by Micha on 03/12/2018 | Opinion

Qui légalisera le cannabis après l’Uruguay et le Canada ?

Cannabis légal En Uruguay, le cannabis est légal depuis 2013, alors qu’au Canada, il l’est depuis quelques mois. La légalisation pourrait aussi bientôt survenir au Mexique, aux Pays-Bas, en Suisse, en Allemagne, en Jamaïque et au Lesotho. Il y a aussi trois endroits particuliers: les E.-U., la Suisse et l’Israël. Cet article analyse la situation dans tous ces pays.


Lorsque l’Uruguay a légalisé le cannabis récréatif en 2013, on ne s’était pas imaginé que cinq ans et demi plus tard, une nation du G8 comme le Canada allait aussi prendre cette voie. Ceux qui suivent ces développements mondiaux conçoivent bien que d’autres pays s’ajouteront à la liste dans un avenir rapproché. Lesquels ? Voici une énumération sommaire des plus potentiels candidats.

1. Mexique

Le voisin du sud des E.-U. pourrait adopter une loi réglementant la culture et la vente dès la mi-2019. A la suite d’une décision sans précédent de la Cour suprême le 31 octobre, le futur président a annoncé la légalisation prochaine du cannabis. Le juge n’avait fait que déclarer illégales les amendes données pour la consommation, la possession et la culture de petites quantités. Pourtant, le 8 novembre dernier, la sénatrice Olga Sanchez du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI) qui entrera bientôt au pouvoir a fait la déclaration suivante lorsque le projet de loi a été présenté au Sénat à Mexico :

« Il nous faut réévaluer les politiques en matière de drogues de notre pays. Il est temps de faire des changements, il s’agit d’un sujet controversé depuis très longtemps déjà. Dans notre pays, la guerre armée contre les drogues n’a fait qu’augmenter le taux de mortalité. Nous ne sommes pas en faveur de la déréglementation de toutes les drogues, nous voulons réglementer le cannabis […] Cela favoriserait considérablement la paix dans notre cher pays. »

La sénatrice a présenté une proposition législative qui fournit des règlements détaillés pour encadrer la vente déjà prévue de produits de cannabis destinés aux adultes. Son projet de loi de 75 pages permettrait à tous les adultes de cultiver jusqu’à 20 plantes actuellement illégales et de récolter jusqu’à 480 grammes par année pour servir des fins personnelles. Les produits comestibles demeurent toutefois illégaux.

2. Pays-Bas

Malgré le grand nombre de coffeeshops, le cannabis demeure illégal aux Pays-Bas. Après près de 50 ans de tolérance, et près de deux décennies de politiques gouvernementales conservatrices, le créneau des amateurs de cannabis perd de plus en plus de place. Pourtant, ni la loi ni la fermeture de ces boutiques ne semble applicable sur le plan politique ; le gouvernement de coalition a donc annoncé qu’au moins, à partir de 2019, il légaliserait certains coffeeshops à titre expérimental dans le cadre d’un projet pilote. Si les résultats sont concluants, le pays pourrait légalement appliquer le statu quo qui règne depuis des décennies au cours de cette période législative, ou du moins, rédiger une loi.

3. Suisse

En Suisse, les activistes et les factions politiques dénoncent le statut illégal du cannabis depuis les années 90. Déjà en 2004, les premières municipalités ont commencé à faire des demandes de projets pilotes pour expérimenter avec le cannabis, mais le gouvernement fédéral les rejetait sur une base régulière. Un nombre grandissant de villes et de municipalités ont commencé à défendre la mise sur pied de tels projets depuis 2014 ; depuis la fin de 2017, le gouvernement fédéral a commencé à donner son appui. Le parlement a adopté une approche légale en septembre 2018 avec le Experimentieartikel qui permettra, comme ce sera le cas aux Pays-Bas, la mise en œuvre de projets pilotes – sous contrôle scientifique et à l’intérieur de périmètres précis – dès 2019. De plus, depuis l’échec de l’initiative chanvre en 2008, un nouveau référendum est prévu, la date reste à déterminer.

4. Allemagne

Il existe déjà au sein du parlement une majorité calculée en faveur de la distribution réglementée de cannabis. Cependant, ce qu’on appelle la « coalition Jamaïque » regroupant le SPD, les Verts et le FDP s’est effondrée à l’automne 2017 lors de négociations. Les médias et la société ont tout de même abandonné leurs préjugés à l’approche de la légalisation du cannabis médical et de son propre programme de culture. Même dans les cercles conservateurs, la réglementation du marché n’est plus taboue. Les investisseurs canadiens qui dominent le marché du cannabis médical ont déjà dans leur mire le marché intérieur européen des consommateurs récréatifs.

5. Jamaïque

Qui pourrait bientôt légaliser le cannabis ?

Depuis plus de 50 ans, cette île des Caraïbes est célèbre pour sa ganja d’une excellente qualité. En 2015 le pays a adopté une loi pour réglementer l’usage médical et l’industrie du cannabis en pleine expansion. Tout le monde sait que le gouvernement n’est jamais parvenu à réglementer le cannabis récréatif en raison de la position rigide des E.-U. Si le Mexique, à l’instar du Canada, légalise le cannabis en dépit des E.-U., la Jamaïque n’aura pas à attendre trop longtemps et pourra ouvertement promouvoir le tourisme cannabique.

6. Lesotho

Récemment, on parle de plus en plus d’une éventuelle légalisation en Afrique du Sud. Cependant, la Cour constitutionnelle là-bas n’a que décidé que les lois restreignant la consommation personnelle étaient inconstitutionnelles. Le gouvernement a maintenant deux ans pour décriminaliser la culture et la consommation. La légalisation n’est pas concevable dans un avenir rapproché.

Pourtant, un assouplissement de la politique en matière de cannabis en Afrique du Sud pourrait avoir des conséquences pour un petit pays voisin. Le Lesotho est traditionnellement le plus gros producteur de cannabis de la région, et contrairement à l’Afrique du Sud, a déjà délivré des permis de culture de cannabis médical à des investisseurs canadiens. En dépit de l’interdiction juridique, le cannabis est virtuellement légal dans ce pays. Les autorités ne s’en prennent qu’aux cultivateurs de chanvre, et encore, seulement sous la pression de leur voisin plus puissant. 70 % du cannabis vendu en Afrique du Sud provient du Lesotho. Si l’Afrique du Sud exerçait moins de pression politique, le Lesotho serait le premier endroit en Afrique à délaisser l’interdiction du cannabis.

7. Luxembourg

A la fin du mois de novembre, à l’issue des négociations de coalition, le nouveau gouvernement du plus petit des trois pays du Benelux a fait la surprenante nouvelle qu’il allait légaliser le cannabis. Au moment de la mise sous presse, aucun détail concernant la manière dont l’accord de coalition prévoyait mettre en œuvre son intention, si réelle intention il y avait, n’avait été fourni. La position du Luxembourg a toujours été ambiguë face au cannabis. Tôt cet été, le parlement a cédé à la pression et adopté une loi, essentiellement du jour au lendemain, permettant l’usage médical du cannabis. Il ne serait pas impossible que le Luxembourg nous surprenne encore en décidant de réglementer le cannabis récréatif.

Cas spéciaux : E-U., Israël, Espagne

Aux Etats-Unis et en Israël, il existe déjà beaucoup de producteurs de cannabis médical. Au niveau fédéral, le cannabis demeure illégal aux E.-U. et la situation ne changera pas au moins avant 2019. Même si les Etats décident de déréglementer le cannabis destiné aux adultes, il est possible qu’il faille attendre encore des années avant que le cannabis récréatif pour les adultes devienne légal au niveau fédéral. On ne peut avoir d’espoirs avec le gouvernement de Trump – bien au contraire !

Même en Espagne où les clubs sociaux cannabiques sont tolérés et règne un gouvernement libéral de gauche, la légalisation nationale est loin d’être sur la table de négociation. En dépit du fort mouvement de légalisation, il n’a jusqu’alors même pas été possible de réglementer l’usage de cannabis médical. Comme les patients et les consommateurs jouissent d’un excellent approvisionnement en vertu des points de distribution tolérés, et comme les peines imposées pour la culture et la vente sont modérées, la pression politique pour changer les choses dans un avenir rapproché est faible.

L’Israël est déjà un des plus importants producteurs de cannabis médical et deviendra sous peu une nation exportatrice. En outre, la légalisation récréative est largement populaire au sein de la population. Cependant, il est peu probable que les deux plus importants partis changeront de position. En raison de sa position actuelle favorisant la sécurité, il est encore moins probable que le pays soit gouverné par des forces libérales à court terme. Le cannabis n’est tout simplement pas un sujet qui fait remporter des votes puisque le quotidien là-bas est affecté par des enjeux plus importants. Tous ces facteurs combinés font en sorte que la légalisation prochaine en Israël est très peu probable.

Quelle est la situation dans le reste du monde ?

Les autres candidats fréquemment mentionnés tarderont encore avant de passer à la légalisation. La Grèce, la Colombie, le Liban et le Pérou ont récemment adopté des lois concernant la consommation de cannabis médical, mais les consommateurs récréatifs n’ont pas un lobby politique comparable à celui doit jouissent les pays ci-haut mentionnés, lobby qui n’est pas simplement apparu à la suite de l’adoption de lois nationales en matière de consommation médicale.

Face au cannabis médical, bien des gouvernements à l’affût d’occasions d’affaires alléchantes adoptent des lois partielles et croient pouvoir créer de la dissension dans le monde en distinguant une bonne consommation (médicale) d’une mauvaise consommation (récréative) de cannabis. Soit, les électeurs américains et canadiens ont montré que les gens ne sont pas si crédules face à des gouvernements aux points de vue arrêtés et désuets lorsqu’il s’agit de légiférer sur le cannabis.

Commentaires

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Cheyrouze

Je trouve profondément anormal que mon pays, la France, soit encore dans une sorte de déni de la réalité face à la consommation toujours plus importante de cannabis.
La politique répressive en usage à montrée ses limites puisque le nombre de consommateurs ne cesse d'augmenter et que le trafic génère dans certains quartiers et citées, une criminalité violente et parfois incontrôlable.
Nous mettons nos jeunes très tôt en relation avec la police et la gendarmerie pour qui, l'arrestation d'un contrevenant et la résolution immédiate d'une "affaire" permet de justifier la répression avec des publications de chiffres qui masquent la réalité du terrain.
La dépénalisation aurait déjà du être en projet depuis longtemps sans parler de la légalisation qui permettrait de créer des milliers d'emplois et de rapporter des taxes à l'état. Le pays des lumières se voile la face et doit protéger les lobbys alcooliers dans une tentative hypocrite liée à la fameuse protection de la jeunesse alors que l'on sait et que l'on connait les dégâts provoqué par l'alcool dans notre pays.
Courage, restons optimiste, d'ici 10 ans peut être ?

08/12/2018

Jah ras samy

I, tout à fait d'accord avec Cheyrouze. C'est quand même incroyable que la France , ou plutôt nos politiques soient obstiné à ce point là ! Alors que leurs propres enfants sont consommateurs. J'ai plus de 50 ans, et je suis pas sur de voir la légalisation du cannabis en France. Quel dommage ! Révoltez vous , enfilé un gilet jaune. Peace, love and unity.

11/12/2018

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Oups, on dirait que vous avez oublié quelque chose.
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