Le cannabis au Libéria – Lois, usage et histoire

Lors de la réforme législative de 2014, le gouvernement libérien s’est concentré sur la criminalisation de la consommation de cannabis, y compris les quantités destinées à la consommation personnelle. Cela soulève des préoccupations en matière de droits de l’homme, d’autant plus que fait qu’on le fume rend une personne passible d’emprisonnement.

    • Capitale
    • Monrovia
    • Habitants
    • 5,104,000
    • Produits CBD
    • Illégal
    • Cannabis récréatif
    • Illégal
    • Cannabis médicinal
    • Illégal

La législation sur le cannabis au Libéria

Peut-on posséder et consommer du cannabis au Libéria ?

Il est illégal de posséder ou d’utiliser du cannabis au Libéria. En 2014, le gouvernement a promulgué une loi réglementant certaines drogues et autres substances contrôlées, le Controlled Drug and Substances Act, dans le but de lutter contre l’usage et la distribution de drogues dans tout le pays. Cette loi stipule que ceux qui sont pris en train de consommer les drogues visées à l’annexe 1 du texte législatif (« Schedule 1 drugs »), à savoir le cannabis, la cocaïne ou l’héroïne, se verront imposer une peine maximale d’un an d’emprisonnement et/ou une amende de 1 000 $.

Des circonstances aggravantes peuvent rendre les peines plus sévères. Par exemple, si le contrevenant est pris en train de consommer du cannabis dans un établissement d’enseignement ou de services sociaux, ou dans une prison, ou s’il en consomme près d’établissement scolaires, de terrains de jeu ou d’espaces destinés aux activités sociales des écoliers, il pourrait se voir imposer 20 ans de prison en plus de son éventuelle peine de privation de liberté.

Bien que ces peines soient sévères, la loi offre un traitement et une réadaptation comme solutions de rechange à l’emprisonnement, à la discrétion du juge.

Anthony K Souh, directeur de la Drug Enforcement Agency (l’agence nationale pour le contrôle des drogues), a déclaré : « Aujourd’hui, le Libéria s’est finalement forgé une bonne réputation (…) en soutenant la communauté internationale dans sa lutte contre les substances dangereuses, qui risquent de compromettre la paix et la sécurité nationales. »

Toutefois, les États-Unis se sont prononcés contre les réformes législatives et ont déclaré que ces lois criminalisent toutes les formes d’activités liées à la drogue, en pénalisant non seulement les délinquants graves, mais aussi ceux qui ne consomment que de petites quantités de cannabis. Les États-Unis ont également souligné la nécessité pour le Libéria d’éviter les violations des droits de l’homme dans la lutte contre les crimes liés à la drogue.

La consommation de cannabis est relativement répandue dans tout le pays, de même que celle d’autres drogues illicites plus dangereuses, comme la cocaïne et l’héroïne. Lors de la Journée mondiale de lutte contre la drogue, le docteur Jenkins Jorgbor a souligné comment la consommation de drogues est liée aux 14 années de guerre que le pays a connues et au manque de possibilités d’emploi pour les adultes.

Peut-on vendre du cannabis au Libéria ?

Il est également illégal de vendre ou de distribuer du cannabis au Libéria. La loi n’établit pas de seuils pour la possession avec intention de vendre, ce qui signifie qu’en théorie, une personne prise avec seulement une petite quantité de cannabis pourrait être condamnée aussi sévèrement qu’une personne avec une quantité beaucoup plus importante.

En outre, le pays est aux prises avec un problème de contrebande de drogues, que les autorités du pays sont en train d’aborder par des mesures ciblées. Bien que les statistiques disponibles sur le trafic de drogue en Afrique de l’Ouest soient limitées, on estime que le Libéria est un pays de « transit » car il se trouve sur une importante route de trafic. Les données semblent indiquer que la contrebande est également en hausse, ce qui risque de poser d’autres problèmes aux autorités libériennes.

Etant donné que la corruption sévit dans le gouvernement aussi, il est encore plus difficile de mettre fin au commerce illégal de la drogue. Par exemple, en 2015, Fombah Teh Sirleaf, le beau-fils du président libérien, a été arrêté pour avoir accepté des pots-de-vin en échange de la possibilité accordée au trafiquants de drogue d’opérer librement dans le pays.

Peut-on cultiver du cannabis au Libéria ?

La culture du cannabis est interdite au Libéria. Cependant, en raison de la corruption et du manque de ressources financières pour les opérations de police, la plante est largement cultivée dans tout le pays.

Les agriculteurs se tournent vers le cannabis pour subvenir aux besoins de leur famille. Nathaniel Cico en est un exemple. « Je cultive de la marijuana, » explique-t-il à VOA News. « Il n’y a pas d’emploi dans le pays. La situation est très difficile. Comment peut-on survivre autrement ?”

Les conditions favorables à la culture du cannabis au Liberia pourraient facilement expliquer pourquoi cette plante est cultivée dans les 15 comtés du pays. Paradoxalement le cœur de l’industrie de la culture est le comté de Bong, où les agriculteurs évitent les cultures traditionnelles, comme le riz et le manioc, au profit du cannabis à forte valeur ajoutée et à croissance rapide.

Le CBD est-il légal au Libéria ?

La loi ne fait pas de distinction entre la CBD et le cannabis. Cela signifie que, bien que les niveaux de THC (la substance responsable de l’effet d’euphorie) soient faibles, la consommation, l’achat et la vente de CBD sont illégaux au Liberia.

Peut-on envoyer des graines de cannabis vers le Libéria ?

De même, les graines de cannabis ne sont pas considérées comme différentes des autres parties de la plante. Par conséquent, elles ne peuvent pas être achetées, vendues ou utilisées, ni envoyées par poste.

Le cannabis médicinal au Libéria

Il n’existe pas de programme d’utilisation du cannabis à des fins médicinales au Liberia. Le gouvernement n’a pas non plus laissé entendre que la loi changera bientôt. Cependant, les reportages des médias suggèrent que les entreprises étrangères considèrent le Libéria comme un pays où l’on peut cultiver des plantes de cannabis pour l’industrie pharmaceutique – cela grâce, essentiellement, aux excellentes conditions climatiques et pédologiques du pays. Le bureau consulaire du Libéria à New York a également laissé entendre que certaines entreprises américaines pourraient tirer parti du potentiel de culture du cannabis du pays.

Le chanvre industriel au Libéria

Actuellement, le chanvre n’est pas différencié du cannabis. Cela signifie qu’il est illégal de le cultiver malgré le fait qu’il offre des avantages économiques pour le pays. Cependant, compte tenu de la « ruée verte » dans plusieurs pays du monde, qui ont légalisé la culture du chanvre à des fins lucratives, il est possible que le Libéria fasse de même à l’avenir.

Bon à savoir

Si vous allez visiter le Libéria (ou y vivez actuellement), il est utile de savoir que :

L’histoire du cannabis

Personne ne sait exactement quand le cannabis est entré pour la première fois en Afrique de l’Ouest. On estime que la plante a été introduite dans la région beaucoup plus tard que dans le reste du continent et il n’y a aucune preuve concluante qu’elle y était présente avant la Seconde Guerre mondiale. Il s’agit toutefois d’une supposition largement fondée sur le fait qu’il n’y avait pas de mots autochtones pour désigner le cannabis au Libéria ou dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest.

Après la Seconde Guerre mondiale, la consommation de cette drogue est devenue courante dans le pays. Les anciens combattants revenus de l’Afrique du Nord et de l’Asie ont apporté du cannabis avec eux. Au début, seuls les anciens combattants et les travailleurs le consommaient mais, dans les années 1960 et 1970, sa popularité a commencé à s’étendre à d’autres groupes démographiques.

La chute du prix du cacao dans les années 1950 a contraint les agriculteurs libériens à rechercher d’autres sources de revenus. De toute évidence, le cannabis était une alternative viable en raison de la facilité de culture de cette plante et de son rendement élevé. Le déclin économique de l’Afrique de l’Ouest dans les années 1970 a entraîné une intensification des cultures.

La guerre civile (1989-2003) a eu un impact considérable sur le commerce du cannabis. Il a servi à financer divers seigneurs de guerre opérant dans le pays, qui ont supposément fourni de la drogue à leurs soldats (dont certains étaient des enfants) pour réduire le stress et créer une dépendance.

Après la fin de la guerre, des millions de personnes se sont retrouvées sans emploi ni revenu. Plusieurs ex-soldats étaient également dépendants du cannabis, ce qui a entraîné une nouvelle croissance sur le marché intérieur.

Dans le but de régler ce problème, le nombre de saisies a augmenté. En 2007, plus de 20 000 kilogrammes auraient été saisis par les agents de l’Agence nationale pour le contrôle des drogues (DEA). L’année précédente, seulement 205 kilogrammes avaient été saisis. Cette augmentation soudaine est en grande partie attribuable à l’intensification de la coopération internationale et à l’augmentation des financements à cette fin.

L’éradication des plantations a été également intensifiée. En 2008, la Mission des Nations Unies au Libéria (MINUL), avec un bataillon bangladais et une unité de police nigériane, a éradiqué plusieurs plantations dans les comtés de Bong et Nimba. Cette seule campagne a permis de saisir près de 1 000 kilogrammes de cannabis et de détruire plus de 400 000 plantes.

Naturellement, cela a conduit à des conflits entre les cultivateurs de cannabis et la police. Bien que la violence soit relativement rare, elle s’est produite dans le passé. Par exemple, en 2011, un groupe de cultivateurs de cannabis a capturé et fouetté un commandant de la DEA après qu’il avait tenté de les arrêter. Le chef de la DEA a aussi rapporté que les agriculteurs avaient mis en place des blocus pour empêcher l’accès à leurs fermes et attaqué les agents avec des armes.

Les attitudes à l’égard du cannabis

Le cannabis est largement consommé au Libéria et, malgré les récents efforts des autorités pour réduire sa vente et son achat, il est encore relativement facile à obtenir.

Toutefois les médias (sous l’influence du gouvernement du pays) présentent le cannabis comme une drogue illicite et dangereuse. S’il est vrai que la tendance actuelle à dépendre dans une large mesure d’une culture est risquée – notamment parce qu’elle réduit l’offre d’autres cultures nécessaires – il n’est même pas logique d’éradiquer les plantations de cannabis. Cela ne ferait qu’appauvrir encore davantage les agriculteurs sans toucher au cœur du problème.

Le cannabis sera-t-il légalisé à l’avenir ?

Compte tenu des modifications relativement récentes apportées à la législation libérienne, il semble peu probable que l’utilisation à des fins récréatives devienne légale dans un proche avenir. De même, aucun programme de cannabis médicinal n’a été proposé, bien qu’il semble probable que les sociétés étrangères commenceront à utiliser les terres du Libéria pour créer des plantations à grande échelle.

Peut-être qu’une fois que le gouvernement du pays aura vu le potentiel de profit de l’industrie (cannabis et chanvre), il pourra envisager de légaliser ces cultures, dans des circonstances réglementées et contrôlées. Malgré cela, dans l’état actuel des choses, les opérateurs du marché noir sont ceux qui tirent plus de profit du cannabis.

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    Sensi Seeds

    L’équipe de rédaction de Sensi Seeds regroupe des botanistes, des experts médicaux et juridiques ainsi que certains des activistes les plus renommés tels Dr Lester Grinspoon, Micha Knodt, Robert Connell Clarke, Maurice Veldman, Sebastian Marincolo, James Burton et Seshata.
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  • Maurice_Veldman

    Maurice Veldman

    Maurice Veldman est membre de l’Association néerlandaise des avocats criminalistes et il est l’un des avocats en matière de cannabis les plus réputés des Pays-Bas. Avec ses connaissances du droit administratif et pénal acquises au cours de 25 années d’expérience, il défend les vendeurs de cannabis et les producteurs de chanvre en faisant valoir les inégalités entre les individus et l’Etat
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