Cannabis, lecture et langage : c’est comment de lire pendant un high ?

De nombreux consommateurs de cannabis trouvent que ses effets (surtout quand il est fort) perturbent leur capacité de lecture. Certains rapportent qu’ils ont du mal à se concentrer sur un texte, ou qu’ils oublient souvent ce qu’ils ont lu dans le paragraphe précédent. Toutefois, les effets négatifs décrits par ces consommateurs dépendent de divers facteurs.

La consommation de cannabis a un effet majeur sur notre façon de lire, d’écrire et d’interpréter une langue. Il en résulte souvent une augmentation ou une diminution de notre intérêt pour les arts écrits et parlés, selon notre personnalité et le type de cannabis consommé.

Bien que cet aspect du cannabis et son interaction avec le cerveau humain n’ait pas tellement éveillé l’intérêt de la science moderne, il semble que l’attention soit le facteur clé qui influe sur la lecture, l’écriture et l’interprétation d’une langue lorsque l’on consomme du cannabis.

Le type de cannabis a également son importance. Les sativas seraient plus indiqués pour donner au lecteur un effet « high » éclairant et localisé sur l’intellect, ce qui est utile pour la concentration et la réflexion, tandis que les variétés indica provoquent un effet « stone » plus physique et peuvent entraîner une somnolence. Toute variété de cannabis récoltée trop tard contient plus de CBN (cannabinol), un métabolite du THC, pouvant entraîner une désorientation et des troubles de la mémoire à court terme. 

La plupart des utilisateurs actuels sont contraints de consommer un cannabis de qualité médiocre produit dans de mauvaises conditions et vendu sur le marché noir sans pratiquement aucun contrôle de la qualité. Souvent, le consommateur final achète involontairement du cannabis mélangé qui pourrait en fait être nocif, et certainement pas de nature à améliorer ses capacités cognitives.

Les différences de variété et de qualité jouent un rôle énorme dans la façon dont quelqu’un réagit au cannabis. Ceci est également vrai pour la lecture, l’écriture et la compréhension des langues étrangères. Tandis qu’une personne peut éprouver du plaisir à lire sous l’influence du cannabis, une autre personne peut se sentir un peu perdue et confuse.

La variété, la qualité et les prédispositions de l’utilisateur (surtout en ce qui concerne l’acte de lire et d’écrire) contribuent toutes les trois à l’effet du cannabis sur la pratique et l’interprétation du langage.

La lecture facilitée pendant un « high »

De nombreux utilisateurs ont déclaré que le cannabis les aidait dans le processus de lecture. Robert Burruss, l’un des collaborateurs du site Web de Lester Grinspoon : marijuana-uses.com, décrit son ancien moi comme un illettré complet, jusqu’à l’âge de 31 ans. Alors qu’à cette époque, il était capable de lire des mots simples, de saisir l’essentiel des textes et même de comprendre le sens de certaines phrases, il dit n’avoir jamais vraiment compris le sens de phrases complètes et de textes écrits par d’autres. Un jour, il s’est assis, a fumé un joint et a ouvert le livre L’amant de Lady Chatterley pour « chercher des mots coquins » :

« Je n’ai aucun souvenir du temps qui s’est écoulé avant que je n’apprenne à lire. Peut-être que seulement quelques secondes se sont écoulées. Peut-être quelques minutes. Je ne sais pas. Tout ce dont je me souviens, c’est d’avoir ouvert le livre à un endroit au hasard, ou peut-être à plusieurs endroits au hasard, et ce que je sais, c’est que je remontais un chemin en pierre bordé de fleurs, qui conduisait à la maison du jardinier dont la toiture était en chaume. Le ciel de la scène que les mots créaient dans ma tête était grisâtre, et l’air était agréablement chaud et légèrement humide.

Le genre de téléportation que le livre et le joint ont provoqué cette nuit-là… c’était la première fois de ma vie que des images mentales se créaient grâce à des mots imprimés. Jusqu’à cette nuit-là, je n’avais jamais été capable de comprendre des phrases de plus de trois mots. Jusqu’à cette nuit-là, je pensais que tout le monde lisait ainsi, en regardant les mots et les phrases et en se fabriquant ensuite une interprétation – très personnelle, bien sûr, bien que je ne le susse pas à l’époque – de la pensée de l’auteur. La perception d’images mentales, qui provenaient de mots imprimés, rien de plus, a été la deuxième grande révélation de ma vie.»

Nous savons par de nombreux autres rapports et études qu’un high au cannabis améliore souvent le processus imaginaire – qu’il soit visuel, auditif, gustatif, olfactif ou tactile. Ici, la capacité d’associer des scènes visuelles à des phrases semble avoir aidé le lecteur inexpérimenté, Robert Burruss, à parvenir enfin à comprendre parfaitement le sens de phrases entières.

Il n’est pas rare de voir des images améliorées pendant la lecture, et de nombreux lecteurs apprécient la vivacité et leur implication pendant la lecture lorsqu’ils consomment du cannabis. Bon nombre d’entre eux trouvent qu’un high peut être utile pour concentrer leur attention pendant qu’ils lisent. De plus, un high cérébral peut permettre aux utilisateurs de garder leur attention sur un texte sans les fatiguer ni perdre le fil.

Améliorer la compréhension des langues étrangères

L’étude des langues étrangères commence généralement par la traduction des mots dans la langue maternelle. C’est généralement le seul moyen de comprendre les phrases lors de l’apprentissage d’une langue. Cependant, il existe des rapports intéressants sur la façon dont le cannabis a aidé des personnes à reconstituer le puzzle de manière plus fluide.

Ce qui débute comme un processus fastidieux de traduction de mots peut soudainement basculer vers une compréhension immédiate des phrases dans leur ensemble pendant la consommation de cannabis. « T.D.» (auteur anonyme), étudiant diplômé en langues asiatiques d’une trentaine d’années et ayant plus de dix ans d’expérience en tant que consommateur de cannabis, raconte comment un high l’aide dans le processus de traduction d’une langue étrangère :

« Mon approche, quand j’étudiais en étant stone, était toujours de me concentrer le plus possible sur un aspect de la tâche sur laquelle je travaillais, de fournir un effort soutenu jusqu’à la conclusion, et d’écrire rapidement avant d’oublier. Arrivé à la fin d’une phrase, je relisais alors toutes mes notes et j’essayais d’en reconstituer le sens. (…) Lors d’une occasion particulière (…) quelque chose de différent s’est produit. Pendant une période indéterminée, je me suis efforcé d’écrire une phrase et, d’un seul coup, en un instant, la phrase entière a « flashé » dans mon esprit et j’ai lu non pas syllabe par syllabe, mais j’ai « lu » la phrase comme une unité de sens cohérente.

Bien sûr, on espère généralement qu’à un moment donné dans la carrière d’un spécialiste en langues étrangères, cela se produira. Et, je suis sûr qu’il y a ceux pour qui cette approche plus « intuitive » du langage vient naturellement, et pour qui le fait de penser de façon strictement logique et rationnelle peut être pénible et tout aussi étranger dans leur vie quotidienne. Mais pour moi, vivre sans un cadre dominant de pensée linéaire me semblait dangereux, si ce n’est totalement fou. Pourtant, grâce à mon expérience, j’ai pu voir en termes clairement démontrables la possibilité d’états d’esprit parfois moins stricts sur le plan logique, dans lesquels la progression des pensées n’est plus logiquement séquentielle, mais plutôt issue de leur association thématique les unes aux autres. C’est précisément dans cet état d’esprit que la marijuana qui l’a induite a servi de catalyseur pour galvaniser ma compréhension de la langue.»

Meilleures aptitudes auditives

Dans son étude « On Being Stoned », Charles Tart, psychologue à Harvard, a découvert qu’un effet très caractéristique du cannabis était la compréhension des paroles des chansons qui ne sont pas comprises à l’oreille. Certains consommateurs de cannabis observent que lors d’un high, ils ont soudainement une meilleure compréhension orale des langues étrangères (s’ils ont déjà un niveau de compréhension de la langue).

D’une part, ces améliorations pourraient être liées à l’effet du cannabis sur l’attention. Ce niveau élevé d’attention semble être l’un des effets caractéristiques du cannabis. C’est ce que les spécialistes des sciences cognitives appellent « l’attention sélective », c’est-à-dire focaliser son attention sur un seul objet, modèle ou pensée et ignorer tous les autres stimuli perceptuels présents.

Ainsi, un high pourrait favoriser la capacité à se concentrer sur les paroles d’une chanson et à éliminer les stimuli musicaux perturbateurs. Dans le cas des langues étrangères, il pourrait aider à se concentrer sur le son des mots de cette langue et à éliminer tous les autres bruits et autres stimuli, tels que des distractions visuelles.

Plus important encore, par contre, une meilleure capacité de lecture et de compréhension pendant un high pourrait être remplacée par une amélioration plus subtile des capacités de reconnaissance des formes. J’en ai déjà parlé dans mon essai : « Marijuana, Pattern Recognition, and What It Means to Be High ». D’innombrables consommateurs de cannabis ont observé avoir soudainement vu une nouvelle gestalt ou, en d’autres termes, une nouvelle forme, lors d’un high.

Lors d’un high, un jeune homme se rend soudainement compte qu’il marche d’une manière figée, et une femme voit un nouveau modèle d’insécurité dans le comportement de son ami. De la même manière, le sens complet, la « gestalt » issu d’une phrase du livre « L’amant de Lady Chatterley » jaillit soudainement pour Robert Burruss, presque illettré, pendant un high.

Le cannabis, le cerveau et la recherche scientifique

Bien que peu de recherches aient été menées sur les effets du cannabis sur la compréhension et la perception du langage, il existe un nombre considérable de recherches sur le cannabis et le cerveau.

Dans cette méta-analyse, les chercheurs ont découvert une activité cérébrale causée par le cannabis dans des zones impliquant le langage. Par exemple, ils ont trouvé une activité dans le cortex orbitofrontal, le cortex occipital et le gyrus fusiforme. Ces parties du cerveau interviennent dans des fonctions exécutives importantes comme l’humeur, l’attention et certains aspects du processus du langage.

De plus, la science a confirmé à maintes reprises que les cannabinoïdes affectaient des parties du cerveau qui avaient trait à l’apprentissage et à la mémoire. Certaines études suggèrent des effets positifs sur l’apprentissage et la mémoire, tandis que d’autres évoquent des effets négatifs. Il est intéressant de noter que dans cette étude, les chercheurs étudient le processus d’apprentissage créant l’accoutumance et la façon dont ce processus est affecté par le cannabis.  L’étude suggère que la consommation chronique de cannabis améliore la mémoire génératrice d’habitude, qui pourrait être impliquée dans le langage : parler, lire et écrire sont souvent utilisés de manière habituelle.

Bien que nous ne sachions pas comment toutes ces idées et possibilités de recherche se recoupent sur le plan du langage, elles constituent un tremplin à partir duquel la science peut commencer à travailler.

Dans mon livre « High. Insights on Marijuana », j’ai essayé d’expliquer comment la reconnaissance des formes était améliorée lors d’un high de cannabis sur la base «d’effets présynesthétiques ». Il y a des raisons de croire que l’effet du cannabis sur la reconnaissance des formes joue un rôle majeur dans l’amélioration de la compréhension du langage dont il est question dans cet article.

Cependant, la question demeure ouverte de savoir si les cannabinoïdes pourraient aussi affecter directement les processus cognitifs sous-jacents à notre système de langage d’une manière différente et plus spécifique. Jusqu’à présent, je n’ai pas vu de travaux importants sur cette question, mais je pense que cela pourrait être un axe de recherche prometteur pour les (neuro-)scientifiques cognitifs.

  • Disclaimer:
    Les lois et règlements régissant la consommation de cannabis diffèrent d’un pays à l’autre. Sensi Seeds vous conseille donc fortement de vérifier les lois et règlements de votre pays. Ne contrevenez pas à la loi.

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