La Jamaïque et la ganja : One Love, One Heart

Une multitude d'idées envahissent notre tête lorsque nous pensons à la Jamaïque. Certaines sont directement associées au paradis, aux plages de sable fin et aux eaux turquoise, au milieu de nulle part. D'autres nous font inévitablement penser à notre très cher Bob Marley, aujourd'hui disparu. Mais toutes les îles ne sont pas paradisiaques et tous les paradis n'abritent pas des légendes. Heureux hasard, la Jamaïque peut se vanter d'avoir les deux et, aujourd'hui, alors qu'on pensait que l'histoire ne pourrait avoir une meilleure fin, la légalisation récente du cannabis à des fins religieuses et médicales est la cerise sur un délicieux gâteau.


Une multitude d’idées envahissent notre tête lorsque nous pensons à la Jamaïque. Certaines sont directement associées au paradis, aux plages de sable fin et aux eaux turquoise, au milieu de nulle part. D’autres nous font inévitablement penser à notre très cher Bob Marley, aujourd’hui disparu. Mais toutes les îles ne sont pas paradisiaques et tous les paradis n’abritent pas des légendes.

Heureux hasard, la Jamaïque peut se vanter d’avoir les deux et, aujourd’hui, alors qu’on pensait que l’histoire ne pourrait avoir une meilleure fin, la légalisation récente du cannabis à des fins religieuses et médicales est la cerise sur un délicieux gâteau.

La marihuana, considerada sagrada por los rastafaris.AP
La marijuana, considérée comme sacrée par les rastafaris. AP.

L’autorisation de la marijuana à des fins thérapeutiques n’est pas tellement surprenante. Évidemment, les bienfaits au niveau physique et émotionnel chez une personne malade sont si nombreux qu’il serait absurde, irrationnel et incohérent de l’interdire.

Ce qui attire l’attention d’une certaine partie de la société, c’est que la Jamaïque a été le premier pays à préciser que, avec la nouvelle réglementation, la marijuana serait tolérée à des fins religieuses. Et pas parce qu’il s’agit de quelque chose de mal, bien au contraire. Les religions, surtout populaires, sont nombreuses à utiliser les psychotropes dans leurs rites. C’est simplement parce que dans notre état de droit, aux lois très strictes, nous ne sommes pas habitués aux aspects spirituels ni à tout ce qui n’est pas écrit dans les codes juridiques et dans les bulletins officiels. En règle générale, la légalisation possible du cannabis dans un pays est davantage liée à sa capacité à traiter les maladies (ce qui a été scientifiquement prouvé) qu’à une croyance ou foi quelconque pratiquée par un individu.

La marijuana présente dans le mouvement rastafari

Si nous remontons dans le temps, nous pouvons voir que la relation entre la Jamaïque et la marijuana a toujours été extrêmement étroite. Ceux que l’on appelle les rastafaris, sont les adeptes d’un mouvement spirituel basé sur la croyance selon laquelle Hailé Sélassié I, qui fut Empereur d’Éthiopie dans les années 1930, était la troisième réincarnation de Jah. Leur Dieu.

Haile Selassie I
Haile Selassie I

Ainsi, parmi les préceptes principaux de l’individu rastafari se trouve celui de rester dans la bonne voie, en prônant la bonté et la fraternité avec les siens.  En outre, ils considèrent la marijuana comme une herbe sacrée, elle joue donc un rôle central dans la pratique de leur religion. Les croyants voient dans la ganja un chemin idoine qui leur permet d’entrer en contact avec la conscience et ainsi de se rapprocher de leur dieu, Jah, puisque selon la croyance rastafari, des restes de la plante ont été retrouvés dans la tombe de Salomon.

Pour un rastafari, l’herbe est considérée comme une manifestation divine et sa consommation pendant la pratique de certains rituels est, tout simplement, une façon d’atteindre des niveaux supérieurs de spiritualité.

Il est certain que l’utilisation de la marijuana ne devient pas obligatoire pour celui qui se considère comme un rastafari, mais en général, elle est vue comme un acte positif de guérison, de révélation et d’adoration.  Elle fait partie de leurs liturgies et en consommer est une marque de respect à l’égard de leur Créateur. C’est la raison pour laquelle ils considèrent la marijuana comme un sacrement.

Cela nous éclaire sur le fait que la récente réglementation est axée sur les usages médicaux et également religieux. Naturellement, tous les Jamaïcains ne sont pas rastafaris (et tous les rastafaris ne sont pas Jamaïcains), mais le gouvernement de la Jamaïque a considéré que la pratique du mouvement rastafari par une grande partie de la société, et donc l’importance accordée à la marijuana pendant les rites, constituait une raison suffisante pour créer et inscrire une réglementation dans le cadre de la loi.

La Jamaïque offre un nouvel éclairage sur la légalisation du cannabis

Déjà en juin 2014, la Jamaïque a commencé à esquisser ce qui allait devenir une nouvelle régulation sur le cannabis, lorsqu’elle a approuvé un amendement à la loi sur les drogues dangereuses. Cet amendement incluait un changement majeur en ajoutant une partie importante dédiée au mouvement rastafari et à l’usage que celui-ci fait de la marijuana.

Mark Golding, Ministro de Justicia de Jamaica
Mark Golding, Ministre de la justice de la Jamaïque.

C’était une première étape. De fait, selon Mark Golding, Ministre de la justice de la Jamaïque, « la proposition aborde de façon plus intelligente le problème des drogues, envisage la possession de petites quantités d’herbe pour un usage personnel, la consommation dans des lieux privés et à des fins médicales, ainsi que la dépénalisation de son utilisation comme sacrement religieux ».

La marijuana, appelée là-bas « ganja », est profondément enracinée dans la culture de la Jamaïque, mais elle est illégale. Elle a été proscrite en 1913 dans un contexte où, selon Maxine Stowe, Consultante internationale du Rastafari Millennium Council, l’industrie du chanvre se trouvait dans une situation délicate, liée à son commerce et à son industrialisation, « bien que d’un point de vue culturel, son interdiction ait démarré aux États-Unis ».

D’après Stowe, « à cette époque, lorsque le Mexique et les autres cultures caribéennes se sont mélangées au mouvement afroaméricain, on a décidé que cette plante serait illégale et on en a fait une substance interdite. »

« L’interdiction fut directement liée aux personnes de couleur, pas à un aspect négatif de la plante », ajoute-t-elle. « Il était donc logique que la culture rastafari surgisse dans les années 1930 et demande sa légalisation. »

Ce qu’édicte la loi

Le Ministre Golding a déclaré que la mesure permettrait d’établir une autorité pour délivrer des licences et coordonner les lois nécessaires pour cultiver, distribuer et vendre de la marijuana à des fins médicales, scientifiques et thérapeutiques. « Nous devons être en mesure de profiter des avantages économiques significatifs qu’offre cette industrie émergente », a-t-il affirmé.

Los rastafaris han pedido durante décadas la legalización de la ganja.Reuters.
Les rastafaris demandent la légalisation de la ganja depuis des décennies. Reuters.

En vertu de la nouvelle loi, la possession de 2 onces (56,7 grammes) ou moins de marijuana sera considérée comme un délit mineur, sanctionné par une amende et non inscrit au casier judiciaire. La loi autorisera également la culture personnelle d’un maximum de cinq plants. En revanche, comme ce fut le cas en Uruguay, le projet de loi stipule la création d’un organisme chargé de délivrer les licences de culture, de vente et de distribution officielles. Il faut souligner que le fait de fumer de la marijuana en public restera interdit et même puni par la loi.

De son côté, le gouvernement jamaïcain n’envisage pas de modifier sa position concernant le trafic de drogues. Il prévoit même d’utiliser une partie des recettes liées à la nouvelle activité pour mener une campagne de sensibilisation afin de décourager la consommation de marijuana chez les plus jeunes et d’atténuer ainsi les conséquences de sa consommation sur la santé.

Les grands bénéficiaires

Les adeptes du mouvement rastafari sont indubitablement les grands vainqueurs. Il a fallu attendre plusieurs décennies pour que, enfin, on les entende haut et fort, mais cela en valait la peine. En outre, la mesure a été annoncée le jour même où Bob Marley aurait fêté ses 70 ans. Une date marquante que l’on célèbrera désormais à double titre.

Le fait que les rastafaris puissent utiliser librement, et en toute légalité, leur ganja pendant la pratique de leurs rites représente une nouvelle avancée dans le processus de légalisation du cannabis. De nouveaux fronts s’ouvrent chaque fois et montrent que, même au niveau spirituel, c’est-à-dire dans la sphère la plus intime de l’être humain, la marijuana a le droit d’occuper la place qu’elle mérite.

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