, mais n’a jamais été prescrit – en Irlande, le problème des coûts excessifs retarde la situation alors qu’à Malte, la seule demande reçue jusqu’à présent a été rejetée par les autorités sanitaires.
GW Pharmaceuticals profite d’un quasi-monopole du marché légal du cannabis médicinal alors que les individus qui cultivent des quantités personnelles de cannabis continuent d’être criminalisés presque partout en Europe. La majorité des patients qui cultivent de petites quantités pour leur usage personnel le font puisqu’il s’agit de leur seule option abordable. Le fait que ces individus continuent d’être persécutés pour des activités uniquement motivées par des raisons économiques démontre l’échec des autorités nationales et supranationales européennes.
Le nabilone et le dronabinol, commercialisés sous les noms de Marinol et Cesamet (ou Canemes dans certains pays) sont deux molécules simples analogues de THC synthétique qui ont également été approuvées dans plusieurs pays d’Europe. Généralement, elles sont prescrites pour le traitement de nausées, de vomissements et de perte de poids qui accompagnent le cancer ou le VIH.
Puisque le nabilone et le dronabinol sont des médicaments de synthèse à molécules simples, leur efficacité demeure limitée et ils comportent plus d’effets secondaires que le cannabis en soi. Plusieurs pays les ont autorisés alors qu’ils continuent d’interdire la consommation de cannabis médicinal, comme le Danemark qui a approuvé des milliers de demandes de Marinol depuis les dix dernières années, et aucune de cannabis Bedrocan.
Le dronabinol et le nabilone ont été élaborés il y a plus de 30 ans mais ne sont jamais devenus populaires, ni auprès des patients ni auprès des professionnels de la santé. Bien qu’ils aient été ordonnés à beaucoup plus de patients que le Sativex, des signes indiquent clairement que ce dernier commence à être plus disponible, accepté et populaire. Il s’agit là d’une tendance encourageante qui pointe vers la supériorité de la valeur médicinale de la plante entière de cannabis en comparaison avec les médicaments de synthèse à molécules simples.
En Allemagne, le nabilone et le dronabinol sont apparemment encore disponibles sur prescription, mais depuis 1991, ils ne le sont pas sur les marchés ouverts en tant que produits médicaux (c.-à-d. qu’ils ne sont pas pré-emballés et disponibles à l’achat en pharmacies).
Il est intéressant de noter que le dronabinol est inscrit à la liste de l’annexe du droit international, étant un stéréo-isomère du THC, alors que le nabilone ne l’est pas puisque sa structure moléculaire diffère substantiellement de celle de véritables cannabinoïdes. En Islande par exemple le dronabinol est techniquement banni, mais l’Agence islandaise des médicaments l’exempte et l’autorise dans des cas particuliers. Le nabilone ne fait l’objet d’aucune interdiction. Invariablement, ces deux médicaments ont été prescrits très faiblement et seulement sous autorisations réglementées spéciales.
Les pays qui autorisent l’utilisation de cannabis Bedrocan (ou d’autres produits du même fabricant tels le Bediol, Bedrobinol, etc.) sont beaucoup moins nombreux, et dans la plupart des cas, sa disponibilité est très limitée et le médicament doit être importé au cas par cas par les autorités sanitaires nationales.
Comme Bedrocan offre des fleurs de cannabis, on peut d’abord penser que les pays européens qui autorisent de tels produits sont plus progressistes, mais en réalité, la situation est un peu plus complexe.
Bien que les produits Bedrocan sont considérés plus appropriés que le Sativex pour une variété de raisons, les patients demeurent mécontents. En Norvège et en Finlande par exemple, les produits Bedrocan ne peuvent être importés que sur une base restrictive de cas par cas sous l’autorisation des autorités sanitaires. Ils représentent une option relativement abordable – en Finlande, trois flacons de Sativex contenant 810 mg de THC et 750 mg de CBD coûtent 650 € ; il en coûte 200 € ou moins pour obtenir les fleurs Bedrocan contenant les mêmes quantités de ces cannabinoïdes.
Cependant, très peu d’individus ont réellement accès au Bedrocan (en Finlande, 123 en 2012, bien que le nombre ait probablement augmenté depuis), et le nombre de conditions pour lesquelles il est prescrit est très limité.
Aux Pays-Bas, Bedrocan est devenu le seul producteur autorisé de cannabis médicinal en 2003 à la suite de l’entrée en vigueur en 2001 d’une loi légalisant prétendument le cannabis pour usage médical. Le Bureau néerlandais pour le cannabis médicinal (OMC) a aussi été créé en 2003.
Avant cette date, au moins un autre fournisseur offrait du cannabis médicinal (apparemment moins cher et plus efficace) – Marpharm BV, une entreprise qui se restreint aujourd’hui à la production de produits de CBD – et des milliers de patients recevaient de leur médecin une ordonnance qu’ils pouvaient présenter à plus de 1000 pharmacies. Ce système n’était pas légal, mais il était toléré, et combien plus adéquat pour les patients.
En 2001, l’OMC a été mis sur pied (selon les règles du traité des NU, un pays doit créer un bureau responsable du cannabis médicinal s’il veut le rendre disponible) et en 2003, la nouvelle politique de réglementation est entrée en vigueur. Malheureusement, ces changements ont peut-être restreint l’accès des patients néerlandais au cannabis médicinal – selon la Fondation d’intérêt public pour l’efficacité du cannabis médicinal (BSEMC), entre 10 000 et 15 000 patients avaient accès à du cannabis médicinal sous l’ancien système alors qu’entre 2003 et 2013, seulement 140 patients par année ont pu en recevoir.
Une étude de l’Université d’Utrecht publiée en 2013 présente des statistiques annuelles beaucoup plus élevées (environ 1000 patients par année). Nous attendons actuellement les données exactes que nous fournira le OMC et nous apporterons des mises à jour aussitôt que possible.
Les inquiétudes des patients face aux produits Bedrocan ne se limitent pas à la disponibilité et les coûts. Tous leurs produits sont irradiés par rayons gamma afin d’éliminer toutes traces de pesticides, de métaux lourds et de microorganismes. Cette pratique sanitaire qu’impose l’OMC suscite des inquiétudes quant à son efficacité et son innocuité, incitant plusieurs patients à se détourner des pharmacies pour s’approvisionner plutôt dans les coffeeshops.
De plus, tel que l’a rapporté Sensi Seeds cette année, Bedrocan peine à approvisionner les autres pays européens. À titre d’unique fournisseur de cannabis médicinal en Europe, la demande pour ses produits ne cesse d’augmenter, si bien qu’en 2015, l’entreprise a dû ouvrir de nouvelles unités de production. En dépit de cela, Bedrocan ne peut toujours pas satisfaire la demande.
Les gouvernements d’un nombre restreint de pays européens ont décidé que la solution résidait dans le contrôle et la réglementation du marché du cannabis médicinal. Évidemment, de tels programmes gouvernementaux offrent l’avantage d’offrir du cannabis à des patients enregistrés à un coût beaucoup plus bas que les produits actuellement disponibles.
À l’heure actuelle, les seules nations européennes à avoir instauré un programme gouvernemental de production contrôlée de cannabis médicinal sont l’Italie, les Pays-Bas et la République tchèque. Comme nous l’avons déjà souligné, les Pays-Bas ont octroyé le seul permis de production de cannabis médicinal à l’entreprise Bedrocan BV. L’Allemagne se penche actuellement sur l’élaboration d’un programme similaire, mais il est peu probable qu’il entre en vigueur avant 2017.
Nous n’incluons par le Royaume-Uni aux pays producteurs de cannabis médicinal, en dépit du fait qu’il a autorisé GW Pharmaceuticals à cultiver du cannabis et produire le Sativex. En effet, le Sativex n’est pas distribué en tant que plante entière ou fleurs de cannabis (en plus de ne pas être facilement accessible).
En République tchèque, l’entreprise de logistique Elkoplast est autorisée à produire du cannabis médicinal en utilisant les variétés et l’expertise de Bedrocan. Selon les rapports, Elkoplast a distribué sa première récolte de 11 kg en février 2016 : l’entreprise vend son cannabis à environ 100 couronnes (3,70 €) le gramme (en comparaison à 300 couronnes, 11 €, pour du cannabis Bedrocan importé). Elkoplast a l’intention de produire 40 kg cette année.
L’an dernier, la vingtaine de médecins tchèques autorisés à prescrire du cannabis médicinal ont permis à seulement 30 patients d’y avoir accès. On prévoit une nette augmentation du nombre de patients avec l’entrée en vigueur du nouveau système. Ce n’est qu’en 2013 que le cannabis médicinal est devenu légal dans ce pays, et depuis, la situation progresse rapidement.
En Italie, l’armée a récemment effectué sa première récolte de cannabis médicinal destiné aux patients détenant une prescription. L’armée prévoit cultiver 100 kg cette année – ce qui représente environ le double de ses importations actuelles provenant des Pays-Bas. Les autorités sanitaires régionales veulent le distribuer entre 5 et 15 € le gramme, ce qui est nettement inférieur aux 40 € qu’il est coûte pour les produits Bedrocan.
Fait intéressant, tout médecin italien peut prescrire à un patient du cannabis médicinal, situation très différente de la majorité des autres nations européennes où le cannabis ne peut être prescrit que par des spécialistes tels des neurologues et des oncologues. De plus, il semble que le nombre de médecins disposés à prescrire du cannabis est relativement élevé, et les patients sont de plus en plus favorables à ce type de traitement.
Cependant, cette tendance a partiellement été connue par le grand volume de demandes d’importation de produits Bedrocan déposées au OMC néerlandais pas les patients italiens. Les récoltes de l’armée n’ont pas encore été distribuées, et le processus a été considérablement retardé à ce jour. L’Italie fait toutefois preuve d’une attitude progressiste malgré ses difficultés logistiques, et le progrès auquel le pays est parvenu est encourageant.
En général, le contrôle par l’Etat de tels programmes implique l’octroi de permis de culture de cannabis à un seul producteur. Ce système est loin d’être idéal pour plusieurs raisons. Les problèmes les plus communément cités concernent un approvisionnement insuffisant, comme on peut le constater avec Bedrocan, un manque de concurrence dans les prix, des variétés insuffisantes et une qualité parfois compromise.
Dans le système italien de contrôle par l’Etat de la production de cannabis, les individus n’ont pas le droit de cultiver des quantités personnelles de cannabis. La même chose est vraie aux Pays-Bas et en République tchèque. En janvier 2016, il avait été largement diffusé que la culture de cannabis médicinal avait été décriminalisée, mais il ne semble pas que ce soit effectivement le cas.
Le premier ministre italien, Matteo Renzi, avait rendu publique en janvier une longue liste de réformes mineures, incluant l’annulation des peines criminelles liées à la culture de cannabis médicinal. Dans les faits, cette clémence ne s’applique qu’aux chercheurs ou aux personnes « travaillant dans le domaine du cannabis médicinal », et non pas à la population générale.
Ainsi, le système italien a été critiqué de ne pas adopter de véritables lois en la matière, assurant le monopole des profits potentiels et empêchant les patients de pouvoir choisir et de demeurer anonymes. En outre, il est peu probable que l’armée puisse produire assez de cannabis pour combler la demande, et comme le système de la santé italien est fragmenté régionalement, certains craignent que le prix du cannabis gouvernemental varie énormément d’un endroit à l’autre. On rapporte également que les récoltes seront irradiées aux rayons gamma, ce qui soulève les mêmes inquiétudes qu’aux Pays-Bas.
Cependant, des changements décisifs surviendront en Italie dans les prochaines années. Des débats sont actuellement en cours au sein du Parlement italien au sujet de la possibilité de prendre les mesures nécessaires afin de légaliser le cannabis médicinal et récréatif. Les discussions se poursuivent, et lorsque la situation s’éclaircira, nous mettrons à jour nos renseignements.
La décriminalisation de la culture personnelle est un très bon indicateur pour déterminer le niveau de tolérance d’un pays envers le cannabis médicinal.
La culture individuelle de cannabis est illégale dans tous les pays européens. Cependant, une poignée de nations ont décriminalisé ou dépénalisé la culture personnelle à des fins médicinales ; plusieurs autres pays ont pris des mesures de décriminalisation, ou sont en processus d’instauration de lois récemment adoptées. Enfin, d’autres pays encore ont créé un précédent en n’imposant pas de peines criminelles aux cultivateurs médicinaux et ce, en dépit des lois nationales.
Il est important de souligner que plusieurs pays européens ont une attitude incohérente lorsqu’il s’agit de mettre en pratique les lois relatives à la culture et la possession de cannabis pour un usage personnel. Nombreux sont les pays qui adoptent une attitude de tolérance qui ne concorde pas avec les lois ; il est donc difficile de se prononcer sur la situation en vertu du caractère non officiel, et donc non documenté de leur attitude. De plus, les politiques peuvent changer à tout moment sans nécessairement être appuyées par la législation.
Il est donc extrêmement difficile d’identifier avec certitude les pays qui tolèrent la culture de quelques plants. Nous avons fait de notre mieux pour fournir le plus de lumière sur la situation avec l’information dont nous disposions.
L’Espagne, les Pays-Bas, la République tchèque et la Belgique sont incontestablement les pays les plus tolérants en matière de culture personnelle de cannabis et disposent généralement de lois qui confirment ou protègent le droit des individus de cultiver quelques plants (les Pays-Bas et la République tchèque permettent jusqu’à 5 plants, la Belgique un seul).
En Espagne, aucune loi ne spécifie que la culture de cannabis est permise, mais le pays possède des lois stipulant qu’il est permis de posséder et de consommer en privé toute drogue. En outre, un grand nombre de précédents juridiques s’est accumulé au fil des 20 dernières années. En 1993, les prédécesseurs de ce qui allait devenir les clubs sociaux cannabiques ont vu le jour, utilisant les lois actuelles en matière de possession de drogues pour défendre l’argument selon lequel les associations collectives et privées de culture de cannabis devraient aussi être légales. Après des années d’opposition et de disruption de projet, les autorités ont éventuellement cessé leurs persécutions et permis aux clubs d’effectuer leurs activités, ce qui a eu pour effet d’accroître le nombre de tels endroits.
La situation au Royaume-Uni est aussi intéressante. La culture personnelle de cannabis est très répandue et des milliers d’individus font pousser leur cannabis médicinal. Plusieurs cultivateurs personnels s’étant fait arrêter n’ont pas été traités sévèrement, et dans certains cas où la culture a été clairement associée à un usage médical nécessaire, aucune accusation n’a été portée. Tout de même, bien d’autres cultivateurs continuent de se faire criminaliser à l’échelle du pays.
Une des raisons qui explique ce manque d’uniformité dans l’application de la loi est attribuable en partie à une priorisation inégale de la part des forces de l’ordre régionales dans le domaine des crimes liés au cannabis. En effet, de nombreux policiers britanniques ont admis avoir adopté une attitude non officielle de tolérance face aux cultivateurs de cannabis pour libérer les ressources nécessaires à s’attaquer à des crimes plus sérieux.
La Suisse a quant à elle un bilan mitigé dans le dossier des droits de culture – en raison d’un vide juridique, les citoyens suisses avaient la permission de cultiver, entre 1995 et 1999, du « chanvre » sans égard à la concentration maximale de THC, et même une fois la loi modifiée, les boutiques ont continué à vendre du cannabis jusqu’en 2005, au moins. À présent, la loi ne soutient pas la culture personnelle, mais les rapports de cultivateurs s’étant fait poursuivre sont extrêmement rares.
Plusieurs autres pays ont adopté d’importantes mesures de décriminalisation telle que l’annulation de peines carcérales, d’amendes et de frais administratifs. Par exemple, l’Etat insulaire de Malte a récemment adopté des lois qui décriminalisent la culture de quantités personnelles de cannabis. La manière dont la législation sera appliquée reste toutefois à déterminer.
Finalement, la Suède, l’Allemagne et la Bulgarie ont toutes établi des précédents juridiques lorsque des cultivateurs de cannabis médicinal sont parvenus à remporter leur cause et échapper aux poursuites intentées contre eux.
Les quelques pays européens qui ont décriminalisé la culture personnelle et permis l’ouverture de clubs sociaux cannabiques (CSC) sont sans conteste les plus tolérants de tous, bien qu’aucun d’eux ne possède un système totalement dépourvu de problèmes. En règle générale, les clubs sociaux sont apparus dans les pays où il existait déjà une forte sous-culture de consommation de cannabis, leur rôle principal étant d’assurer la qualité, l’innocuité et l’uniformité du produit par rapport à ce qui est disponible sur le marché noir.
Il est important de noter que les clubs sociaux cannabiques ne représentent en aucun cas un concept arbitraire. Afin d’être reconnus par ENCOD (la Coalition européenne pour des politiques justes et efficaces en matière de drogues qui a joué un rôle fondamental dans la création de tels clubs sociaux en Europe), les CSC doivent se conformer à une gamme d’exigences.
Les CSC doivent d’abord être des associations légalement enregistrées, et en vertu de ce statut, ils ont des comptes à rendre aux autorités locales et nationales. De plus, le code de conduite des CSC dicté par ENCOD établit les cinq principes généraux suivants :
Ce n’est que lorsqu’un CSC répond à toutes ces exigences qu’ENCOD le reconnaît comme une entité légale et officielle. En dépit de cette obligation, plusieurs CSC fonctionnent actuellement (surtout en Espagne) sans être officiellement reconnus par ENCOD.
En Espagne, où les CSC ont vu le jour pour la première fois, la situation est effectivement complexe. Le système fonctionne généralement bien, le cannabis étant abondamment disponible à des prix raisonnables, mais souffre tout de même de quelques lacunes.
Bien que les clubs doivent fonctionner à titre non lucratif, plusieurs entrepreneurs se laissent tenter par la possibilité de retirer un revenu considérable, s’éloignant ainsi de la mission première qui est d’assurer le bien-être des patients. En outre, à Barcelone et ailleurs, les autorités ont exigé la fermeture de centaines de CSC qui ne se sont pas soumis aux normes de santé et de sécurité imposées ou qui avaient commis des infractions mineures.
ENCOD reconnaît actuellement la légitimité de CSC dans quatre pays seulement : deux en Belgique, sept en Espagne, un aux Pays-Bas et un en Slovénie. Le CSC slovène est officiellement enregistré auprès des autorités locales, et selon des interviews, il fournirait du cannabis médicinal à ses patients. Toutefois, la loi slovène ne permet pas encore la culture de cannabis médicinal par le public en dépit de l’entrée en vigueur en 2014 d’une loi permettant l’approvisionnement de cannabinoïdes médicaux.
D’autres pays tels le Royaume-Uni, l’Autriche, la France et l’Allemagne, déploient des efforts considérables afin de mettre en place les premiers jalons nécessaires à l’établissement de CSC officiels aussitôt que la législation le permettra.
Le site UKCSC.co.uk fournit une longue liste de clubs sociaux cannabiques « officiels », certains d’entre eux fournissant apparemment du cannabis à leurs membres. Il est cependant important de noter que les lois britanniques ne permettent pas encore la culture personnelle de cannabis et qu’à ce titre, ces CSC ne sont pas officiellement reconnus par ENCOD. En dépit de cela, le réseau prend rapidement de l’ampleur et procure un soutien et de l’information cruciale à ses membres, mais aussi aux médias, au gouvernement et au public général.
Lorsque toutes les variables sont prises en considération, on peut constater que plusieurs pays qui prétendent offrir du cannabis médicinal ne le permettent en réalité pas. Dans les faits, ils ne font pas preuve de plus d’ouverture que les pays qui ont rejeté le concept jusqu’à maintenant.
Nous avons donc classé sur une échelle de 0 à 24 tous les pays européens en fonction de leur niveau de tolérance (0 étant le moins tolérant, et 24 le plus tolérant).
Il n’est pas surprenant de découvrir que les pays européens les plus tolérants à l’égard du cannabis médicinal sont les Pays-Bas, l’Espagne et la République tchèque. Cette dernière est peut-être la plus surprenante puisqu’elle a tourné le dos à son héritage soviétique avec un empressement surprenant pour adopter des politiques en matière de drogues modernes et progressistes, se positionnant à l’avant-scène européenne.
Ces trois puissances sont suivies de près par l’Allemagne et l’Italie qui progressent rapidement, et par la Belgique qui fait preuve d’une attitude incohérente par rapport au cannabis mais où plusieurs patients font tout de même pousser leur cannabis médicinal ou du moins, peuvent s’en procurer.
Nous avons ensuite les pays qui font des progrès, mais qui demeurent réticents à adopter des changements législatifs et où le cannabis médicinal n’est offert qu’à un nombre restreint et limité de patients. Cette situation s’applique à la France, l’Irlande, l’Islande, le Portugal, les pays baltes et tous les pays scandinaves.
La Russie maintient ses politiques draconiennes en matière de drogues malgré la parution récente de rapports – erronés – qui prétendaient le contraire. Medicalmarijuana.eu et MERCY ont en effet déclaré que la Russie avait décriminalisé la culture personnelle d’un maximum de 20 plants, mais une étude approfondie révèle que ce n’est pas le cas : la culture de toute quantité de cannabis peut mener à des poursuites criminelles, et la culture de 20 plants ou plus est considérée comme une « quantité importante ».
La Grèce est sans conteste le pays le plus hostile de l’Europe. On y criminalise de manière agressive tous les types de cultivateurs, et le concept de cannabis médicinal n’y est pas reconnu. C’est un fait, à part quelques exceptions, la région des Balkans continue d’adhérer à des politiques en matière de drogues des plus régressives.
Il est surprenant de constater que le Portugal demeure hostile envers le cannabis médicinal et ce, en dépit de sa décision historique de décriminaliser la possession de quantités personnelles de drogues en 2001. La France n’est pas tolérante non plus, faisant preuve de répression depuis des années, et restreignant l’accès au cannabis médicinal.
Les micro-Etats de Saint-Marin, de Monaco, d’Andorre, du Luxembourg et du Liechtenstein n’ont fait que de très faibles efforts de légalisation du cannabis médicinal. Au moins, les résidents d’Andorre peuvent s’approvisionner en cannabis médicinal auprès de leurs voisins, en Catalogne.
La liste des pays qui ont fait des progrès remarquables mais qui doivent poursuivre leurs efforts pour parvenir à offrir du cannabis médicinal inclut la Suisse, l’Autriche et la Slovénie. La Pologne présente aussi une situation favorable, et un rapport récent suggère que des progrès surviendront prochainement.
Malte, qui vient tout juste de légaliser toute forme de cannabis médicinal, est aussi un pays surprenant. Cette petite nation insulaire possède une vibrante sous-culture de consommation de cannabis ; elle vient tout juste de décriminaliser la culture personnelle, et le cannabis médicinal sous plusieurs formes est offert ouvertement (bien qu’un rapport récent souligne le rejet d’une première demande (de Sativex) puisque le traitement n’avait pas été prescrit par un « spécialiste »).
Il est aussi pertinent de noter le progrès accompli par plusieurs pays d’Europe de l’Est qui ont récemment divergé de l’attitude soviétique bornée en matière de drogues qui persiste encore aujourd’hui. La Slovénie, la Macédoine, la Croatie et la Serbie, par exemple, font preuve de plus en plus de tolérance à l’égard du cannabis, et promettent un avenir luisant dans ce domaine. La Croatie et la Macédoine ont toutes deux fait la manchette cette année pour avoir adopté des lois en matière de cannabis médicinal ; la Serbie et la Slovénie ont récemment légalisé les dérivés à base de cannabis, bien que certains activistes n’y voient qu’une demi-mesure grandiloquente.
Pour sa part, bien qu’il existe au Royaume-Uni de nombreux activistes et cultivateurs, le pays a connu une longue succession de gouvernements fermement hostiles au cannabis. Toutefois, la présence de cette forte population d’activistes/cultivateurs et l’apparition d’un vaste réseau de clubs sociaux cannabiques régionaux indiquent que le changement est imminent. En revanche, les incertitudes entourant le Brexit pourraient très bien reléguer au second plan la question de la légalisation du cannabis, comme il a été le cas de nombreuses fois dans le passé.
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