by Stefanie on 21/07/2015 | Cannabis News Medicinal

Cannabis et psychose : quoi de neuf ?

Dans le dernier numéro de la revue scientifique British Medical Journal apparaît une étude intéressante intitulée « Consommation prolongée de cannabis et risque d'incidence et de persistance de symptômes psychotiques ». Beaucoup a été dit ou écrit sur la relation cannabis-psychose. Dans cet article, nous allons essayer d'analyser cette étude et voir ce qu'elle apporte de nouveau sur ce sujet controversé.


Cannabis et psychose  - Sensi Seeds blog

Dans le dernier numéro de la revue scientifique British Medical Journal est parue une étude intéressante intitulée « Consommation prolongée de cannabis et risque d’incidence et de persistance de symptômes psychotiques : étude d’une cohorte pendant 10 ans ». Beaucoup a été dit ou écrit sur la relation cannabis-psychose. Dans cet article, nous allons essayer d’analyser cette étude et voir ce qu’elle apporte de nouveau sur ce sujet controversé.

Une étude approfondie sur 10 ans

Ce qui rend cette étude très intéressante vient du fait qu’il s’agit d’un suivi sur 10 ans, ce qui, logiquement, donne plus de crédibilité à ses résultats. En effet, ce n’est pas une étude de la réalité d’un groupe d’individus à un moment précis de leur vie, mais une vraie analyse des variables concernant plusieurs années de vie de ces personnes, ce qui nous donne une vision beaucoup plus juste et complète de la réalité.

L’objectif principal de cette étude était d’une part de déterminer si la consommation de cannabis à l’adolescence augmente le risque d’épisodes psychotiques, et d’autre part d’étudier l’incidence et la persistance de cas subcliniques de psychose dans la population en général. Lorsqu’on parle de cas subcliniques, on désigne une symptomatologie psychotique restant en-deçà du niveau nécessaire pour réaliser un diagnostic clinique complet.

Cette étude portait sur 1 923 citoyens allemands âgés de 14 à 24 ans, appartenant à la population générale. Il y avait au départ 2 210 individus, mais des pertes d’informations concernant la consommation ou les symptômes en ont éliminé 287.

Le cannabis et les symptômes psychotiques

La consommation et les symptômes psychotiques ont été analysés au début de l’étude, puis 1,6 an, 3,5 ans et 8,4 ans après le début de l’étude, qui a duré 10 ans en tout. C’est la version Munich du Composite International Diagnostic Interview (M-CIDI) qui a été appliquée. Ce type d’interview inclut les symptômes, les syndromes et les diagnostics concernant divers troubles mentaux selon les définitions et les critères de l’ICD-10 (Classification internationale des maladies, version 10) et du DSM-IV (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, quatrième édition), ainsi que des informations sur la fréquence, la durée et l’intensité des symptômes, et sur le développement psychosocial.

Parmi les symptômes les plus importants à aborder, il y a par exemple les manies de persécution, les interférences dans la pensée, les hallucinations auditives et les phénomènes passifs.

Les psychologues collaborant à cette étude invitaient les participants à lire une liste de symptômes en leur demandant s’ils les avaient déjà subis et, le cas échéant, quelle en était leur intensité. Les réponses étaient classées en symptômes présents ou absents.

Différents schémas de consommation

Pour établir l’exposition aux effets du cannabis, la question suivante était posée : « Avez-vous consommé du cannabis cinq fois ou plus dans votre vie ? »

Pour établir le schéma de consommation prolongée, les chercheurs utilisaient une échelle de 1 à 5 points, où 1 représentait « moins d’une fois par mois » et 5 « presque tous les jours ».

Pour définir la consommation éventuelle de cannabis entre la première et la deuxième période, ils posaient la question : « Combien de fois avez-vous consommé du cannabis depuis la dernière interview ? »

Les résultats de cette étude montrent que pour les individus qui n’avaient jamais présenté de symptômes psychotiques et qui n’avaient jamais consommé de cannabis, une première consommation pendant les 3,5 premières années de l’étude augmentait le risque d’apparition de symptômes psychotiques au cours de la période comprise entre 3,5 et 8,4 ans après le début de l’étude. En outre, la consommation continue de cannabis pendant la première période augmentait le risque de souffrir de symptômes psychotiques persistants au cours de la deuxième période.

En outre, des symptômes psychotiques sont apparus au cours de la première période chez 31 % des consommateurs, contre 20 % chez les non-consommateurs. Au cours de la deuxième période, ces chiffres ont été de 14 % chez les consommateurs, contre 8 % chez les non-consommateurs.

Cette association entre épisodes psychotiques et consommation de cannabis est apparue comme indépendante de facteurs comme l’âge, le sexe, la catégorie socioéconomique, la consommation d’autres drogues, la croissance en milieu urbain ou rural, ou d’éventuels traumatismes durant l’enfance. Un ajustement supplémentaire prenant en compte l’existence d’autres troubles psychiatriques n’a pas non plus modifié ces résultats.

Conclusions

Les auteurs concluent que la consommation de cannabis est un facteur de risque pour l’apparition de symptômes psychotiques, et que la consommation prolongée de cannabis peut augmenter le risque de souffrir de troubles psychotiques, en raison de l’impact que cette consommation a sur la persistance de symptômes qui sont normalement transitoires chez les jeunes individus, et qui font partie du développement psychosocial.

Comme toutes les études, celle-ci présente également certaines limites sur lesquelles il me semble important de commenter. La première est que nous nous trouvons face à une population d’un pays donné. S’il semble que cette étude a démontré, chez les allemands, le rôle de la consommation de cannabis dans le développement ultérieur d’une symptomatologie psychotique, il ne paraît pas en être de même dans les pays où la consommation de cannabis n’est pas illégale, comme le Maroc ou la Jamaïque, où les études épidémiologiques n’ont pas réussi à établir une prévalence supérieure de pathologies psychotiques par rapport aux autres pays du monde.

Chaque pays a ses propres lois, ses propres coutumes et ses propres schémas de consommation de substances. C’est pour cette raison que ces résultats ne sont pas transposables dans d’autres pays, du moins pas de manière rigoureuse. Prenons par exemple la situation actuelle en Espagne, où la multiplication des clubs cannabiques va très probablement entraîner une réduction des facteurs de stress qui peuvent favoriser l’apparition de symptômes psychotiques.

D’un autre côté, il ne faut pas oublier qu’à l’adolescence apparaissent de nombreux symptômes psychotiques autogérés, qui sont importants et nécessaires pour un bon développement psychologique de l’individu. Cette étude démontre que la consommation prolongée de cannabis à ce stade de la vie peut « perpétuer » ces symptômes et déclencher un épisode psychotique pouvant dégénérer en trouble psychotique bien établi cliniquement.

Pour résumer, nous pouvons dire que cette étude apporte de nouvelles preuves visant à « déconseiller » la consommation de cannabis durant l’adolescence, et à « conseiller » la consommation modérée plutôt que compulsive, plus particulièrement si le consommateur a subi des troubles psychologiques antérieurs.

Auteur : Javier Pedraza

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