Le cannabis peut-il améliorer ou même prévenir les symptômes de la ménopause ?

La ménopause est le terme qui désigne l’étape de la vie où une femme cesse d’avoir ses règles et perd définitivement la capacité d’avoir des enfants. Au cours de cette étape, plusieurs symptômes physiologiques et psychologiques peuvent survenir. La recherche montre que le cannabis pourrait atténuer certains de ces symptômes.

Au sens strict, on parle de ménopause lorsqu’une femme n’a pas eu ses règles depuis 12 mois ; les années de perturbations biologiques qui surviennent avant et après ce moment sont appelées : la «périménopause » ».

Le système endocannabinoïde a un rôle fondamental à jouer dans tous les aspects de la fertilité féminine, depuis la fécondité initiale jusqu’à l’implantation de l’embryon en développement dans l’endomètre en passant par la libération d’endocannabinoïdes via le lait maternel. Le système endocannabinoïde joue également un rôle essentiel dans la cessation de la fertilité.

Qu’est-ce que la ménopause ?

Avant la périménopause, au cours d’une phase dite de pré-ménopause, les femmes commencent généralement à observer des irrégularités dans leur cycle menstruel et leurs taux d’hormones commencent à fluctuer. Le stade de la préménopause peut durer plusieurs années avant le début de la périménopause, et peut toucher une personne dès l’âge de trente-cinq ans.

Durant la postménopause (les années suivant la ménopause), les femmes ont des taux généralement plus faibles d’hormones de reproduction, et sont plus sujettes aux infections urinaires, aux prises de poids et à diverses autres complications de santé.

Les Symptômes de la périmenopause

Pendant la périménopause, qui survient généralement entre 45 et 55 ans, divers symptômes désagréables et parfois débilitants apparaissent. Ces symptômes peuvent être plus ou moins divisés en trois types : vaginaux/utérins, les symptômes physiques et les symptômes psychologiques.

  • Les symptômes vaginaux / utérins comprennent la sécheresse vaginale, la douleur pendant les rapports sexuels et la vaginite atrophique (une affection par laquelle les muqueuses du vagin, de la vulve et des tissus connexes deviennent plus minces et perdent leur élasticité)
  • Les autres symptômes physiques concernent les sueurs nocturnes, les palpitations cardiaques, les étourdissements, les maux de tête, les raideurs, les maux de dos, les douleurs au sein, l’incontinence urinaire, l’insomnie et les bouffées de chaleur.
  • Les symptômes psychologiques comprennent l’anxiété, la dépression, le manque de concentration, les problèmes de mémoire, les sautes d’humeur et la perte de libido.

La ménopause et le système endocannabinoïde

De nombreuses recherches ont été menées sur le rôle complexe que joue le système endocannabinoïde dans la fertilité féminine en général, y compris dans le déclenchement de la ménopause. Les recherches existantes ont démontré que divers changements fondamentaux du système endocannabinoïde et des systèmes biologiques associés avaient lieu pendant la période de transition vers la ménopause.

La ménopause est associée à un risque accru d’ostéoporose, qui serait elle-même liée aux modifications de la fonction du système EC dans le squelette. Une étude de 2011 a révélé que, dans les ostéoclastes (cellules responsables de la résorption osseuse) de femmes ménopausées atteintes d’ostéoporose, une surexpression des récepteurs CB2 provoquait une suractivité des ostéoclastes, entraînant alors une résorption trop rapide des os.

La ménopause modifie également la sensibilité de l’organisme à l’insuline et elle est connue pour causer une résistance à celle-ci (pouvant entraîner le développement du diabète de type II) chez une grande proportion des femmes ménopausées. De plus, une étude canadienne réalisée en 2013 a révélé que les femmes postménopausées obèses qui présentaient une résistance à l’insuline montraient également des taux circulants de l’endocannabinoïde 2-AG plus élevés dans le sang, des taux d’anandamide plus faibles, et une activité des récepteurs CB1 élevée par rapport aux personnes sensibles à l’insuline.

Le lien entre le système endocannabinoïde, la transition ménopausique et le risque de prise de poids mérite d’être approfondi. Une étude antérieure, menée en 2005 en Allemagne, a montré que, chez les femmes ménopausées, les sujets obèses présentaient une augmentation significative de l’anandamide et du 2-AG par rapport aux sujets non obèses. Une réduction correspondante des taux de l’enzyme FAAH, enzyme dégradant les endocannabinoïdes, a également été observée chez les femmes obèses.

Influence des variations génétiques du système EC sur la ménopause

Par ailleurs, des éléments génétiques contrôlent le fonctionnement du système endocannabinoïde à des moments clés du cycle de reproduction de la femme. La recherche a démontré que les individus possédant certains polymorphismes mononucléotidiques (SNP) ont des réactions physiques différentes à la ménopause, selon le fonctionnement du système EC.

Une étude réalisée en 2011 par la même équipe de recherche polonaise a montré qu’un SNP différent, le RS2023239 du gène CNR1, pourrait être associé à une augmentation de « l’indice d’androgènes libres » chez les femmes ménopausées qui possèdent ce gène. L’augmentation des taux d’androgènes libres (hormones reproductrices mâles comme la testostérone) peut en retour être associée à un risque accru de maladie cardiovasculaire.

Comment le cannabis peut-il aider les femmes ménopausées ?

1. L’ Ostéoporose

Les récepteurs CB2 des ostéoclastes sont fondamentalement impliqués dans le développement de l’ostéoporose. Il a été démontré que les SNP du gène CNR2 codant pour l’expression des récepteurs CB2 sont fortement associés au développement de l’ostéoporose chez les femmes ménopausées.

De plus, on sait maintenant que les récepteurs CB1 jouent également un rôle dans le développement de l’ostéoporose. Une étude menée en 2005 sur des souris dont les récepteurs CB1 étaient inactivés a révélé que leur masse osseuse avait augmenté et qu’elles étaient protégées contre la perte osseuse causée par l’ovariectomie. Plusieurs études ont également montré que les antagonistes des récepteurs CB2 réduisaient la perte osseuse ; ainsi, l’inactivation des récepteurs CB semble être la clé pour réduire le taux excessif de résorption osseuse qui cause l’ostéoporose.

2. La Prise de poids

Bien qu’il n’existe que peu de recherches sur la modification de la fonction du système EC chez les femmes postménopausées obèses, on ne dispose apparemment d’aucune étude spécifique sur la capacité des cannabinoïdes à contrôler ou à inverser la prise de poids dans de tels cas. Toutefois, de façon générale, il semble que les bloqueurs des récepteurs CB sont aussi essentiels à la prise en charge de ce symptôme.

Plusieurs études ont démontré que l’agoniste inverse synthétique sélectif du récepteur CB1, le rimonabant, pouvait causer une perte de poids chez les êtres humains.  Mais ce médicament a été retiré du marché en raison du risque d’effets secondaires psychiatriques graves, notamment des idées suicidaires.

Cependant, la prévalence de l’obésité chez les consommateurs de cannabis est beaucoup plus faible que dans la population générale, un fait potentiellement attribuable à l’effet synergique du THC combiné avec la CDB. Ainsi, le cannabis médical non synthétique peut s’avérer tout aussi efficace (sinon plus) que n’importe quel cannabinoïde synthétique, et présente beaucoup moins d’effets secondaires potentiels.

3. L’Insomnie

Encore une fois, il n’existe pas d’études spécifiques sur la capacité du cannabis à traiter l’insomnie chez les femmes ménopausées. Il existe cependant plusieurs études attestant de la capacité de divers cannabinoïdes et cannabinoïdes synthétiques à y remédier. Il s’agit notamment de l’anandamide et du Marinol, un analogue du THC, qui accélèrent l’endormissement, améliorent la qualité du sommeil et réduisent la fréquence des réveils en plein sommeil, comme mentionné dans cette étude de 2007. Les produits à base de CBD peuvent également être utiles, car la recherche montre qu’ils peuvent augmenter la durée totale du sommeil.

4. La Résistance à l’insuline

Il y a eu plusieurs études sur la relation entre le système endocannabinoïde, la résistance à l’insuline et le développement du diabète. Il semble que les inhibiteurs des récepteurs CB sont essentiels dans la gestion de la résistance à l’insuline, car les souris inhibitrices de CB2 présentent une résistance réduite à l’insuline, et il a été démontré à plusieurs reprises que les inhibiteurs des récepteurs CB1 sont des médiateurs de la résistance à l’insuline d’origine alimentaire.

5. La Douleur

Une fois de plus, d’innombrables études sur la capacité du cannabis et des cannabinoïdes à soulager la douleur ont été publiées au fil des décennies, et le consensus général semble être que les agonistes des récepteurs CB sont plus utiles que les inhibiteurs dans le traitement de la douleur. Il a été démontré que les agonistes des récepteurs CB1 comme l’anandamide et les agonistes des récepteurs CB2 comme l’AM1241 synthétique exerçaient tous deux un effet anti-nociceptif dans les cas de douleur chronique.

L’inflammation devient souvent un problème au moment de la ménopause en raison de la baisse du taux d’œstrogènes, ce qui peut être une cause de douleur. Comme le cannabidiol (CBD) possède des propriétés anti-inflammatoires, il peut s’avérer utile pour soulager les ces douleurs pendant la ménopause.

6. L’Anxiété

Le rôle précis du système EC dans la médiation de l’anxiété demeure quelque peu controversé et semble dépendre du dosage. De faibles doses d’agonistes des récepteurs CB semblent induire un effet anxiolytique, alors que des doses élevées exercent l’effet contraire. De plus, l’inactivation ou la suppression des récepteurs CB1 semble induire des effets anxiogènes.

7. La Perte de libido

Il a été démontré que l’agoniste inverse des récepteurs CB1 AM251 augmentait la motivation sexuelle, la réceptivité et la proceptivité chez les rats femelles, ce qui suggère un rôle possible des bloqueurs des récepteurs CB1 dans le traitement de la perte de libido chez la femme humaine.

Là encore, la CDB pourrait être utile. L’œstrogène joue un rôle dans le débit du flux sanguin vers le vagin chez la femme, en aidant à la lubrification. Avec la diminution de l’œstrogène, cela peut être un problème. Le CBD est un vasodilatateur puissant, qui pourrait aider à améliorer la circulation sanguine.

Le cannabis pourrait-il aggraver l’un des symptômes de la ménopause?

1. La Sécheresse de la membrane

Le cannabis est certainement associé à la xérostomie (sécheresse de la bouche). La presse populaire l’a aussi largement associé à la sécheresse vaginale, bien qu’il semble en réalité que cette affirmation n’ait aucun fondement. Une étude de 2009 intitulée « Cannabis et santé sexuelle » semble en être la base, mais à y regarder de plus près, le lien entre la consommation de cannabis et la sécheresse vaginale était en fait trop faible pour avoir une signification statistique. De plus, le mécanisme sous-jacent à la lubrification vaginale diffère de façon fondamentale de la salivation.

Ainsi, il est prouvé que le cannabis peut en fait renforcer l’excitation sexuelle, ce qui a vraisemblablement un effet plus bénéfique que préjudiciable sur les processus naturels de lubrification vaginale.

2. Les palpitations cardiaques

Bien que le consensus à ce sujet soit incertain, il semble que le cannabis puisse déclencher des événements cardiovasculaires aigus chez les personnes sensibles. Il semble que les agonistes comme le THC soient plus susceptibles d’être impliqués dans de tels événements. Il est donc peut-être préférable d’éviter le THC si vous souffrez de palpitations cardiaques. Cela est particulièrement vrai si vous êtes une personne à risque en raison d’une condition préexistante.

En général, il semble que les bloqueurs des récepteurs CB sont plus utiles pour la prise en charge des troubles liés à la ménopause, y compris l’ostéoporose, la prise de poids et la perte de libido, alors que les agonistes comme le THC sont plus utiles dans le traitement de la douleur, l’anxiété et l’insomnie.

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    Sanjai Sinha

    Dr Sanjai Sinha est membre du corps enseignant du Centre médical Weill Cornell de New York où il reçoit des patients, enseigne aux médecins résidents et aux étudiants en médecine et fait de la recherche en services de santé. Il prend soin d’éduquer ses patients et pratique la médecine fondée sur les preuves. Son grand intérêt pour l’examen médical est nourri de ces passions.
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