TDAH et le débat opposant le cannabis au Ritalin

Hyperactivité, impulsivité, sautes d’humeur, hypersensibilité, irritabilité et agressivité, manque de concentration et d’organisation et difficulté à s’endormir le soir. Voilà la liste des symptômes habituels des gens atteints du TDAH. Leur médication entraîne souvent de nombreux effets secondaires. Le cannabis peut-il être une option?

Le TDAH (trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité) est un des troubles mentaux les plus répandus chez les enfants, qui parfois, ne disparaît pas à l’âge adulte. Certains experts estiment que trop d’enfants reçoivent un diagnostic et un traitement pour le TDAH, ce qui a créé une controverse au cours de la dernière décennie. Fait intéressant, d’autres experts croient que la condition est sous-diagnostiquée chez les adultes.  

Il n’y a encore qu’un seul traitement conventionnel donné aux enfants et aux adultes souffrant du TDAH. La condition est le plus souvent traitée à l’aide de stimulants comme le Ritalin, connu sous le nom générique de méthylphénidate. Il existe des thérapies alternatives, mais elles ne sont pas populaires, ou ne servent qu’à compléter un traitement pharmaceutique. Celles-ci incluent un changement d’alimentation, des plantes, des vitamines et des antioxydants ainsi que les thérapies de rétroaction biologique et comportementales.

Bien que la cause exacte du TDAH n’est pas comprise, on suppose qu’il s’agit d’une condition génétique. Certaines hypothèses mettent en cause un problème de développement. Les personnes les plus à risque sont celles qui souffrent d’épilepsie, celles qui sont nées prématurément ou de faibles poids à la naissance ou celles qui ont souffert de graves lésions cérébrales in utero ou à la suite d’un traumatisme crânien important.

Les effets secondaires du Ritalin sont le plus gros obstacle que doivent surmonter les personnes atteintes du TDAH. Bien que le Ritalin soit un traitement efficace pour plusieurs, d’autres décident de l’interrompre simplement en vertu de la gravité des effets secondaires. Voilà pourquoi on s’intéresse maintenant au cannabis comme traitement pour remplacer les drogues stimulantes. Il s’avère prometteur, particulièrement parce que les personnes atteintes du TDAH sont plus sujettes à d’automédicamenter au cannabis que tout autre groupe démographique.

Le cannabis pour traiter le TDAH – études de cas et résultats

Cet article s’ouvrira avec la présentation d’un nombre d’études de cas, effectuées dans le passé, qui se sont penchées sur le TDAH et le cannabis.

Traitement au cannabis concluant chez des patients adultes atteints de TDAH résistant aux thérapies

Une étude clinique a été effectuée sur 30 adultes atteints du TDAH résistant aux traitements pharmacologiques conventionnels qui ont eu la permission d’utiliser du cannabis. Les dossiers médicaux anonymes de ces 30 sujets ont été analysés, et les chercheurs ont conclu que le cannabis aidait à pallier une variété de symptômes, causant notamment une amélioration du sommeil et de la concentration et une réduction de l’impulsivité.

Le groupe de patients était constitué de 28 hommes et de 2 femmes âgés de 21 à 51 ans. Le TDAH avait été diagnostiqué à l’âge adulte chez 63 % d’entre eux, alors que 37 % des sujets avaient reçu leur diagnostic dans l’enfance.

Les patients ayant reçu leur diagnostic entre les âges de 6 à 13 ans avaient été traités au méthylphénidate, produit commercialisé, entre autres, sous le nom de Ritalin. D’autres thérapies pharmacologiques incluaient l’atomoxétine, la dexamphétamine (Attentin), la lisdexamfétamine et le jus d’amphétamines. Il a été établi que ces traitements avaient été abandonnés majoritairement en raison de leurs effets secondaires et de leur inefficacité générale. Huit patients ont combiné leur consommation de cannabis avec des stimulants, alors que 22 patients n’ont consommé que du cannabis.

L’étude a conclu que « chez les patients adultes souffrant du TDAH et pour qui la médication habituellement utilisée causait des effets secondaires indésirables ou s’avérait inefficace, le cannabis représentait une solution efficace et bien tolérée ».

Un grand nombre de personnes souffrant du TDAH se traitent au cannabis

La recherche montre que les gens souffrant du TDAH sont plus sujets à s’automédicamenter au cannabis et à l’aide d’autres remèdes comparativement à d’autres groupes démographiques. En 2012, le Département de psychologie de l’université d’Albany à New York a conduit une étude pour identifier les sous-groupes de patients atteints du TDAH plus sujets à utiliser le cannabis comme traitement. Les données de 2811 patients TDAH ont été analysées. Ces données avaient été tirées d’une enquête menée auprès de consommateurs de cannabis américains.

Qu’entendons-nous par « sous-groupe » dans le contexte en question ? Il existe typiquement trois sous-groupes lorsque l’on parle de TDAH :

  • « Philippe-le-surexcité », hyperactivité et impulsivité ;
  • « Jean tête-en-l’air », déficit de l’attention ;
  • Type mixte: déficit de l’attention et hyperactivité.

Les chercheurs ont établi que chez les consommateurs non quotidiens, il n’y avait pas de différence dans la manière dont les sous-types utilisaient le cannabis pour traiter leurs symptômes. Les chercheurs ont conclu que « ces résultats pouvaient servir d’indicateurs pour identifier les personnes affectées de TDAH plus sujettes à s’automédicamenter au cannabis ». De plus, les scientifiques ont clairement indiqué que les résultats appuyaient la pertinence de conduire des recherches sur le lien entre les récepteurs cannabinoïdes et les fonctions régulatrices.

Sativex présente le potentiel de traiter les symptômes de TDAH

En 2017 au Royaume-Uni, l’Institut de psychiatrie, de psychologie et de neuroscience a publié la toute première étude randomisée contre placebo sur les effets des cannabinoïdes chez les patients adultes TDAH. Au total, 30 sujets ont été examinés, 15 appartenant au groupe placebo et 15 au groupe actif. Le critère primaire était la performance cognitive et le critère secondaire était les symptômes du TDAH et les symptômes émotionnels. Le groupe actif a reçu un traitement au Sativex, un spray sublingual pharmaceutique de cannabinoïdes contenant 2,7 mg de THC et 2,5 mg de CBD.

Bien que le groupe actif ait affiché de meilleurs résultats pour le critère primaire, leurs importances statistiques n’étaient pas suffisantes pour conclure que les cannabinoïdes augmentaient la performance cognitive. Cependant, pour la labilité émotionnelle associée au TDAH, le Sativex a été associé à une amélioration importante sur le plan médical de l’hyperactivité/impulsivité et de l’inattention.

Les chercheurs ont conclu que les adultes souffrant de TDAH pouvaient être de bons candidats pour les traitements à base de cannabinoïdes. Ils ont reconnu que l’étude ne procurait pas de résultats définitifs, mais plutôt des preuves préliminaires suffisamment importantes pour appuyer l’automédicamentation au cannabis.

Effet positif d’une consommation modérée de cannabis sur les cocaïnomanes affectés du TDAH

Une étude de 2006 faite par l’Institut psychiatrique de l’Etat de New York a découvert que le cannabis pourrait être bénéfique pour les patients TDAH qui ont une addiction comorbide à la cocaïne. Les participants à l’étude étaient âgés de 25 à 51 ans, la majorité (69 %) étant des consommateurs de cannabis. Les patients se sont soumis à un traitement à base de méthylphénidate pour gérer les symptômes de TDAH et leur dépendance à la cocaïne. L’effet du cannabis sur la poursuite du traitement et l’abstinence de consommer de la cocaïne a été étudié.  

57 % des patients ayant consommé du cannabis modérément faisaient toujours partie du groupe sous traitement, après 14 semaines. En revanche, parmi les patients n’ayant pas consommé de cannabis, seulement 25 % continuaient toujours le traitement à la semaine 14, contre 39 % parmi les consommateurs réguliers/plus importants.

De plus, la consommation de cannabis était accompagnée d’un pouvoir d’abstinence plus important face à la cocaïne : 39 % des patients ayant consommé du cannabis de manière intermittente s’étaient abstenus de consommer de la cocaïne durant deux semaines ou plus contre 26 % des patients n’ayant consommé aucun cannabis durant le traitement.

Le cannabis n’exacerbe pas les symptômes chez les adolescents

Dans cette étude publiée dans NeuroImage: Clinical en 2017, les chercheurs ont étudié les effets du cannabis chez des adolescents TDAH et l’architecture fonctionnelle du cerveau. Les auteurs ont établi que le diagnostic dans l’enfance du TDAH était associé à un risque élevé de consommation de substances et de toxicomanie à l’adolescence et dans l’enfance.

Les auteurs ont aussi reconnu qu’ils s’attendaient à ce que le cannabis ait des effets négatifs chez les adolescents TDAH. Or, leurs résultats ont montré que le cannabis n’exacerbait pas les symptômes de TDAH ; ils n’ont pas mentionné d’amélioration, mais bien l’absence d’une dégradation. Enfin, ils ont proposé que leurs résultats soient corroborés avec d’autres provenant d’études de large envergure.

Syndrome de la Tourette et TDAH – amélioration apportée par le cannabis

En 2010, des scientifiques allemands ont étudié les effets du THC sur un garçon de 15 ans atteint du TDAH et du syndrome de la Tourette concomitant. L’adolescent prenait un médicament stimulant pour traiter son TDAH, ce qui exacerbait les tics associés au syndrome de la Tourette

L’administration de THC a significativement réduit la fréquence des tics sans causer d’effets secondaires indésirables, ce qui a permis à l’adolescent de continuer à prendre sa médication de stimulants pour traiter ses symptômes de TDAH sans aggraver ceux associés au syndrome de la Tourette. Les chercheurs ont suggéré un mécanisme d’action qui impliquait la libération de neurotransmetteurs comme la dopamine et l’acide gamma-aminobutyrique. 

Cannabis vs drogues stimulantes 

Pour certains, la médication prescrite pour un TDAH peut être adéquate et efficace, alors que pour d’autres, elle peut n’avoir aucun effet, ou encore, tellement d’effets secondaires qu’elle doit être interrompue. Comme le Ritalin est le médicament le plus abondamment prescrit pour le TDAH, nous le comparerons avec le cannabis comme traitement pour le TDAH.

Qu’est-ce que le Ritalin ?

Le Ritalin est un stimulant du système nerveux central et un dérivé des drogues de la famille des catécholamines. Ces derniers ont une importance marquée dans l’industrie pharmaceutique puisqu’on peut produire à partir de dérivés de drogues existantes de nouveaux médicaments efficaces.

Le méthylphénidate (MPH) a été synthétisé pour la première fois en 1994 et est principalement utilisé dans le traitement médical du TDA, TDAH et de la narcolepsie.

Dans la plupart des pays, le Ritalin est un médicament délivré sur ordonnance sous des exigences médicales spécifiques. 

Mécanisme d’action du Ritalin

Le méthylphénidate excite et stimule. Il supprime la fatigue et les inhibitions, augmente la performance physique à court terme et inhibe l’appétit. De plus, il augmente la disponibilité de la dopamine et, à un moindre degré, celle de la norépinephrine en inhibant sa réabsorption, ce qui l’apparente à la cocaïne.

Effets secondaires indésirables du Ritalin

Les effets secondaires du Ritalin les plus fréquemment rapportés incluent :

  • Nausée
  • Anxiété
  • Troubles du sommeil
  • Perte d’appétit
  • Augmentation de la fréquence cardiaque  
  • Transpiration
  • Nervosité

Certains patients ne souffriront que de quelques-uns de ces effets secondaires, d’autres n’en ressentiront aucun. En revanche, ils peuvent parfois être si graves que le traitement doit être interrompu.  

Le Ritalin entraîne d’autres effets secondaires dont on parle moins, et donc, qui sont moins étudiés, dont les troubles émotifs et comportementaux.

Dans cette revue de la littérature, 44 études ont été examinées pour détecter tout effet secondaire potentiel d’aspect émotionnel ou comportemental lié au Ritalin. L’auteur reconnaît que la plupart des études effectuées sur les effets d’une médication à base de Ritalin ne portent pas, ou presque, attention aux conséquences adverses émotionnelles ou comportementales. De tels effets secondaires sont souvent mentionnés, mais très rarement font-ils l’objet de recherches plus poussées. Les effets secondaires les plus souvent observés ont été l’anxiété, l’irritabilité et des changements globaux d’humeur. Les études n’ont pas fourni d’information relative à la disparition de ces effets après la prise de Ritalin.

Une dose excessive de Ritalin peut causer une stimulation trop grande du système nerveux central et le délire. En fait, la toxicité aiguë du Ritalin s’apparente et se compare à la toxicité aiguë d’amphétamines. Une surdose de Ritalin peut en fait causer des symptômes psychiatriques incluant la psychose, la confusion et l’hallucination.

Finalement, lorsque les effets du Ritalin commencent à diminuer, les symptômes d’origine peuvent s’intensifier dramatiquement et des comportements indésirables peuvent apparaître. C’est ce qu’on appelle le phénomène de rebond.

Le Ritalin critiqué

Le réseau mondial indépendant Cochrane Collaboration a examiné minutieusement différents médicaments, tel le Ritalin, prescrits en cas de TDAH et a récemment conclu que :

  • L’efficacité du Ritalin et d’autres stimulants apparentés pouvait améliorer chez les enfants et les adolescents affectés de TDAH les comportements généraux et les symptômes de TDAH tels que rapportés par un enseignant ainsi que la qualité de vie telle que rapportée par un parent ; et
  • La qualité des études s’attachant à promouvoir les médicaments pour le TDAH n’est pas satisfaisante.

Le rapport énonce ce résumé : « Bien que le Ritalin est prescrit depuis plus de 50 ans, il n’existe toujours pas d’études scientifiques fiables, intégrées et systématiques se penchant sur les bienfaits et les dangers, comme il est d’usage avec tout médicament psychotrope ».

Le cannabis serait-il mieux ?

La recherche sur le cannabis et ses effets sur les patients atteints de TDAH est extrêmement limitée. Cependant, des preuves actuelles suggèrent qu’il pourrait soulager certains effets secondaires émotionnels déclenchés par l’usage de méthylphénidate, ou que du moins, il n’exacerbe pas les symptômes de TDAH. Cette observation est partiellement démontrée par le fait que les patients TDAH sont plus sujets à s’automédicamenter au cannabis.

Même si le cannabis n’améliore pas les performances cognitives des patients TDAH, il peut réduire les symptômes d’hyperactivité, d’inattention et d’impulsivité. De plus, utilisé comme traitement complémentaire, il peut diminuer l’anxiété et la dépression qui accompagnent souvent le TDAH ou la prise de Ritalin. Finalement, les patients TDAH rapportent que le cannabis les aide à se relaxer pour pouvoir s’endormir le soir.

Le TDAH se présente rarement seul – troubles associés

Le TDAH se manifeste rarement seul et est généralement accompagné de conditions comorbides. Un examen approfondi révèle que le TDAH est souvent accompagné de troubles bipolaires (taux de comorbidité jusqu’à 6 %), de dépression, de comportements compulsifs, de troubles du comportement social, d’anxiété, de troubles du sommeil, de troubles obsessionnels compulsifs, et les personnes TDAH sont plus prônes à l’abus de drogues illicites. Cependant, nombre de ces comorbidités peuvent être associées au traitement pharmaceutique du TDAH, tel qu’établi par les études précédentes ; l’anxiété, les troubles du sommeil et la dépression peuvent découler du traitement plutôt que de n’être strictement que des conditions comorbides.

La consommation de drogues illicites, en revanche, est étroitement associée à un diagnostic de TDAH dans l’enfance. Comparativement à des sujets ne souffrant pas de TDAH, les enfants TDAH sont :

  • deux fois plus susceptibles de souffrir de tabagisme pendant toute leur vie
  • près de trois fois plus susceptibles de rapporter une dépendance à la nicotine au cours de l’adolescence/vie adulte
  • près de deux fois plus susceptibles de répondre aux critères diagnostiques de l’alcoolisme ou de la dépendance   
  • environ 1,5 fois plus susceptibles de s’automédicamenter au cannabis
  • deux fois plus susceptibles de développer des problèmes avec la cocaïne ou une dépendance
  • plus de 2,5 fois plus susceptibles de développer un trouble général de consommation.  

Dopamine : l’hormone du bonheur et les drogues illicites 

Cette tendance qu’ont les personnes affectées de TDAH à abuser de drogues peut s’expliquer par des niveaux de dopamine (l’hormone du bonheur) plus bas que la normale.

Plusieurs drogues récréatives – alcool, tabac, cocaïne et cannabis – augmentent les niveaux de dopamine du consommateur en ciblant spécifiquement le système de signalisation. Cependant, le cannabis n’a qu’une influence relativement faible sur la dopamine, ce qui pourrait expliquer pourquoi il ne pose pas un grand risque de dépendance.

Le cannabis affecte légèrement les niveaux de dopamine. En effet, il coopère avec les sites de liaison de la dopamine trouvés sur de nombreux neurones du cerveau. Les médicaments d’ordonnance comme le Ritalin fonctionnent de manière identique. 

« L’efficacité du cannabis dans la prise en charge de TDA ou de TDAH semble dérivée du pouvoir qu’il a d’augmenter la disponibilité de la dopamine. L’effet est le même que celui que procure le Ritalin (méthylphénidate) ou la Dexedrine (amphétamine), mais les mécanismes d’action sont différents. En effet, ces derniers agissent en se liant à la dopamine, ce qui interfère avec sa décomposition métabolique ». – Dr David Bearman, M.D.

L’importance du système endocannabinoïde

Le système endocannabinoïde joue un rôle important dans la manière dont l’information reçue est transmise aux neurones sensibles à la dopamine. C’est pourquoi on suppose que le fonctionnement du système endocannabinoïde est impliqué dans le TDAH, que ce soit dans le diagnostic ou le traitement. Il semble y avoir une altération de cette interdépendance chez les personnes atteintes de TDAH. Ces dernières présentent une dysfonction de l’enzyme FAAH qui est responsable de la dégradation de l’anandamide, un endocannabinoïde naturel. L’anandamide réduit aussi l’activité du transporteur de dopamine, ce qui implique un lien entre le TDAH, l’anandamide et le système endocannabinoïde.  

Il a déjà été établi que le bon fonctionnement des endocannabinoïdes anandamide et 2-AG et de leurs récepteurs cannabinoïdes respectifs était essentiel durant trois phases distinctes de développement (l’implantation embryonnaire, le développement prénatal du cerveau et le réflexe postnatal de la tétée). Cette constatation s’applique aussi au développement prénatal.

Le système endocannabinoïde est impliqué dans le développement et le comportement, et sa perturbation pourrait être en cause dans l’apparition de TDAH. C’est ce qu’ont conclu des scientifiques dans une étude de 2011. Ils ont en outre établi que des stratégies thérapeutiques qui influencent le système endocannabinoïde pourraient être efficaces en cas de TDAH.

Est-il sécuritaire de combiner le Ritalin et le cannabis ?

Même si la recherche suggère que les patients atteints de TDAH se soignent relativement souvent au cannabis tout en prenant leur Ritalin, aucune étude ne mentionne s’il est sécuritaire de combiner les deux substances en même temps.

Dans une étude exploratoire, 16 sujets adultes ne souffrant pas d’une maladie mentale ont pris des doses orales de THC et de méthylphénidate, alors qu’un groupe contrôle a pris un placebo. Les chercheurs ont trouvé que le méthylphénidate réduisait le temps de réaction, mais le THC atténuait cet effet en augmentant les erreurs de commission. Les chercheurs ont également noté des effets uniques sur les fonctions cardiovasculaires.

Une autre étude qui date de 1973 s’est aussi penchée sur l’interaction entre les amphétamines et le cannabis. Les sujets n’étaient pas affectés de TDAH ni de toute autre maladie mentale, et l’étude ne poursuivait pas l’objectif d’étudier cette interaction spécifiquement chez des patients TDAH.  Cependant, comme le méthylphénidate est une substance à base d’amphétamine, l’étude est digne de mention. 

Les chercheurs n’ont trouvé aucune interaction importante entre les deux substances, outre que sous les effets des amphétamines, le cannabis augmentait le pouls. En matière d’humeur, le cannabis n’a pas eu d’effet sur les niveaux d’énergie après l’usage d’amphétamines même si on attribue au cannabis le pouvoir de réduire les niveaux d’activité.

La recherche n’indique pas qu’il y ait d’interactions dangereuses ou mortelles entre les amphétamines et les cannabinoïdes, mais elle demeure très limitée. En outre, de telles interactions n’ont pas été étudiées chez des patients atteints de TDAH. Ces derniers devraient user de prudence lorsqu’ils combinent le cannabis et le Ritalin, et consulter leur médecin.

Témoignages de patients et de médecins au sujet de l’utilisation du cannabis pour traiter le TDAH

Nous vous présentons quelques témoignages au sujet de l’utilisation du cannabis dans la prise en charge de TDAH chez les enfants, les adolescents et les adultes, autant à titre de médicament de rechange que de traitement complémentaire :

« Je me rappelle que [les médicaments stimulants qu’on me prescrivait] me donnaient des maux de tête persistants qui m’empêchaient même de dormir ». De plus, Antonio souffrait d’un manque d’appétit. Le cannabis a sensiblement amélioré sa situation en réduisant les effets secondaires indésirables causés par les stimulants ainsi qu’en diminuant significativement les symptômes causés par le TDAH.  « Pour la première fois, j’étais dans un état qui me permettait de prendre le contrôle de mon esprit. » – Antonio Rodriguez (Cannabis et le TDA/TDAH)

« Ça m’aide à combattre ma difficulté à m’endormir et la dépression causées par le méthylphénidate (Mediket) que je prends. Grâce au cannabis, je peux me sentir plus calme, même sans Mediket. Mon entourage social et familial en bénéficie particulièrement. Ça me permet de décompresser, en dépit du Mediket et du TDAH. Ça diminue l’hyperactivité et l’emballement que causent le Mediket et le TDAH. Dans certaines situations, le cannabis me permet mieux que le Mediket de combler le manque d’attention qui résulte de mon TDAH. Grâce au cannabis, je peux interrompre de temps en temps ma consommation de Mediket, ce qui me permet momentanément de cesser de me sentir comme un câble sous tension. Je me sens tranquille et moins pressé. » – Maximilian Plenert (Comment le cannabis peut-il aider en cas de TDAH ?)

« Presque tous les patients qui utilisent le cannabis dans un but thérapeutique rapportent que la plante les aide à être plus attentifs en classe et à se concentrer davantage au lieu de laisser leur esprit vagabonder. De plus, le cannabis les aide à garder le rythme dans leurs devoirs et travaux. » – David Bearman, M.D., médecin et expert en cannabinoïdes

« Les cannabinoïdes représentent une option totalement viable pour traiter les adolescents affectés de TDA et de TDAH… Pourquoi voudrait-on donner à son enfant des cachets de médicaments chers… dont les effets indésirables sont inacceptables, quand on peut très bien aller dans le jardin, cueillir quelques feuilles d’une plante, et lui préparer une bonne tasse de thé ? » – Dre Claudia Jensen, pédiatre et instructrice clinique à l’université de Californie du Sud.

« Alors que certains ont la préconception que la marijuana exacerbe le TDAH, presque tous les experts en cannabinoïdes de la Californie croient que le cannabis et les cannabinoïdes ont nettement amélioré la vie des personnes qui souffrent d’un TDAH en entraînant moins d’effets secondaires que les médicaments stimulants généralement prescrits pour traiter le TDAH. » – David Bearman, M.D.

Bien qu’il existe des études de cas documentant l’utilisation du cannabis médical pour prendre en charge le TDAH, la corroboration scientifique des résultats amassés jusqu’à présent demeure nécessaire. Le système judiciaire complique l’approfondissement de la recherche sur les effets des cannabinoïdes chez les patients atteints de TDAH. Cependant, le mouvement de légalisation devrait donner un bon coup de pouce aux chercheurs, particulièrement aux Etats-Unis où le chanvre vient d’être légalisé.

Le pouvoir thérapeutique du cannabis pour une gamme de conditions est de plus en plus pris au sérieux. L’industrie du cannabis s’appuie d’abord et avant tout sur la sensibilisation ; il faut maintenant faire preuve de persévérance pour bien intégrer le cannabis dans la recherche et la pratique médicale.

  • Disclaimer:
    Cet article ne remplace aucun conseil, diagnostic ou traitement d’un professionnel médical. Consultez toujours votre médecin ou tout autre professionnel de la santé habilité. Ne tardez pas à obtenir des conseils médicaux et n’ignorez aucune recommandation médicale après avoir lu tout contenu de ce site web. 

Comments

3 réflexions sur “TDAH et le débat opposant le cannabis au Ritalin”

  1. J’ai passé toute ma vie avec un manque de concentration, impossibilité d’apprendre textes, leçons, formules, solfège…enviant tous mes camarades pour qui la facilité etait présente…Je voudrais réaliser un rêve, celui d’apprendre une partition et jouer « comme tout le monde »…avec du cannabis arriverai-je ??? je ne suis plus très jeune…je m’accroche.

  2. josee schryburt

    mon garcon de 6 ans est tdah impusivité extremement fort ave agressivité ,aucun medicament fonctionne sur lui .est ce que le cannabis l aiderais.

    1. Aller sur le Facebook de dr David bearman,je viens de lui poser la question en message privé et j attend la reponse

      Pareil pour mon fils de 7 ans

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    Sanjai Sinha

    Dr Sanjai Sinha est membre du corps enseignant du Centre médical Weill Cornell de New York où il reçoit des patients, enseigne aux médecins résidents et aux étudiants en médecine et fait de la recherche en services de santé. Il prend soin d’éduquer ses patients et pratique la médecine fondée sur les preuves. Son grand intérêt pour l’examen médical est nourri de ces passions.
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