by Seshata on 28/05/2013 | Consommation Culturel

Cannabis afghan

Cela fait des milliers d’années que le cannabis est cultivé en Afghanistan, à tel point que des variétés locales distinctes s’y sont implantées et que le botaniste russe Nikolai Vavilov a proposé en 1926 de définir une sous-espèce présumée C. sativa var. afghanica — cependant une grande confusion règne en ce qui concerne la place du cannabis afghan dans la nomenclature.


Cela fait des milliers d’années que le cannabis est cultivé en Afghanistan, à tel point que des variétés locales distinctes s’y sont implantées et que le botaniste russe Nikolai Vavilov a proposé en 1926 de définir une sous-espèce présumée C. sativa var. afghanica — cependant une grande confusion règne en ce qui concerne la place du cannabis afghan dans la nomenclature.

C. afghanica en taxonomie botanique

Pour ajouter à la confusion, le célèbre botaniste spécialiste du cannabis Robert Connell Clarke a placé le C. afghanica dans les sous-espèces C. indica, ce qui fait qu’il y est occasionnellement fait référence dans la littérature comme C. indica var. afghanica. En outre, certains sélectionneurs font parfois référence aux variétés afghanes comme étant ruderalis, bien que même le cannabis afghan sauvage ait généralement un taux de cannabinoïde plus élevé que les variétés ruderalis.

Pour compliquer encore les choses, le C. afghanica montre de nombreuses caractéristiques généralement associées aux variétés indica. Ses feuilles sont habituellement extrêmement larges, de couleur vert foncé et parfois teintées de violet. La composition en cannabinoïdes montre des taux élevés de THC, mais aussi  de CBD et CBN, ce qui entraîne un effet soporifique et sédatif. La plante à maturité dépasse rarement les deux mètres de haut, et il y a peu d’espace entre les entre-nœuds et les inflorescences denses et riches en résine. 

Comment est produit le haschisch afghan

Le haschisch afghan est produit à partir des fleurs et des feuilles séchées, qui sont battues et passées au crible pour obtenir une poudre riche en trichome connue localement sous le nom de garda. La garda existe en différentes qualités, depuis la qualité supérieure ou « première », qui contient le taux le plus élevé de résine, jusqu’à la matière obtenue des feuilles, connue généralement comme « troisième qualité », qui contient beaucoup plus d’impuretés. Ce stade du traitement est habituellement effectué par le paysan, qui vend ensuite la garda aux préparateurs de haschisch.

Le haschisch est ensuite produit en remplissant la paume de la main de garda, puis en allumant une allumette pour ramollir et faire fondre la poudre — contrairement au haschisch marocain, qui est généralement tamisé à sec et pressé sans utiliser de chaleur. Lorsque la poudre fond, le préparateur de haschisch la manipule et la roule jusqu’à obtention d’ une boule de haschisch sombre et collante. Comme ce processus prend beaucoup de temps, le roulage à la main du haschisch peut coûter cher, spécialement lorsqu’il s’agit d’une qualité supérieure.

L’industrie afghane du cannabis

Afghan Cannabis - 1 - Cannabis production is widespread in Afghanistan, which is the world's largest producer of hashish
La production de cannabis est largement répandue en Afghanistan, qui est le premier producteur mondial de haschisch.

Pendant des siècles, l’Afghanistan a été un important producteur de haschisch et il est depuis 2010 le premier producteur mondial de haschisch. Le rapport de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) intitulé Étude sur le cannabis en Afghanistan  (2010) estime que près de 24 000 hectares (Ha) de cannabis sont cultivés en Afghanistan chaque année.

Il ne s’agit pas de la plus grande région du monde consacrée au cannabis — le Maroc, avec près de 47 000 Ha, exploite près du double de cette superficie — mais la production abondante de résine et les récoltes substantielles que peuvent obtenir les cultivateurs afghans font que leur rendement en haschisch est exceptionnellement élevé. Selon les chiffres de l’ONUDC, les producteurs afghans de haschisch peuvent obtenir des rendements allant jusqu’à 145 kg de haschisch par hectare, comparé à 40 kg/Ha seulement généralement obtenus au Maroc.

Depuis 2008, il y a eu un glissement depuis la production d’opium vers celle de cannabis au sein de la majorité des populations paysannes afghanes, dans la mesure où cette production représente moins de risque, les frais fixes en sont plus faibles et le revenu net plus élevé. Exploiter un hectare de pavots à opium coûte jusqu’à trois fois plus cher qu’exploiter un hectare de cannabis ; le revenu net rapporté par l’opium est juste de 2005 $ comparé à 3341 $ pour le cannabis[V BS1] . En 2011, près de 65 000 foyers cultivaient du cannabis, comparé à 47 000 l’année précédente.

La politique en matière de cannabis en Afghanistan

Malgré l’interdiction islamique de l’usage de narcotiques, il existe en Afghanistan une subculture très largement répandue aussi bien de l’usage d’opium que de cannabis, qui a persisté au cours des siècles. Les talibans ont aussi joué un rôle dans l’arrêt – souvent brutal  – de la production et de l’usage de drogue, instaurant l’interdiction de l’opium entre 1994 et 2000, bien qu’il y ait une croyance largement répandue que les profits retirés de la production de haschisch servent en fait en partie à financer le groupe.

Afghan Cannabis - 2 - Packages of Afghani hashish ready for distribution
Paquets de haschisch afghan prêts à la distribution.

Suite à l’intervention des États-Unis en Afghanistan, nombreux ont été ceux qui ont critiqué les nouvelles politiques mises en place concernant l’opium et le cannabis. En 2009, le Pentagone a diffusé une liste de cinquante barons afghans de la drogue supposés avoir des liens avec les talibans, avec l’ordre de capturer ou de tuer ceux figurant sur cette liste. Jusqu’ici, l’attention des États-Unis s’est concentrée sur l’opium, ce qui selon de nombreux observateurs a entraîné le glissement vers la production de cannabis après 2008. Cependant, depuis la diffusion de L’Étude sur le cannabis en Afghanistan, les représentants officiels de l’ONUDC ont déclaré  qu’« il faut aborder plus sérieusement la question de la réduction de l’approvisionnement en cannabis afghan, dans le cadre d’une stratégie nationale de contrôle des drogues ». Il est par conséquent possible que la communauté internationale accorde de nouveau plus d’attention au cannabis en Afghanistan au cours des prochaines années.

Commentaires

Laissez un commentaire ici.

Laissez un commentaire

Merci d'entrer un nom
Oups, on dirait que vous avez oublié quelque chose.