by Scarlet Palmer on 28/03/2016 | News Sensi Seeds

Le chanvre est-il le meilleur biocarburant ?

Biocarburant Les changements climatiques ont des répercussions de plus en plus évidentes et désastreuses sur notre fragile planète. Incontestablement, les combustibles fossiles sont les plus importants agents de réchauffement, et la course est lancée pour trouver des solutions de rechange durables à ces ressources limitées qui vont en s’amenuisant. Les biocarburants pourraient faire partie de la solution, mais sont-ils viables ? Le chanvre est-il le meilleur biocarburant ?


Is hemp the best biofuelPlusieurs partisans du cannabis et du chanvre pensent à tort que le fait de simplement remplacer les combustibles fossiles par des biocarburants à base de chanvre pourrait d’un coup résoudre le problème que pose l’épuisement des ressources fossiles et remédier aux conséquences terrifiantes qu’entraîne notre dépendance à ce type de carburant. Loin d’être la solution absolue pour sauver notre planète, comme on le répète sans cesse, les biocarburants posent en eux-mêmes des défis de taille, créant plus de problèmes que de solutions. Rien ne fonctionne en vase clos. Il est primordial de considérer l’effet domino que créerait le remplacement des combustibles fossiles par les biocarburants en matière d’effets globaux sur la planète. Cependant, lorsque l’on compare le chanvre à d’autres matières premières servant à produire des biocarburants, certains avantages sont apparents.

Le biodiesel et l’éthanol peuvent être fabriqués à partir du chanvre

Il existe deux types de biocarburants : le biodiesel et l’éthanol. L’éthanol est fabriqué à partir de céréales (maïs, orge, blé), de plantes sucrières (canne à sucre) et de débris végétaux non comestibles. Il est fréquemment utilisé comme biocarburant, mais généralement, il est mélangé avec l’essence. Les véhicules à essence peuvent être alimentés d’un mélange de carburants contenant jusqu’à 10 % d’éthanol ; les véhicules polycarburants peuvent fonctionner avec un mélange contenant jusqu’à 80 % d’éthanol. Au Brésil, où d’importantes quantités de canne à sucre sont cultivées pour la fabrication de biocarburants, certaines voitures fonctionnent entièrement à l’éthanol.

Le biodiesel est obtenu à partir d’huile végétale ou de gras animal raffinés, généralement des huiles végétales, et de méthanol. On ajoute souvent au diesel régulier du biodiesel dans une proportion de 80 % / 20 % respectivement, mais certains mélanges peuvent contenir de 2 à 100 % de biodiesel. L’avantage pratique du biodiesel est que tout véhicule diesel peut en être alimenté.

Le chanvre, s’il était cultivé en tant que matière première, pourrait entrer dans la fabrication des deux types de biocarburants. La teneur en huile des graines de chanvre se situe entre 30 et 35 % du poids total de la graine, ce qui lui confère un rendement de 207 gallons par hectare. Son rendement est considérablement moindre lorsque comparé à l’huile de palme et de noix de coco, mais représente tout de même le double de celui du colza, de l’arachide, du tournesol, et le quadruple du soja. Les débris végétaux peuvent par ailleurs être utilisés pour fabriquer de l’éthanol dans un procédé de fermentation dans des conditions faibles en oxygène.

Utilisation des terres pour la production de biocarburants

Les matières premières les plus utilisées pour fabriquer des biocarburants sont le soja et le maïs (Etats-Unis), la canne à sucre (Amérique du Sud), l’huile de palme (Asie de l’Est et du Sud-Est) et le colza (Europe). Toutes ces cultures nécessitent de vastes étendues de terre fertile. La production d’huile de palme est responsable de la destruction massive de la forêt tropicale ; la déforestation est alarmante et atteint un taux encore jamais vu, à l’échelle de la planète. La perte d’habitats qu’elle entraîne met en danger la survie d’un grand nombre d’espèces (comme l’orang-outan) déjà menacées. Ces matières premières cultivées sur des terres arables viennent remplacer les cultures destinées à la consommation humaine, ce qui fait monter les prix de la nourriture à un point tel qu’elle devient inaccessible aux personnes les plus défavorisées. De plus, la culture de matières premières entraîne une « déforestation secondaire » puisque plus de terres doivent être cultivées afin de produire de la nourriture. Les cibles en matière de biocarburants que se sont fixées les gouvernements à l’échelle de la planète favorisent les changements climatiques et nuisent à l’approvisionnement alimentaire, et ce sont les nations en développement, et non celles qui prospèrent, qui en subissent les conséquences directes.

Quels avantages offre le chanvre en tant que matière première pour la production de biocarburants ?

Le chanvre a l’avantage de pouvoir pousser dans des sols moins fertiles et sur des terres dites marginales, c’est-à-dire, qui ne sont pas des champs. Cependant, ce n’est que sous des conditions optimales, dans des sols fertiles, que le chanvre produira le plus de graines. Si on devait se tourner vers le chanvre en tant que matière première pour la production de biocarburants, il est fort probable qu’on le cultiverait sur des sols arables, comme toutes les autres cultures utilisées à cet effet, ce qui entraînerait les mêmes conséquences sur le prix de la nourriture.

L’utilisation des terres marginales cause aussi d’autres problèmes puisque d’abord, elles abritent des espèces qui font partie intégrante de l’écosystème. Ensuite, les terres marginales sont de par leur nature difficilement accessibles. On ne peut ignorer le fait que la culture, la récolte et le transport du produit récolté à des usines de biocarburants ne sont pas des activités facilement réalisables sur les terres marginales. En outre, la récolte et le transport sont deux activités dépendantes des combustibles fossiles, donc, qui génèrent du CO2. Ce facteur doit être pris en compte dans la détermination du potentiel du chanvre de représenter une culture neutre en carbone. En fait, ce facteur doit être considéré pour toute culture de matières premières, et non seulement celles du chanvre effectuées sur des terres marginales. Labourer, semer, récolter, transporter et traiter les matières premières engendrent des « coûts de carbone » plus importants que ceux entraînés par la production de combustibles fossiles.

Bien que l’utilisation de biocarburant fait de chanvre dans tous les véhicules motorisés ne règlerait pas la crise énergétique ni ne ralentirait les changements climatiques, il existe tout de même une application à petite échelle qui pourrait être avantageuse. Si les agriculteurs étaient en mesure de cultiver et de traiter le chanvre sur place afin de fabriquer le biocarburant pour leurs véhicules et machineries agricoles, ils accompliraient une « boucle » d’autosuffisance énergétique et pourraient considérablement réduire leur empreinte carbone et mettre fin à leur dépendance aux combustibles fossiles. Le chanvre pourrait être intégré dans la rotation des cultures vivrières, amoindrissant ainsi les conséquences sur le prix des aliments et réduisant l’utilisation de combustibles fossiles.

Il faut aussi souligner le fait que la culture de chanvre offre un produit qui comble un « marché niche », et qu’ainsi, elle n’engendre pas la même dépendance que la culture du maïs, par exemple. Pour l’instant, il n’est pas encore assez rentable de le cultiver à grande échelle pour la production de biocarburants.

Culture de chanvre : fertilisation et irrigation minimales

Il est aussi très important de considérer la question de la fertilisation lorsque l’on examine la pertinence de se tourner vers les biocarburants. Ces fertilisants sont obtenus à partir des nitrates dérivés de pétrole et de gaz – oui, des combustibles fossiles – à l’aide du procédé énergivore Haber-Bosch qui permet de synthétiser de l’ammoniac, substance qui sert à créer des engrais azotés. Ces engrais, une fois déversés sur les sols, ne sont pas inertes. Ils se font lessiver pour se retrouver dans les cours d’eau où ils perturbent les écosystèmes, tuent les poissons et polluent les réserves d’eau potable ; ils se retrouvent aussi dans l’atmosphère sous forme d’oxyde nitreux – un gaz à effet de serre beaucoup plus puissant que le dioxyde de carbone – ou sous forme d’oxydes d’azote (NO et NO2), composés chimiques qui contribuent à la présence d’ozone au sol (un autre problème pour la santé

Le chanvre nécessite sensiblement le même degré de fertilité du sol que le maïs pour croitre sainement. Cependant, environ 70 % des nutriments qu’il absorbe seront retournés au sol pendant ou après son cycle de croissance (1), ce qui réduit drastiquement les besoins en fertilisation à long terme. Cela représente un avantage certain du chanvre par rapport aux autres matières premières destinées à la fabrication de biocarburant.

La même chose peut être dite au sujet de ses besoins en eau. Un des principaux problèmes avec les biocarburants est que leur production exige encore plus d’eau que celle des combustibles fossiles, environ 48 fois plus. Le chanvre requiert autour de 30 à 40 cm (12 à 15 po) d’eau d’irrigation ou de précipitations durant une saison pour produire une bonne récolte ; le maïs en demande 54 cm (22 po).

Utilisation de la plante en entier

Mais l’avantage majeur du chanvre en tant que biocarburant réside certainement en ce que toutes les parties de la plante peuvent être utilisées. Une fois que l’huile est pressée de ses graines, les enveloppes et les débris de graines peuvent être pressés en blocs d’aliments nutritifs pour les animaux. Les débris végétaux des récoltes, les feuilles qui tombent au cours du cycle de croissance et les racines se décomposent, enrichissant le sol pour les cultures suivantes. Les fibres libériennes et les copeaux sont utilisés pour fabrique des fibres, du papier et des matériaux de construction, pour ne nommer que ces produits.

Des obstacles se dressent toujours lorsque l’on tente de déterminer si le chanvre est la meilleure matière première pour fabriquer des biocarburants. À l’heure actuelle, plusieurs pays disposent de lois interdisant la culture de chanvre. Tant que la situation n’évolue pas, nos connaissances au sujet des avantages du chanvre demeurent théoriques. On espère avec ferveur que la situation cessera de stagner dans un avenir proche.

 

(1) Fiche d’information du ministère de l’Agriculture et des Cultures vivrières spéciales de la Colombie-Britannique, http://www.hemptrade.ca/

Commentaires

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Briche

Tout comme notre ami et frère pro militants cannabis. ;je suis sur qu 'une très grande partie de la solution a nos problèmes pourraient être résolument grâce à cette plante aux milles vertus et aux mille façon de l'employer...

28/03/2016

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