Le cannabis en Erythrée – Lois, usage et histoire

L’Erythrée est une terre largement aride et, par conséquent, n’est pas idéale pour la culture du cannabis. Malgré ces conditions et la loi, certains agriculteurs choisissent encore de le cultiver pour la consommation nationale. La vente ou la fourniture de cannabis peut entraîner l’incarcération d’un délinquant pendant plusieurs années, mais les trafiquants de drogues continuent d’utiliser les ports de l’Erythrée pour introduire illicitement leurs marchandises partout dans le pays.

La législation sur le cannabis en Erythrée

Peut-on posséder et consommer du cannabis en Erythrée ?

Le Code pénal érythréen considère la possession de toutes les drogues (y compris le cannabis) comme une infraction « moins grave ». Il identifie aussi clairement la différence de gravité entre la vente de cannabis et son achat pour usage personnel.

La vente ou le trafic de cannabis est une infraction grave passible d’une longue peine d’emprisonnement. La loi prévoit des circonstances atténuantes pour achat de drogue fait pour un usage personnel ; en particulier « une personne ne peut pas être considéré comme impliquée dans le trafic du fait de l’achat, (…) pour son usage personnel, d’une drogue (ou plante) contrôlée ».

Par conséquent, les peines pour possession sont beaucoup moins sévères. Si une personne est prise en possession de cannabis pour usage personnel, elle est passible d’emprisonnement pour une période de six à douze mois ou d’une amende de 20 001 à 50 000 nakfas.

L’Érythrée est l’un des rares pays africains à interdire également l’utilisation du khat, une plante très appréciée sur tout le continent en raison de ses effets stimulants lorsqu’elle est mâchée.

Peut-on vendre du cannabis en Erythrée ?

Le Code pénal érythréen interdit de « vendre, acheter, administrer, préparer, donner, transférer, transporter, envoyer ou livrer » toute drogue ou plante contrôlée, y compris le cannabis.

Celui qui est pris en train de faire passer en contrebande une grande quantité de cannabis, ou d’en fabriquer/récolter de grandes quantités (classées comme de « grandes quantités commerciales »), peut se voir infliger une peine d’emprisonnement de sept à dix ans. De plus petites quantités (classées comme des « quantités commerciales ») sont passibles d’une peine réduite de cinq à sept ans.

La vente ou la fourniture à plus petite échelle (qualifiée de « trafic ») est passible d’une peine d’emprisonnement de trois à cinq ans.

La fourniture à un mineur est considérée comme une infraction beaucoup plus grave. Celui qui est pris en train de fournir des quantités « commerciales » de cannabis à un mineur, tout en sachant qu’il a l’intention de le vendre, encourt une peine d’emprisonnement de seize à dix-neuf ans. Une peine réduite de sept à dix ans est prévue si la quantité est moins importante.

Peut-on cultiver du cannabis en Erythrée ?

La culture du cannabis est également considérée une infraction en Erythrée.

Celui qui est pris en train de cultiver un nombre limité de plantes exclusivement pour son usage personnel est passible d’une peine privative de liberté allant de six à douze mois, ou une amende allant de 20 001 à 50 000 nakfas.

Cependant, la culture de « grandes quantités commerciales » de plantes de cannabis entraîne une peine de sept à dix ans de prison. Pour des quantités « commerciales » inférieures, la peine d’emprisonnement est de cinq à sept ans et pour une quantité bien moindre (non exclusivement destinée à un usage personnel), de trois à cinq ans.

En raison du terrain aride de l’Érythrée, la culture du cannabis ici n’est pas aussi répandue que dans d’autres pays africains, même s’il est cultivé dans certaines régions. L’Office des Nations Unies contre les drogues et le Crime (ONUDC) a signalé que le cannabis est cultivé à Asmara, Keren et Tehambko et croit qu’il a été introduit dans le pays après l’indépendance de l’Érythrée (à travers des ressortissants érythréens ayant retourné au pays avec des exemplaires provenant des pays occidentaux).

Le CBD est-il légal en Erythrée ?

La CBD n’est pas différenciée du cannabis dans la législation érythréenne. Par conséquent, il est illégal et ne peut être ni acheté, ni vendu ou utilisé.

Peut-on envoyer des graines de cannabis vers l’Erythrée ?

Les graines de cannabis sont considérées comme faisant partie de la plante de cannabis et sont donc illégales. Elles ne peuvent pas être envoyées par poste au pays.

Le cannabis médicinal en Erythrée

L’Érythrée a une longue histoire d’utilisation de plantes en médecine. Parmi celles-ci, le cannabis était utilisé pour traiter l’asthme bronchique et était connu localement sous le nom de etse-fares. De nos jours il n’existe pas de programme médicinal pour le cannabis et son usage à cette fin est interdit.

Le chanvre industriel en Erythrée

Sous la domination italienne, au début du XXe siècle, l’Erythrée avait, selon toute vraisemblance, une industrie du chanvre. De nos jours, le chanvre est illégal, car il est considéré par la loi comme une autre forme de plante contrôlée. Cependant, la situation semble être en train de changer en Afrique. D’autres pays envisageant de légaliser le chanvre et d’exploiter son potentiel de rentabilité. L’Erythrée pourrait en suivre l’exemple à l’avenir, même si aucun plan n’a pas encore été mis en place en ce sens.

Bon à savoir

Si vous allez visiter l’Érythrée (ou y vivez actuellement), il est utile de savoir que :

  • Selon un rapport de l’ONUDC, le cannabis est l’une des drogues les plus consommées dans ce pays.
  • Dans le passé, le pays a été critiqué pour son manque d’activités de prévention de l’abus de drogues (en 2008, il n’y avait qu’un seul psychiatre qualifié en Érythrée chargé de traiter à la fois les problèmes de santé mentale et de toxicomanie). En 2019, l’ONUDC a coorganisé le premier atelier dans le pays pour lutter contre le crime organisé et le trafic de drogue.
  • La consommation de cannabis n’est pas considérée comme un problème majeur en Érythrée. Son plus grand problème est plutôt l’abus de solvants et de substances inhalables.

L’histoire du cannabis

Il est probable que le cannabis soit présent en Erythrée depuis plusieurs siècles. Les premières traces de cette drogue en Afrique remontent au XIVe siècle dans la voisine Éthiopie, où les archéologues ont découvert deux pipes en céramique en contenant des traces. Cela donne à penser que le cannabis a peut-être été utilisé aussi en Érythrée.

Les experts pensent que la plante est entrée dans la région avec la migration bantoue. Les bantous ont voyagé à travers le continent et atteint finalement des pays comme le Malawi et l’Afrique du Sud, où le commerce du cannabis est en plein essor ces jours-ci.

Les attitudes modernes

Il n’y a pas beaucoup d’options de traitement pour ceux qui abusent de drogues en Erythrée. Ce problème est dû en partie au manque de financements, mais aussi à une certaine stigmatisation.

Comme il n’existe pas de système national de collecte de données pour déterminer les habitudes de consommation de cannabis, il est difficile de dire dans quelle mesure on en consomme dans les différentes régions du pays. Les données de 2006, relatives à l’ensemble des troubles liés à l’abus de drogues, montrent des taux de prévalence très bas, à savoir de 0,16% pour les femmes et de 0,50% pour les hommes.

Le marché du cannabis aujourd’hui

Comme de nombreux pays d’Afrique de l’Est, l’Érythrée a des problèmes de trafic de drogues. Ses ports sont utilisés par des contrebandiers pour transporter de l’héroïne et du cannabis d’Asie du Sud vers l’Europe et les Amériques, et le problème semble s’être aggravé ces dernières années.

Les experts estiment que l’augmentation du trafic de drogue est due au retour des enfants expatriés de ressortissants érythréens, qui ont émigré en Europe et en Amérique du Nord dans le passé. Bien que le cannabis soit cultivé en Erythrée, il y a peu de preuves démontrant que le pays produit de grandes quantités de cannabis pour l’exportation. Par contre, on pense que la plupart du cannabis qui y est cultivé est consommé dans le pays.

Le peu d’informations disponibles révèlent qu’il n’y a pas eu beaucoup de saisies de cannabis en Érythrée. Par exemple, en 2006, seulement 7,25 kilogrammes d’herbe de cannabis et 10,55 kilogrammes de plantes de cannabis ont été saisis. En 2008, ces chiffres avaient augmenté (11,25 et 15,3 kg respectivement), ce qui indique que c’est un problème en croissance, même si les chiffres sont encore faibles.

Le cannabis sera-t-il légalisé à l’avenir ?

Actuellement, l’Érythrée ne semble pas vouloir légaliser le cannabis à des fins récréatives ou médicinales. Cependant, le pays souffre de la pauvreté et profiter de la « ruée verte » pourrait être une possibilité pour le futur. Certes, d’autres pays africains commencent à tirer profit des avantages financiers qu’offrent la culture du cannabis et du chanvre.

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  • Maurice_Veldman

    Maurice Veldman

    Maurice Veldman est membre de l’Association néerlandaise des avocats criminalistes et il est l’un des avocats en matière de cannabis les plus réputés des Pays-Bas. Avec ses connaissances du droit administratif et pénal acquises au cours de 25 années d’expérience, il défend les vendeurs de cannabis et les producteurs de chanvre en faisant valoir les inégalités entre les individus et l’Etat
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