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by Scarlet Palmer on 28/09/2016 | Opinion

Qui tire profit de la prohibition du cannabis ?

Prohibition La prohibition du cannabis devait protéger la société des pires fléaux – meurtres, chaos, addiction, destruction – décriés de tous, des politiciens aux associations de parents d’élèves. Près d’un siècle plus tard, cette mesure draconienne a causé les problèmes exacts qu’elle devait combattre. Qui profite réellement de la prohibition du cannabis ?


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Lorsqu’on demande aux gens qui sont contre le cannabis ce qui justifie leur crainte, ils vous répondront sûrement : les « trafiquants de drogue ». Selon eux, ces sombres personnages sont effrayants, sortent la nuit la tête cachée dans un capuchon et à la lueur des lampadaires, ils distribuent gratuitement une première dose pour appâter les innocents qui se retrouveront aspirés dans une spirale infernale. Les gens mieux informés et moins enclins à tomber dans la propagande savent, à bien y penser, que ces « trafiquants de drogue » peuvent être de paisibles jardiniers, des personnes déguisées en sirène qui se promènent parmi les kiosques de chai au cours de festivals, offrant discrètement du hasch, ou encore, leurs propres amis ou eux-mêmes !

Le stéréotype du « trafiquant de drogue »
Le stéréotype du « trafiquant de drogue »

Plusieurs « trafiquants de drogue » ne vendent que du cannabis (pour des raisons d’éthique, de sécurité personnelle ou parce qu’ils cultivent leurs propres produits) et fonctionnent sur la base de « j’ai du cannabis, du hasch et rien d’autre ». Ces vendeurs ne tirent aucun profit de la prohibition du cannabis, tout au contraire, ils en souffrent. L’autre groupe de trafiquants est un stéréotype qui n’a pas grand-chose à voir avec la réalité dans le cas de vendeurs de cannabis seulement, ni même quand il s’agit de gens qui vendent un peu des autres types de drogues. Les vendeurs d’une vaste gamme de drogues qui épuisent l’un ou l’autre de leurs produits peuvent offrir une drogue de remplacement (d’où le mythe selon lequel le cannabis représente une drogue d’introduction). Ce n’est même pas ce type de vendeurs qui pose problème ou qui bénéficie de la prohibition du cannabis. Ceux-ci ne représentent que le personnel dans la rue des groupes du crime organisé. C’est dans l’industrie de l’approvisionnement en gros où plus d’argent est en jeu, donc plus de risques, que les choses deviennent dangereuses.

Les groupes du crime organisé tirent indéniablement profit de la prohibition du cannabis

Le cannabis sera alléchant aux yeux des groupes du crime organisé tant qu’il demeurera illégal. De demande constante, rapportant un profit non imposable et produit de manière non contrôlée relativement facilement, pourquoi ne le serait-il pas ? On peut lire dans le rapport 2016 sur les marchés des drogues dans l’UE que « la valeur estimée du marché de détail pour le cannabis dans l’UE s’élève à plus de 9,3 G€ en 2013 (entre 8,4 et 12,9 G€), représentant un peu moins des deux cinquièmes du marché total des drogues illégales ».

Les similarités entre le statut actuel du cannabis et celui de l’alcool durant la prohibition aux Etats-Unis sont indéniables. La mafia et les groupes de ce type ne font plus la contrebande de l’alcool puisque ça ne rapporte plus de profit. Leurs méthodes sont non éthiques, sans scrupules et d’une efficacité impitoyable. Elles attirent ceux qui placent le gain financier devant la qualité du produit, les conditions de travail sécuritaires et équitables, et même, devant les vies humaines. Les organisations criminelles sont aussi trop enclines à accorder des crédits aux consommateurs de cannabis incapables de payer ce qu’ils doivent, pour ensuite les forcer à poser des gestes impensables pour s’acquitter de leur dette. Les grandes opérations illégales de culture de cannabis génèrent des revenus qui sont réinjectés dans le marché noir, lavés (sujet détaillé plus loin), ou utilisés pour financer des activités bien pires que la culture.

Les terroristes profitent de la prohibition du cannabis

Les syndicats du crime organisé ne sont pas les seuls à profiter du statut illégal du cannabis. De nouvelles données provenant de la police italienne suggèrent que l’Etat islamique et la mafia italienne travaillent de concert pour transporter le cannabis de l’Afrique du Nord à l’Europe. Franco Roberti, le procureur national italien antimafia et antiterroriste, a déclaré en avril de cette année que l’Etat islamique contrôlait d’importantes portions des routes de contrebande du hasch en Libye et dans la Méditerranée. Le trafic de drogue fournirait à ce groupe terroriste environ 7 % de son financement, même si le cannabis et d’autres stupéfiants sont interdits sous la charia. Selon le Coran 5 : 90, « les intoxicants… ne sont que souillures provenant du travail de Satan, alors évitez[-les] si vous voulez le succès ». Sayyid Ali Khamenei, autorité religieuse et chef actuel de la République islamique d’Iran, écrit dans son livre des lois pratiques de l’Iran que « c’est un péché de faire le trafic de stupéfiants de quelconque manière, la possession, le transport, l’entreposage, l’achat, etc. ». (Les membres de l’Etat islamique sont de terribles musulmans). À son tour, M. Roberti écrit dans son livre The Opposite of Fear qu’au lieu de tenter de resserrer la prohibition, il serait mieux de l’abolir : « la décriminalisation ou même la légalisation serait une arme efficace contre les trafiquants qui comptent probablement dans leurs rangs des terroristes qui en tirent profit ».

Il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau, et parfois, le gain financier est simplement omis de l’équation : en 2002, les autorités américaines ont fait échoué la tentative d’un Américain et de deux Pakistanais d’échanger des tonnes de haschisch et d’héroïne contre des missiles Stinger qu’ils avaient l’intention de vendre à al-Qaeda.

La prohibition du cannabis sert aussi le commerce des armes

Les groupes terroristes s’arment jusqu’aux dents. Manifestement, une grande part de leurs profits est investie dans l’approvisionnement en armes. Cela est également vrai des cartels, comme ceux qui participent à la grande guerre sanglante qui fait rage au Mexique, particulièrement à la frontière qui sépare le Mexique des Etats-Unis où le trafic illégal de drogues a causé des centaines de milliers de morts. Selon les estimations, le cannabis rapporterait aux organisations mexicaines entre 15 % à 60 % de leur revenu, mais ces chiffres ne prennent en compte que le cannabis transporté du Mexique aux Etats-Unis et n’incluent pas celui cultivé en terres américaines par les cartels.

Les cartels s’approvisionnent en armes de sources différentes. D’une part, ils en détournent de l’armée américaine et des forces de l’ordre mexicaines, et d’autre part, ils ont accès à de l’arsenal militaire légalement vendu aux Etats-Unis, incluant des armes à feu entièrement automatiques fabriquées avant 1986 et, dans 43 Etats, des « armes d’assaut » vaguement définies comme étant des armes à feu semi-automatiques de grande capacité. Le marché noir de ce type d’armes est rendu encore plus accessible par le fait que la plupart des Etats n’imposent pas que soient rapportés le vol et la perte de ce type d’armes. Les stocks sont ainsi introduits en contrebande et acheminés vers le Mexique qui les achète grâce à l’argent provenant de la vente de drogues, et même parfois simplement échangés contre du cannabis. Au sujet des armes confisquées chez les cartels, un récent rapport publié par la division du crime organisé du bureau du procureur général du Mexique déclare que « les trois quarts sont des armes d’épaule, l’usage de la majorité de ces carabines à haut calibre étant légalement réservé aux forces armées. Plus de 70 % provenaient des Etats-Unis. Parmi les armes confisquées (sic) se retrouvaient des grenades à fragmentation, des roquettes et des mines antipersonnel ».

Tout citoyen américain peut acheter un M134 General Electric Minigun, une mitrailleuse pouvant tirer jusqu’à 166 coups par seconde. Photo: Pedro A. Rodríguez
Tout citoyen américain peut acheter un M134 General Electric Minigun, une mitrailleuse pouvant tirer jusqu’à 166 coups par seconde. Photo: Pedro A. Rodríguez

Du côté des forces de l’ordre, l’approvisionnement provient des gouvernements mexicains et américains. Entre 2009 et 2015, en vertu de l’initiative Mérida, le Mexique a reçu plus de 1,2 G$ en armement, entraînement et support américain. En outre, le pays devait toucher un total de 2,3 G$. Ce montant incluait des hélicoptères Black Hawk du manufacturier Sikorsky Aircraft, une filiale du plus grand fabricant d’armes au monde, Lockheed Martin. Les modèles des deux armes d’épaule les plus utilisées par les cartels sont les AK-47 et les calibres 0.223, incluant les carabines AR-15. Les deux types sont fabriqués aux Etats-Unis.

Ce qui ressort sans l’ombre d’un doute de cette situation alarmante est que les vrais gagnants sont ceux qui fabriquent et vendent les armes utilisées dans les deux camps. Que le financement provienne des gouvernements ou des cartels, une portion importante des revenus est générée par la prohibition du cannabis et alimente les manufacturiers de ces instruments de mort. Cette situation s’applique à tout territoire affecté par la guerre contre les drogues (certaines en particulier).

Les banques s’enrichissent de la prohibition du cannabis

Comment sont mises en circulation de telles sommes d’argent ? Evidemment, le secteur légal du commerce d’armes s’appuie sur le système bancaire avec impunité, mais qu’en est-il de sa contrepartie clandestine ? De plus, des tonnes d’argent générées du commerce illégal des drogues, incluant le cannabis, ne sont pas dépensées sur les armes. L’image hollywoodienne de mallettes remplies de billets que s’échangent les petits trafiquants n’est pas apte à expliquer la mise en circulation de centaines de milliers de dollars.

Petite histoire du blanchiment des capitaux issus du trafic de drogue

Déjà au début des années 80 à Paris, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) avait détecté la circulation dans le système banquier international d’importantes sommes d’argent blanchies par la mafia italienne. Le groupe d’action financière sur le blanchiment de capitaux (FATF) a donc été mis sur pied pour s’attaquer au problème, ce qu’il est graduellement mais sûrement parvenu à faire avec succès. Avec les fusions et la mondialisation des institutions bancaires, le blanchiment d’argent est devenu plus difficile à effectuer.

Mais les choses ont changé au début des années 2000 lorsque la première crise économique a ébranlé le contrôle qu’exerçait le groupe d’action, particulièrement en matière d’administration étrangère. Les gains du trafic des stupéfiants se sont de nouveau retrouvés dans le système bancaire. Au Mexique, les bureaux de change (casas de cambio) où s’effectuaient les transferts de fonds internationaux et de chèques de voyage faisaient beaucoup affaire avec la banque américaine Wachovia. Appartenant maintenant à Wells Fargo, en 2004, elle était l’une des plus importantes banques des Etats-Unis et fermait les yeux sur l’ampleur des transactions de dépôts en espèces et de chèques portant des numéros séquentiels et l’achat d’avion (entre autres) qu’elle effectuait en partenariat avec les bureaux de change.

Mais Wachovia n’était pas la seule dans le coup. HSBC a traité 376 G$ (environ 335,8 G€) provenant de Wachovia, et lorsque cette dernière a cessé ses activités à la suite d’une enquête dont elle a fait objet en 2009, HSBC a continué sans vergogne à accepter et traiter des sommes incroyables provenant des cartels. À l’aide des casas de cambio, des banques mexicaines et des banques californiennes qu’elle avait achetées et de ses propres succursales, HSBC a permis le blanchiment d’argent provenant du trafic de drogues, permettant même les opérations bancaires aux groupes terroristes.

Une carte montrant les pays du monde dans lesquels HSBC est actuellement en activité
Une carte montrant les pays du monde dans lesquels HSBC est actuellement en activité

Bien entendu, ce sont les banques qui se sont enrichies. Entre 2008 et 2011, aux prises avec la crise financière, les banques recherchaient désespérément des liquidités, puisque les sources légales et les prêts interbancaires ne pouvaient suffire à leurs pressants besoins. Ce sont les groupes du crime organisé qui possédaient le capital indispensable, en partie grâce à l’efficacité qu’avait eue par le passé le FATF, en partie grâce à l’intensification de la guerre contre les drogues et sa rentabilité des plus profitables.

Il ne s’agit pas de conjectures. Antonio Maria Costa, le directeur exécutif de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime a déclaré de manière explicite qu’entre 2009 et 2012, l’argent dérivé du trafic international de drogue était injecté dans le sauvetage des banques embourbées dans la crise financière. On peut lire dans l’Executive Intelligence Review de 2012 ceci :

« EIR : La crise financière a-t-elle permis aux groupes criminels de faire entrer leurs profits en circulation, ou a-t-elle plutôt incité les banques à rechercher des sources de capital ? Qui est responsable ?

Costa : L’infiltration dans le secteur financier d’argent provenant d’activités criminelles est tellement répandue qu’il serait plus juste de dire que ce n’était pas la mafia qui essayait de percer le système bancaire mais bien ce dernier qui recherchait activement du capital – incluant l’argent provenant d’activités criminelles – non seulement comme dépôts, mais aussi pour acquérir des actions et dans certains cas, pour combler les besoins du conseil d’administration ».

En 2009, il a déclaré que cet argent noir représentait pour certaines banques au point de s’effondrer (2008) la seule source de « capital d’investissement liquide », et que la majorité des 352 G$ (314 G€) dérivés du trafic de drogue avait été absorbée par le système économique. Volontairement ou non, le système bancaire mondial, des PDG aux caissiers, a bénéficié de la prohibition du cannabis.

Qui serait avantagé par la légalisation du cannabis ?

 Cet article, en dépit de sa profondeur et de son sérieux, soulève de nombreuses questions fantaisistes. Dans quel état aurait été, et serait à présent l’économie si le commerce du cannabis était légal ? Et si ces énormes dépôts d’argent étaient légaux, donc taxables ? Qu’en serait-il si toutes les sommes dépensées par les gouvernements pour mener la guerre contre les drogues étaient plutôt investies dans le système de l’éducation et de la santé et dans les centres communautaires ? Qui aimerions-nous mieux voir profiter, les coopératives agricoles éthiques, ou les manufacturiers d’armes ? Finalement, après avoir lu cet article, pensez-vous que les « trafiquants de drogues » sont ceux qui profitent de la prohibition du cannabis ? Partagez vos commentaires avec nous dans la section ci-dessous.

 

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Loic

L'industrie du pétrole, l'industrie du papier à base de pulpe de bois, l'industrie du coton, l'industrie pharmaceutique, et on en passe...

04/10/2016

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