by Seshata on 29/10/2013 | Légal & Politique

Le cannabis en Albanie

Pendant de nombreuses années, l'Albanie a tranquillement surpassé tous les autres pays européens à l'exception des Pays-Bas dans le domaine de la production de cannabis, tout en demeurant relativement inconnue au plan mondial. Cependant, les récents événements survenus dans la petite ville de Lazarat au sud du pays ont déclenché une frénésie médiatique, et ont scellé la place de l'Albanie sur la carte mondiale du cannabis.


Pendant de nombreuses années, l’Albanie a tranquillement surpassé tous les autres pays européens à l’exception des Pays-Bas dans le domaine de la production de cannabis, tout en demeurant relativement inconnue au plan mondial. Cependant, les récents événements survenus dans la petite ville de Lazarat au sud du pays ont déclenché une frénésie médiatique, et ont scellé la place de l’Albanie sur la carte mondiale du cannabis.

Le cannabis en Albanie - Sensi Seeds Blog

Le commerce de cannabis en Albanie

Des années d’instabilité socio-économique persistante – ainsi qu’une force de police sous-financée et une approche incohérente, tant au plan national qu’international – ont permis à la culture de cannabis de prendre un essor incroyable dans l’économie rurale albanaise.

Aux premières heures de l’émergence de l’industrie du cannabis albanaise, de jeunes Grecs transportaient physiquement des sacs de cannabis, traversant les montagnes jusqu’en Grèce. Aujourd’hui, des vedettes rapides et autres bateaux de petite ou moyenne taille transportent la majeure partie de la récolte albanaise vers les pays voisins.

La mafia italienne a également des liens étroits avec les réseaux du crime organisé en Albanie, et on lui attribue désormais la responsabilité de la majorité du trafic entre l’Albanie et l’Europe occidentale. Le cannabis est expédié vers la côte Adriatique italienne. De là, il peut être transporté par voie terrestre sans crainte des contrôles frontaliers, vers n’importe quelle destination située dans la zone Schengen.

Outre le trafic d’herbe de cannabis cultivé localement, l’Albanie est une source importante de haschisch produit en Asie et en Afrique du Nord ; à l’instar des Pays-Bas, il est difficile d’obtenir des chiffres fiables sur la production locale étant donné le niveau élevé des importations. Toutefois, on s’accorde généralement sur le fait que l’Albanie produit bien plus de cannabis qu’elle n’en importe.

Culture du cannabis en Albanie

Le cœur de la culture du cannabis en Albanie se situe dans la région montagneuse au sud du pays, composée d’un relief accidenté qui rend impossible toute patrouille efficace pour la police albanaise (l’ASP, Albanian State Police, principale force de police nationale du pays). Cette région abrite le village de Lazarat, proche de la zone frontalière avec la Grèce à Gjirokastër ; on attribue à Lazarat une production qui atteindrait 500 t chaque année, cultivées sur 60 acres de flancs de coteaux fertiles.

Source : http://www.flickr.com/photos/orientalizing/
Le relief montagneux et fertile de la campagne entourant le village de Lazarat est le cœur de la culture du cannabis en Albanie.

La région entourant Lazarat est de loin la plus productive du pays, et l’on estime que près de 90 % des 7000 résidents du village sont impliqués dans le commerce de cannabis – un commissaire local de l’ASP a déclaré avoir été témoin d’une altercation entre une « grand-mère de 70 ans » et son équipe des forces spéciales pendant une tentative infructueuse d’infiltrer le village.

La férocité de la réponse armée des villageois a placé l’ASP dans une position difficile. Plutôt que de s’engager dans une guerre sans fin, les autorités ont laissé Lazarat produire en toute quiétude sa récolte générant des milliards de dollars – malgré quelques vagues d’arrestations, de saisies et d’éradication éparses, aucune action décisive visant à éradiquer complètement cette industrie ne semble être entreprise.

La production totale albanaise est inconnue, mais la police financière italienne l’estime à environ 900 t chaque année, représentant environ 4,5 milliards d’euros. Les chiffres officiels des exportations albanaises pour l’année 2012 totalisaient tout juste 1,7 milliard d’euros.

Histoire du cannabis en Albanie

Entre 1944 et 1992, l’Albanie était officiellement la République populaire d’Albanie. Pendant cette période, l’autosuffisance agricole coopérative était atteinte, l’analphabétisme était inexistant et des économies massives étaient réalisées sur les niveaux de vie, la santé et l’éducation. Toutefois, la liberté religieuse et économique était gravement restreinte et les droits de l’homme étaient systématiquement bafoués, des communautés religieuses étaient torturées et exécutées en grand nombre pour leurs croyances.

Après des vagues de protestation de grande envergure qui ont commencé en 1989, le gouvernement communiste albanais a mis en œuvre plusieurs réformes, pour aboutir finalement à la dissolution de la République populaire en 1991-92, et à l’établissement de la République d’Albanie à la place. Cependant, les tentatives gouvernementales visant à introduire une réforme économique ont abouti à une crise financière en 1992, provoquant à son tour une vague d’agitation sociale qui devait perdurer pendant de nombreuses années.

En 1991, au beau milieu de ce bouleversement social et économique, des organisations criminelles grecques ont établi des plantations de cannabis dans les régions montagneuses au sud du pays. De nombreux agriculteurs démunis ont saisi cette opportunité pour adopter une culture susceptible de leur assurer une certaine stabilité financière. Cette nouvelle industrie s’est rapidement implantée, malgré les efforts internationaux concertés visant à l’endiguer, et dès 1995 les échanges de tirs entre la police et les agriculteurs étaient devenus monnaie courante.

La politique albanaise en matière de cannabis

L’an dernier, l’Albanie a approuvé sa Stratégie nationale de lutte contre la drogue 2012-16, bien que le plan d’action nécessaire à sa mise en œuvre n’ait pas encore été établi. La Stratégie nationale s’appuie sur quatre « piliers » principaux que sont la coordination stratégique, la réduction de la demande, la réduction de l’offre et la réduction des préjudices. De même qu’elle prône des efforts coordonnés visant à endiguer le trafic, la stratégie insistera sur des programmes de réhabilitation et d’éducation.

En tant que pays aspirant à devenir membre de l’Union européenne, l’Albanie doit présenter une stratégie nationale cohésive et décisive de lutte antidrogue si elle veut convaincre les autres états membres de l’UE de sa capacité à rejoindre l’union. On assiste ces dernières années à une intensification des efforts de l’ASP, se traduisant par une augmentation des saisies de cannabis et des arrestations. Il semble cependant que cette augmentation soit en partie due à une augmentation globale de la culture de cannabis. En 2012, la police a saisi 21,2 t métriques, soit près du double de la quantité saisie en 2011.

L’Albanie a mené diverses enquêtes en partenariat avec les autorités italiennes (43 enquêtes entre janvier et octobre 2012) ; le gouvernement bénéficie également d’une assistance financière dans le domaine de la lutte contre les stupéfiants de la part de l’Union européenne et des États-Unis, ces derniers lui fournissant également une assistance sous forme d’équipements et de formation. Les États-Unis cofinancent également actuellement un programme de réduction de la demande et d’éducation dans les écoles élémentaires albanaises, en partenariat avec l’ASP et le ministère albanais de l’Éducation.

Arrestations et condamnations

Bien que les saisies soient en augmentation, l’inefficacité du système judiciaire est à l’origine du peu d’arrestations se traduisant par des condamnations. En 2012, l’ASP a arrêté 729 personnes pour des délits liés aux stupéfiants, des cas de trafic pour une grande part ; toutefois, sur les 149 enquêtes diligentées à la suite de ces arrestations, seulement 46 affaires ont été présentées devant les tribunaux. Pour toute l’année 2012, seulement 56 condamnations pour trafic ont été prononcées.

Source : http://www.flickr.com/photos/alexeya/
Dde nos jours, les contrebandiers utilisent des yachts et des vedettes rapides pour passer en fraude du cannabis en provenance d’Albanie vers la côte Adriatique italienne.

En Albanie, le cannabis est illégal sous toutes ses formes. Toutefois, la possession d’une « dose quotidienne » de substance illicite, y compris le cannabis, n’est pas passible de poursuites. Pour des délits plus graves liés à la drogue, les peines peuvent être bien plus sévères. La peine encourue pour la vente, la distribution, la production et la possession (de quantités jugées trop importantes pour des besoins personnels, à l’appréciation du juge) peut aller de cinq à dix années d’emprisonnement. Pour les cas de trafic, les condamnations vont de sept à quinze années d’emprisonnement. Ces peines peuvent être augmentées si un lien avec des organisations criminelles peut être établi.

En août 2013, l’ASP détenait plus de 50 travailleurs saisonniers soupçonnés de travailler dans des champs de cannabis dans la région de Lazarat ; le résultat final de cette action reste à déterminer. À deux reprises, on a vu des agriculteurs arrêtés et leurs récoltes saisies parce que leur activité avait été assimilée par erreur à de la culture de variétés psychoactives – en 2001, un « expert » de la brigade des stupéfiants a été démis de ses fonctions à la suite du fiasco de ces opérations, et en 2006 l’organisation caritative britannique responsable du financement du projet a poursuivi le gouvernement albanais afin d’obtenir une compensation pour leurs récoltes perdues.

Utilisation du cannabis en Albanie

Aujourd’hui, l’utilisation de cannabis en Albanie est largement répandue, et l’on peut se procurer de petites quantités de drogue dans la plupart des régions urbaines à des prix allant de 4 à 8 euros pour une dose de 5 g (soit de 0,8 à 1,6 euro le gramme). La qualité du cannabis acheté dans la rue est habituellement relativement mauvaise, avec une teneur en THC d’environ 4 %.

Le gouvernement albanais ne tient pas de statistiques sur les tendances nationales de consommation de drogue, mais on suppose que le cannabis est de loin la drogue la plus largement utilisée dans le pays, et que la consommation d’autres produits stupéfiants est rare.

Il est primordial de documenter l’histoire et les évènements  de la guerre contre les drogues dans tous les pays où elle prévaut. Les organisations telles que le Hash Marijuana & Hemp Museum à Amsterdam qui réunissent les données provenant de diverses sources crédibles jouent ici un rôle crucial : grâce à leur travail, il est possible d’offrir une information la plus précise, actuelle et impartiale possible sur la situation mondiale actuelle.

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