by Miranda on 15/06/2016 | Medicinal

Le THC peut prévenir le rejet d’organes transplantés

THC Les transplantations d’organes sauvent des milliers de vies tous les jours, mais elles demeurent difficiles à accomplir avec succès. Notre système immunitaire est programmé pour nous protéger des attaques extérieures et peut ainsi rejeter la greffe. Toutefois une récente étude a démontré que le THC pouvait réduire les risques de rejet chez les receveurs.


Partout au monde, des milliers de vies sont sauvées tous les jours grâce aux transplantations d’organes. Cependant, cet exploit médical n’est pas si facile à accomplir. Le plus grand obstacle auquel se heurtent les médecins provient du fait que notre organisme est programmé pour se protéger, à l’aide du système immunitaire, des possibles attaques extérieures comme celle que représente la transplantation d’organes étrangers. Notre système immunitaire peut en effet déclencher une réaction, c’est-à-dire rejeter l’organe transplanté, ce qui entraîne des conséquences parfois fatales. Toutefois, les résultats d’une étude publiée en septembre 2015 dans la revue Journal of Leukocyte Biology suggère que le tétrahydrocannabinol, ou le Δ9-THC – un des cannabinoïdes les plus connus et les mieux étudiés et responsable de la grande majorité des effets physiques et psychoactifs du cannabis – pourrait aider à prévenir le rejet d’organe ou de tissus transplantés.  

La légalisation du cannabis médicinal, et récréatif, est un thème d’actualité dans plusieurs pays partout au monde. Certains endroits l’ont déjà adoptée, alors que d’autres sont en voie de le faire ou commencent à y penser. Chaque jour, de nouvelles études et recherches scientifiques démontrent et documentent les nombreuses vertus et applications médicales et thérapeutiques de la plante de cannabis et des cannabinoïdes qu’elle renferme.

Ces études aident à dissiper les doutes que continuent d’avoir ceux qui s’opposent à la légalisation de la plante, mais également, elles justifient notre devoir de continuer la recherche pour qu’enfin les chercheurs puissent passer aux essais cliniques sur des humains. Quelques-unes des études plus récentes se sont concentrées sur le domaine chirurgical, et l’article suivant portera sur une des études les plus intéressantes à avoir paru l’an dernier, à savoir, une étude qui vient de découvrir un nouveau pouvoir au THC.

Le THC contenu dans la plante de cannabis pourrait augmenter le nombre de vies sauvées grâce à une transplantation réussie (CC. Prensa 420)
Le THC contenu dans la plante de cannabis pourrait augmenter le nombre de vies sauvées grâce à une transplantation réussie (CC. Prensa 420)

La valeur thérapeutique du THC

En 2015, un groupe de chercheurs de la faculté de médecine de l’Université de Caroline du Sud ont publié l’étude intitulée Δ9-Tétrahydrocannabinol atténue la réponse de réaction à une greffe allogénique et retarde le rejet de greffe de peau en activant les récepteurs cannabinoïdes CB1 et en déclenchant l’induction des cellules myéloïdes suppressives. Selon leurs résultats, le tétrahydrocannabinol (THC), un des principaux composés du cannabis, pourrait aider à retarder le rejet de greffes incompatibles en activant les récepteurs cannabinoïdes CB1 des cellules immunitaires.

« La science continue à découvrir les bienfaits des substances contenues dans la marijuana, mais n’arrive toujours pas à expliquer le fonctionnement précis des processus moléculaires en jeu », a expliqué dans un communiqué John Whert, éditeur adjoint de la revue Journal of Leukocyte Biology.

Bien qu’on savait depuis les années 70 que le THC avait le pouvoir de réguler le système immunitaire, ce n’est qu’aujourd’hui que les recherches, effectuées sur des rongeurs, démontrent que le THC peut augmenter le taux de succès des transplantations d’organes en supprimant la réaction immunitaire de rejet. On peut en déduire que le THC pourrait augmenter le nombre de vies sauvées par une greffe réussie. Ce nouveau pouvoir thérapeutique démontre une fois de plus les vertus médicinales du cannabis, dans ce cas-ci, du THC, le cannabinoïde naturel le plus étudié, avec le CBD.

En quoi consiste une transplantation d’organe ?

La transplantation d’organe représente un important progrès scientifique dans le domaine médical actuel. Lorsque les organes ou les tissus d’une personne commencent à défaillir à la suite d’une maladie, il peut parfois devenir nécessaire d’enlever et de remplacer ces organes ou tissus défaillants. Afin de se faire greffer et de continuer à vivre, ces personnes doivent trouver un donneur qui saura leur procurer un nouvel organe ou tissu compatible, c’est-à-dire, qui ne sera pas rejeté par le système immunitaire du patient.

Les organes et tissus les plus souvent transplantés incluent le rein, le foie, le cœur et la moelle osseuse. Alors que certains organes ne peuvent être donnés qu’en cas de décès (le cœur par exemple), d’autres tels le rein, une portion du foie et la moelle osseuse, peuvent être donnés par des personnes en vie.

Les organes et les tissus greffés peuvent provenir de donneurs en vie (CC. Comunidad de Madrid)
Les organes et les tissus greffés peuvent provenir de donneurs en vie (CC. Comunidad de Madrid)

Les chiffres parlent d’eux-mêmes et révèlent le même constat partout dans le monde. Chaque jour, des centaines de milliers de patients attendent dans l’espoir de trouver un donneur, et environ 10 % d’entre eux meurent dans l’attente d’un organe. Le don d’un seul organe peut sauver jusqu’à huit personnes. Le nombre de personnes en attente augmente continuellement.

Pourquoi le corps rejette-t-il les greffes ?

Chacun de nous possède un système immunitaire dont le fonctionnement est autant dicté par notre matériel génétique que par l’environnement dans lequel nous vivons. Ce système est responsable de détecter les particules étrangères ou les agents infectieux et de les combattre, protégeant ainsi notre corps des maladies. Ces agents « étrangers » peuvent être des infections (bactéries ou virus), mais des cellules provenant du corps d’une autre personne au système immunitaire différent peuvent aussi représenter une « attaque » étrangère.

Notre « immunité innée » est très efficace lorsqu’il s’agit de nous protéger : en présence d’agents infectieux, elle déclenche une réponse immunitaire rapide (par exemple, notre peau qui représente l’organe le plus grand) et stimule les cellules immunitaires non spécifiques dont le rôle est de détruire les substances potentiellement nuisibles qui ont pénétré dans le corps. Aujourd’hui, nous savons que les cellules avec noyau possèdent à leur surface des marqueurs. Lorsqu’un organe ou un tissu étranger est transplanté dans le corps d’une personne, ces marqueurs « étrangers » déclencheront une réponse immunitaire. On appelle ces marqueurs des antigènes d’histocompatibilité, ou des antigènes de transplantation, et ils différencient les tissus de chaque individu, leur conférant des caractéristiques uniques.

Lorsque l’attaque, ou l’infection, est telle que le système immunitaire innée ne peut déployer une réponse suffisante, « l’immunité adaptative » est déclenchée. Ce type de réponse de la part de cellules spécialisées (comme les cellules T et les cellules B) contre les agents « étrangers » est plus spécifique, plus lente, et de plus longue durée. C’est cette réponse immunitaire qui est déclenchée lorsqu’il y a transplantation d’organes ou de tissu.

Bien que cette intervention chirurgicale permette d’allonger la vie des patients, elle comporte aussi des risques. Plusieurs types de rejets existent, et de manière générale, les problèmes surviennent lorsque le système immunitaire du receveur (ses cellules T) ne reconnaît pas l’organe ou le tissu étranger, passant en mode défense.

C’est pour cette raison qu’il est essentiel que les systèmes immunitaires du donneur et du receveur soient les plus similaires possible. Cependant, il est extrêmement difficile de coordonner les compatibilités en raison du fait que chaque système immunitaire est en soi unique, et que les transplantations sont souvent effectuées dans l’urgence. C’est ici qu’entre en jeu le THC.

Comment éviter le rejet par le système immunitaire ?

Pour limiter les risques de rejet, il est important de faire une analyse préalable de la compatibilité des antigènes des cellules des tissus ou organes des donneurs avec ceux des receveurs. Cependant, même si l’analyse révèle une très grande compatibilité, celle-ci ne pourra jamais être de 100 %.

En effet, chacun de nous possède des antigènes uniques (sauf les jumeaux identiques qui partagent le même matériel génétique). C’est pour cette raison que les personnes greffées doivent se soumettre à des traitements immunosuppresseurs qui inhibent la réponse immunitaire limitant ainsi les risques de rejet.

À la suite d’une transplantation, les risques de rejet varient en fonction la nature de la greffe, pouvant se situer entre 30 et 60 %, bien que les épisodes de rejet n’entraînent pas nécessairement la perte de l’organe. Il est cependant important de souligner que bien que 90 % des cas de rejets aigus peuvent être traités avec succès grâce à des thérapies d’immunosuppression, les médicaments utilisés actuellement peuvent causer d’importants effets secondaires qui incluent la diarrhée, l’hypertension artérielle, l’acné, la prise de poids, l’augmentation du cholestérol et des taux de sucre dans le sang, une vulnérabilité accrue aux infections et des problèmes dentaires. À l’évidence, il est de la plus grande importance de trouver des thérapies alternatives.

Considérant tous ces facteurs en plus du fait que la demande en organes excède amplement l’offre et que la majorité des patients n’ont souvent qu’une chance unique de recevoir un organe ou un tissu, les épisodes de rejet représentent un grave risque qui peut mener à la mort.

La demande en organes dépassant de loin l’offre, plus de donneurs sont requis (CC. Magnus D)
La demande en organes dépassant de loin l’offre, plus de donneurs sont requis (CC. Magnus D)

« Selon le Département américain de la santé et des services sociaux, environ 25 % des receveurs de reins et 40 % des receveurs de cœurs auront un épisode de rejet aigu durant l’année suivant la transplantation. », École de médecine de Stanford

Le THC peut-il prévenir le rejet de greffes ?

Dans cette étude, des chercheurs ont greffé des tissus cutanés à des souris en s’assurant que les greffes soient incompatibles génétiquement. Ensuite, ils ont traité un groupe de rongeurs greffés au THC, la substance active du cannabis, et ont administré à l’autre groupe un placébo.

En injectant à des souris receveuses des cellules de la rate et de la peau prélevées de souris donneuses (les rongeurs représentant des modèles applicables aux êtres humains), les chercheurs ont découvert que les souris greffées traitées au THC étaient moins susceptibles de rejeter les tissus étrangers que celles du groupe placébo. Les chercheurs ont conclu que la diminution des risques de rejet était attribuable aux différents mécanismes déclenchés par l’activation des récepteurs CB1 par le THC, ce qui se traduisait par les effets suivants :

– Prévention de l’augmentation du nombre de récepteurs de cellules T dans les ganglions lymphatiques des receveurs (ce qui veut dire une diminution de la probabilité de rejet des tissus)

– Diminution des signaux déclenchant une réponse inflammatoire

– Stimulation des cellules myéloïdes suppressives (dont l’activité diminue la réponse des cellules T, ce qui prévient le rejet)

– Augmentation de la durée de survie des cellules cutanées des souris donneuses.

Il ne faut pas oublier de mentionner cette autre étude publiée en 2013 dans la revue en ligne Journal of Neuroimmune Pharmacology. Les chercheurs en question anticipant que le THC avait la capacité de supprimer la réaction immunitaire responsable des rejets d’organes ont découvert cette fois-ci qu’il activait les récepteurs CB2. Bien que les scientifiques aient effectué leur recherche à l’aide de cultures cellulaires, ils ont pu constater un effet dose-dépendant – des doses plus élevées de THC provoquaient une réponse immunosuppressive plus importante. Ils ont de plus trouvé que les deux cannabinoïdes de synthèse aussi testés fonctionnaient tout aussi bien, les poussant à conclure que les cannabinoïdes avaient le potentiel d’améliorer le taux de succès des greffes d’organes.

Le THC comme traitement contre le rejet d’organe : conclusion d’une étude

Une étude effectuée par l’Université de Caroline du Sud s’ajoute à l’ensemble toujours grandissant de preuves démontrant l’efficacité des cannabinoïdes dans la modulation et la réduction des processus inflammatoires. Ceux-ci sont impliqués non seulement dans les cas de rejets d’organes, mais également dans les affections auto-immunes, le cancer et une foule d’autres maladies chroniques et graves.

« Dans l’ensemble, notre étude représente la première preuve, à notre avis, que les récepteurs cannabinoïdes peuvent représenter une nouvelle modalité de traitement pour atténuer la réaction du greffon contre l’hôte (GVH) et prévenir le rejet d’allogreffes en supprimant la réponse immunitaire du receveur », a conclu l’équipe de chercheurs derrière cette étude.

On a démontré l’efficacité des cannabinoïdes à réduire les réactions inflammatoires qui sont en cause dans le rejet de greffes et les maladies auto-immunes (CC. Kingston Compassion Club Society)
On a démontré l’efficacité des cannabinoïdes à réduire les réactions inflammatoires qui sont en cause dans le rejet de greffes et les maladies auto-immunes (CC. Kingston Compassion Club Society)

Étant donné la sévérité des effets secondaires des traitements antirejet actuels, et considérant l’innocuité du THC, les auteurs déclarent qu’il est grand temps de trouver une alternative de traitement plus efficace, et moins dommageable. Malheureusement, les travaux dans le domaine du cannabis médicinal continuent d’être motivés par le développement de composés synthétiques et non par la découverte scientifique pure.

« Ces données semblent confirmer le potentiel de ce type de composés en tant que thérapie pouvant prolonger la survie des greffes dans les patients », a affirmé dans un communiqué Mitzi Nagarkatti, coauteur de l’étude effectuée par la faculté de médecine de l’Université de Caroline du Sud.

Patients traités au cannabis médical en attente d’une transplantation sont gravement affectés

Il semble incroyable et paradoxal que sachant que le THC contenu dans le cannabis médicinal est bénéfique dans les cas de transplantation, plusieurs pays puissent priver les patients dépistés positifs pour le cannabis de leur droit de recevoir une transplantation en vertu du fait qu’ils prennent, sous ordonnance, du cannabis médicinal pour traiter une maladie ou soulager des symptômes. Il s’agit d’un grand paradoxe aux Etats-Unis où le cannabis médicinal est légal dans plusieurs Etats.

Tout de même, ces cas sont souvent exposés dans les médias. Parmi l’une de ces histoires, notons celle de Norman Smith, alors âgé de 64 ans à qui les médecins de l’hôpital Cedars-Sinai Medical Centre avaient exprimé leur intention de le retirer de la liste de transplantation s’il ne s’abstenait pas de consommer du cannabis durant au moins 6 mois. Ils lui avaient aussi exigé de participer à un programme de traitement de la toxicomanie durant ce temps. Ironiquement, c’est ce même centre hospitalier qui lui avait prescrit du cannabis médicinal pour soulager les effets secondaires des traitements de chimiothérapie qu’il suivait pour lutter contre son cancer du foie. Malheureusement, le décès de Smith est survenu avant que les médecins n’aient pu l’inscrire à nouveau sur la liste d’attente de transplantation.

Le cannabis médicinal est légal dans plusieurs Etats américains (CC. torbakhopper)
Le cannabis médicinal est légal dans plusieurs Etats américains (CC. torbakhopper)

Les médecins se sont toutefois défendus en déclarant qu’ « il faut sérieusement tenir compte des abus de substances qui jouent souvent un rôle important dans l’évolution de maladies qui peuvent mener à la transplantation et qui en outre, nuisent à l’organe nouvellement transplanté » (Dr Colquhoun). Cette affirmation dépourvue de fondement scientifique est doublement ironique puisque la consommation de cannabis ne mène pas à des insuffisances ou des défaillances d’organes.

De plus, d’associer la consommation d’une plante médicinale pour soulager les douleurs associées à une maladie avec un problème de toxicomanie est tout simplement insensé de la part de professionnels de la santé. Ces affirmations sont clairement basées sur la stigmatisation et l’ignorance. Il est regrettable que les préjugés de certains médecins puissent entraîner des effets fatals pour des personnes innocentes, des malades qui ont urgemment besoin d’une transplantation.

Il n’y a aucun doute, il faut que changent les politiques actuelles qui nient à ces personnes l’accès aux traitements. Le cannabis doit être reconnu comme un médicament légitime, comme c’est le cas en Californie qui s’est dotée d’une loi pour protéger les patients se retrouvant dans de telles situations.

Conclusion

Les recherches effectuées dans ce domaine démontrent sans l’ombre d’un doute la nécessité d’approfondir notre compréhension de l’utilité du THC dans la prévention des rejets de greffes. La science doit continuer à étudier le potentiel du THC pour prolonger la vie de milliers de personnes partout au monde, des vies qui peuvent être sauvées par les greffes d’organes et de tissus si généreusement donnés par des personnes solidaires. Grâce au pouvoir du THC de réduire les risques de rejet, les receveurs auraient de meilleures chances de survie. Il ne reste qu’à espérer que ce ne seront pas les lois qui empêcheront ce progrès médical.

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