by Silent Jay on 06/11/2013 | Culture

David Nutt lauréat du prix John Maddox 2013

activiste David Nutt n’est pas un inconnu pour le monde de la prévention dans le domaine des drogues, ni pour le milieu activiste procannabis. Entre autres choses, il est un éminent neuropsychopharmacologue originaire du Royaume-Uni dont les travaux de recherche ont été voués au domaine des drogues. Plus spécifiquement, ses recherches portent sur la manière dont les drogues affectent le cerveau et pourraient soulager les symptômes constatés chez les personnes dépressives et les toxicomanes.


Cela étant, après une longue et laborieuse lutte avec les pouvoirs en place, le professeur David Nutt est le lauréat de l’année du prix John Maddox pour la défense de la science.

Histoire d’une quête obstinée de la vérité

Dès 1978, David Nutt s’est consacré à l’étude des drogues et à leur impact sur l’organisme humain, étudiant des substances illégales ainsi que des drogues délivrées sur prescription afin de prouver que certaines des substances considérées comme illégales par le gouvernement pourraient être utilisées à des fins médicales, alors que certains composés autorisés présentent visiblement un danger pour les patients qui les utilisent.

En 2007, il a publié une étude qui a suscité une vive polémique. Deux ans plus tard, le gouvernement britannique offrait à David Nutt une gloire inattendue en le démettant de ses fonctions de conseiller officiel dans le domaine des drogues, simplement pour avoir rédigé cette étude. L’étude en question, qui est encore citée aujourd’hui dans diverses publications traitant des dangers du cannabis et d’autres drogues, concluait que le cannabis (à l’instar du LSD et de l’ecstasy) était moins nuisible que l’alcool ou le tabac, tant pour l’utilisateur individuel que pour la société dans son ensemble.

Les résultats de cette étude jetaient le discrédit sur la politique gouvernementale de l’époque en matière de drogue, en prouvant que ses dispositions réglementaires étaient davantage motivées par des préoccupations politiques que par des faits scientifiques. La sensibilisation du grand public qui a suivi à cet égard a également déclenché une vague de réactions négatives de la part des membres du gouvernement, ainsi que de nombreux désaccords avec d’autres membres de la communauté scientifique.

Un scientifique coupé dans son élan

Toutefois, David Nutt a continué à propager son message au travers de conférences et d’articles, ainsi que grâce à sa position dans le gouvernement britannique. En fait, Nutt a été nommé en 2008 à la présidence de l’ACMD (Advisory Council for the Misuse of Drugs, le Conseil consultatif sur l’abus de drogues), tout en poursuivant ses recherches et sa campagne de sensibilisation du public. Cela a donné lieu à des réactions violentes des ministres du gouvernement alors qu’il tentait d’aborder la question du reclassement de substances dont il avait prouvé par ailleurs qu’elles étaient pratiquement inoffensives.
Finalement, il a publié un pamphlet en 2009 dans lequel il combinait les résultats de ses études de 2007 et ceux d’études plus récentes, pour réaffirmer son plaidoyer en faveur du reclassement de nombreuses substances. Il y définissait le cannabis comme une drogue de catégorie C (la catégorie la moins dangereuse), et l’alcool et le tabac comme des drogues de catégorie B.
La réaction du gouvernement britannique à cette catégorisation fut immédiate ; le jour suivant la publication du pamphlet, le ministre de l’Intérieur de l’époque, Alan Johnson, demandait à David Nutt de démissionner de ses fonctions de conseiller gouvernemental en chef en matière de drogue et de président de l’ACMD.

Heureusement, cet incident n’eut aucune conséquence négative. Après le renvoi de David Nutt, un certain nombre de ses collègues scientifiques et experts sur les questions de politique en matière de drogue démissionnèrent de l’ACMD et fondèrent l’Independent Scientific Committee on Drugs (Comité scientifique indépendant sur les drogues), une organisation indépendante visant à « garantir l’accès du public à une information fondée sur des preuves dans le domaine des drogues, sans interférence d’intérêts politiques ou économiques quelconques ».

Depuis lors, David Nutt n’a eu de cesse de propager les faits scientifiques à l’origine de cette controverse tristement célèbre. Il a continué à étudier les utilisations médicales possibles des substances illégales et à diffuser les résultats de ses recherches, non seulement par l’intermédiaire du comité scientifique sur les drogues précité, mais également dans de nombreuses publications et, bien sûr, à l’Imperial College de Londres où il est professeur titulaire de la chaire Edmond J Safra de neuropsychopharmacologie.

La création des « Principes directeurs du conseil scientifique au gouvernement », qui « définissent les règles de l’engagement entre le gouvernement et les personnes lui fournissant un avis scientifique et technique indépendant », est une autre conséquence relativement positive de l’éviction du docteur Nutt de l’ACMD et souligne l’importance des sources scientifiques libres de toute influence politique.  Ces principes font désormais partie des directives adoptées par l’office gouvernemental britannique des sciences, et pourraient devenir l’un des piliers d’une meilleure réglementation en matière de drogue au Royaume-Uni.

Le prix John Maddox couronne le travail de David Nutt

Que David Nutt soit enfin récompensé pour le travail énorme qu’il a accompli au fil des ans pour son pays et pour le monde n’est que justice.
Ce n’est donc une surprise ni pour la communauté du cannabis ni pour les défenseurs de la médecine parallèle que David Nutt soit le lauréat du prix John Maddox 2013 pour la défense de la science. En fait, l’objectif général de ce trophée décrit parfaitement le combat de David Nutt :

« Le prix John Maddox pour la défense de la science récompense une personne qui œuvre pour promouvoir une recherche scientifique avérée et fondée sur des preuves dans un domaine d’intérêt public. Il cible en particulier celles et ceux qui ont été confrontés à des difficultés ou à une certaine hostilité dans cette démarche. »

Sensi Seeds est absolument ravie qu’un penseur indépendant éminent et un tel esprit axé sur les faits soit récompensé pour ses efforts et ses difficultés, et appelle plus que jamais de ses vœux l’avènement d’une politique plus raisonnable en matière de drogue au Royaume-Uni et partout dans le monde.

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