by Seshata on 09/09/2016 | Medicinal

Science des cannabinoïdes 101 : qu’est-ce que le cannabichromène ?

Cannabichromène Le cannabichromène (CBC) est un phytocannabinoïde naturel abondant, possiblement le deuxième le plus abondant dans la plante de cannabis. Il exerce une activité antinociceptive (antidouleur) et anti-inflammatoire chez les rongeurs. La science s’intéresse à son potentiel thérapeutique pour les troubles gastro-intestinaux et inflammatoires chez les humains.


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Le cannabichromène (CBC) fait partie des phytocannabinoïdes les mieux connus, bien que ses propriétés et ses caractéristiques demeurent généralement méconnues, même au sein de l’industrie cannabique. Cependant, à mesure que celle-ci se développe, le grand potentiel médical du cannabichromène devient de plus en plus évident.

Maintenant que de nombreux dispensaires américains dressent le profil des cannabinoïdes contenus dans leurs variétés de cannabis, il devient plus facile d’identifier celles à haute teneur en CBC – bien que les membres intéressés du public doivent encore faire appel à des dispensaires réputés pour trouver la variété médicale qui leur convient.

Le cannabichromène (CBC) est un phytocannabinoïde qui se retrouve abondamment à l’état naturel. On pense même qu’il est le deuxième cannabinoïde le plus abondant dans la plante de cannabis. Dans les rongeurs, le CBC exerce une activité antinociceptive (antidouleur) et anti-inflammatoire. Des études sur les humains restent à être effectuées avant d’établir si son potentiel est réellement intéressant.

Structure chimique et propriétés du CBC

Tout comme le tétrahydrocannabinol (THC) et le cannabidiol (CBD), le CBD est produit grâce à une conversion enzymatique du précurseur du cannabigérol (CBG). L’acide cannabigérolique (CBGA décarboxylé en CBG) réagit avec une enzyme dans les trichomes glandulaires de la plante pour former l’acide cannabichroménique (CBCA), qui subit à son tour une décarboxylation pour devenir du CBC.

Le CBC partage la même formule moléculaire que le THC et le CBD : C21H30O2. Même si plusieurs cannabinoïdes partagent la même formule chimique, leurs atomes sont liés entre eux de manière différemment, ce qui modifie leurs propriétés chimiques. Par exemple, c’est ce qui donne au THC la capacité (apparemment unique au sein de tous les phytocannainoïdes) de se lier aux récepteurs CB1 pour produire un effet psychoactif marqué.

La molécule de CBC (© Wiki Commons)
La molécule de CBC (© Wiki Commons)

Le CBC n’induit pas d’effets psychoactifs comme le THC. En fait, on ne sait même pas s’il exerce un quelconque effet sur les récepteurs cannabinoïdes, puisque certains des effets qu’il entraîne sont indépendants des récepteurs. Il possède quand même une variété d’effets pharmacologiques intéressants, et on pense qu’il pourrait moduler les effets du THC et d’autres cannabinoïdes de manière significative

Le CBC dans la plante de cannabis

Une étude effectuée en 1975, Constituents of cannabis sativa L. XI: Cannabidiol and cannabichromene in samples of known geographical origin (Constituents de C. sativa L. XI : Cannabidiol et cannabichromène dans des échantillons d’origine géographique connue) (Holley et coll.), a découvert que le cannabichromène était le deuxième cannabinoïde le plus abondant de tous les échantillons testés – dans certains cas, représentant près de 64 % du contenu total de cannabinoïdes ! Cependant, comme cette étude a pris pour objet des cultivars traditionnels (landrace) provenant des années 70, il est peu probable que les variétés d’aujourd’hui majoritairement croisées pour renfermer un haut taux de THC contiennent de tels niveaux de CBC.

Une autre étude publiée en 2002, The Inheritance of Chemical Phenotype in Cannabis sativa L. (L’héritage du phénotype génétique de C. sativa L.) (de Meijer et coll.), a montré que de tous les cannabinoïdes, le CBC « dominait en proportion dans les plantes juvéniles, diminuant en concentration une fois la maturité atteinte » ; une étude antérieure, Hashish components. Photochemical production of cannabicyclol from cannabichromene; Crombie et coll., 1968) (Composés du haschisch. Production photochimique de cannabicyclol à partir de cannabichromène) a souligné que le CBC se dégradait naturellement en cannabicyclol lorsqu’exposé à la chaleur et la lumière, tout comme le THC se dégrade naturellement en cannabinol (CBN).

Le CBC réduit la douleur causée par des lésions nerveuses (© ZEISS Microscopy)
Le CBC réduit la douleur causée par des lésions nerveuses (© ZEISS Microscopy)

Fait intéressant, l’étude de 2000 a aussi découvert l’existence de « variants morphologiques possédant un ‘chimiotype juvénile prolongé’ (CJP) » lesquels conservaient une proportion substantielle de CBC jusqu’à maturité. Ces variétés dites « CJP » portaient moins de bractées et bractéoles (petites feuilles qui enferment les fleurs), en plus de produire moins de trichomes. L’étude a aussi trouvé que les niveaux de CBC de ces « CJP » étaient augmentés en réduisant la luminosité, et que de manière générale, ces variants offraient « une matière première pharmaceutique dotée d’une grande pureté en terme de CBC ».

L’importance médicale du CBC

Il est maintenant établi que le CBC offre de nombreuses applications médicales, notamment dans le domaine des processus immunologiques et homéostatiques. Plusieurs études se sont penchées sur le potentiel du CBC, et bien qu’elles demeurent à un stade préliminaire, leurs résultats s’avèrent prometteurs.

Antidépresseurs

Une étude de 2010 sur les souris a démontré que le cannabichromène (CBC) et le cannabidiol (CBD) exerçaient un « effet important » sur les symptômes de la dépression. Le traitement au CBC entraînait une importante réduction de l’immobilité proportionnelle à la dose administrée, et ce, à des doses de 40 à 80 mg/kg.

Anti-inflammatoire

Dans une étude effectuée sur des animaux en 2010, des chercheurs ont trouvé que l’administration de CBC réduisait l’ampleur de l’œdème de la patte (enflure) induit par le lipopolysaccharide. L’étude a aussi souligné que cet effet n’était pas lié aux récepteurs CB, puisque des antagonistes bloquaient des effets similaires causés par le THC, mais n’avaient aucune influence sur les effets du CBC. Finalement, l’étude a déterminé que l’activité synergique du THC et du CBC administrés ensemble produisait d’importants effets anti-inflammatoires – fournissant un bel exemple des interactions qui existent entre les cannabinoïdes !

Action antinociceptive

Une étude publiée en 2011 a montré que l’action combinée du CBC et du CBD réduisait la douleur nociceptive (causée par des lésions nerveuses) chez les rats grâce à une série complexe d’interactions impliquant des protéines qui contrôlent l’activité antinociceptive.

Fait d’intérêt, ces effets étaient bloqués par les antagonistes des récepteurs CB1, indiquant que le CBC possède des affinités avec de tels récepteurs cannabinoïdes.

On croit que le CBC augmente le taux de survie des cellules souches adultes (© pennstatenews)
On croit que le CBC augmente le taux de survie des cellules souches adultes (© pennstatenews)

Motilité intestinale

Dans une étude publiée en 2012, des chercheurs ont démontré que le CBC pouvait normaliser l’hypermotilité gastro-intestinale (diarrhée) sans réduire la durée du transit intestinal chez des rats. Cette découverte est particulièrement intéressante puisque la plupart des médicaments contre la diarrhée ralentissent drastiquement le transit intestinal, causant la constipation. Ainsi, le CBC pourrait s’avérer prometteur dans l’élaboration de traitements à base de cannabinoïdes contre les troubles et maladies inflammatoires intestinaux.

Neuroprotection

Dans une étude fascinante publiée en 2013, des chercheurs ont découvert que le CBC augmentait la viabilité (vigueur et taux de survie) des cellules progénitrices souches dans des souris adultes, possiblement en interagissant avec le mécanisme métabolique impliquant l’adénosine triphosphate (ATP, molécule responsable de fournir l’énergie nécessaire aux réactions chimiques des cellules).

Les chercheurs ont néanmoins trouvé que le CBC inhibait la différenciation des cellules souches en astroglies, des neurones importants directement impliqués dans les processus réparatoires et homéostatiques. Il est à souhaiter que la recherche parvienne à déterminer les effets de ce phénomène, et bien sûr, d’en évaluer le potentiel médical.

 

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