by Martijn on 06/02/2014 | Légal & Politique

« Joint Regulation » : collaborer pour une politique du cannabis appropriée

Joint Regulation Le 31 janvier dernier, la ville néerlandaise d'Utrecht a accueilli « Joint Regulation », un sommet sur le cannabis. Cette réunion était initiée par Paul Depla (maire d'Heerlen), Victor Everhardt (adjoint au maire d'Utrecht) et Rob van Gijzel (maire d'Eindhoven). Plusieurs intervenants étaient également présents et, après la réunion, 35 communes ont signé le manifeste du sommet.


joint-regulation-featuredLe 31 janvier dernier, la ville néerlandaise d’Utrecht a accueilli « Joint Regulation », un sommet sur le cannabis. Cette réunion était initiée par Paul Depla (maire d’Heerlen), Victor Everhardt (adjoint au maire d’Utrecht) et Rob van Gijzel (maire d’Eindhoven). Plusieurs intervenants étaient également présents et, après la réunion, 35 communes ont signé le manifeste du sommet. Quelques députés, parmi lesquels Magda Bernden du parti D66, ont apposé de la même manière leur signature, Frits Bolkestein, coryphée du parti VVD, en tête. Sensi Seeds était présent lors de cette très intéressante réunion qui avait pour objectif de changer le cours de la politique nationale (et plus particulièrement le credo d’Ivo Opstelten, ministre de la Justice et de la Sécurité) relative à la politique actuelle sur le cannabis.

Joint Regulation attire un public nombreux. En plus des dirigeants, un public intéressé et une large portion de la presse étaient présents.
Joint Regulation attire un public nombreux. En plus des dirigeants, un public intéressé et une large portion de la presse étaient présents.

Le maître de cérémonie Victor Everhardt a été le premier à s’adresser aux participants. Adjoint au maire d’Utrecht, il se trouve à l’origine du projet qui pourrait permettre d’expérimenter dans sa ville avec un Cannabis Social Club. « j’ai reçu une réaction de rejet de la part du ministre Ivo Opstelten, dix minutes après avoir fait part de ce projet par communiqué de presse. Après dix minutes ! » Il expose ainsi très directement un problème majeur : il n’y a qu’une seule personne qui décide des règles et cette personne n’est pas disposée à chercher des solutions alternatives. « Notre objectif est de travailler ensemble. De collaborer avec les autorités à l’échelon national, et donc avec Ivo Opstelten. D’où le choix du nom Joint Regulation ». Le besoin de collaboration était par ailleurs clairement visible lors du sommet. Des maires venant de tous les coins du pays, de petites et de grandes communes, étaient présents, et ont tous clairement dit qu’il était impossible de poursuivre la politique actuelle sur le cannabis.

Exposé des faits

Selon les initiateurs du sommet, des solutions doivent être trouvées pour les trois problèmes suivants : la santé des consommateurs de cannabis n’est actuellement pas protégée, la sécurité est placée sous pression et la politique actuelle ne permet pas d’enrayer la criminalité (organisée) liée aux drogues douces, une criminalité qui d’ailleurs s’intensifie. Divers intervenants ont examiné au cours de cette matinée les raisons pour lesquelles les problèmes doivent être abordés. Dike van de Mheen, professeur de faculté en traitements de la toxicomanie et directrice de l’IVO (institut de recherche sur la toxicomanie), a lancé le débat en plantant le décor de la politique actuelle. Peu d’informations nouvelles pour les initiés, certes, mais un intéressant exposé des faits. « Il y a davantage de consommateurs de tabac et d’alcool. La plupart des personnes qui consomment du cannabis, le font essentiellement durant une période particulière de leur vie. » Ruben Maes, animateur du débat, a résumé avec brio sa présentation : «Parce que c’est illégal, ça fait peur, et parce que ça fait peur, ça reste illégal ». Un exemple classique du cercle vicieux.

Rob van Gijzel (Maire d'Eindhoven) en pleine discussion avec M. Bolkenstein.
Rob van Gijzel (Maire d’Eindhoven) en pleine discussion avec M. Bolkenstein.

La présentation donnée pare le professeur Tom DeCorte, criminologue lié à l’UER de Droit pénal et de criminologie de la faculté de droit de l’université de Gand (Universiteit Gent) en Belgique, a été particulièrement intéressante. Il a entamé son intervention de la manière suivante : « Vous allez certainement penser : « Mais que vient donc faire ce Belge ici ? » Pour beaucoup de participants, sa présentation a néanmoins constitué un moment fort de la manifestation. « La répression est tellement intensive que le secteur du cannabis se criminalise davantage et s’endurcit », dit-il. « Le nombre des consommateurs ne diminue pas, celui des plaintes au pénal est en augmentation. » Et d’ajouter plus tard : « Le regard de la police et de la justice est affecté par cette politique. En outre, la police n’est pas satisfaite (NDLR : par le démantèlement des exploitations illégales) et la lutte contre les autres types de crime est laissée de côté ». DeCorte a souligné l’existence de différentes méthodes de réglementation et le danger d’être obsédé jusqu’à l’aveuglement par une méthode particulière, surtout s’il s’avère que celle-ci ne fonctionne pas. Il a résumé la situation actuelle en ces termes : « À l’heure actuelle, c’est comme éponger le sol avec le robinet ouvert, alors même que l’on ouvre de plus en plus le robinet et que la demande en eau ne fait qu’augmenter ».

Construire des ponts

Après la présentation de Jan Brouwer, professeur de faculté en science juridique, et une pause, les participants ont pu regarder une courte vidéo. Les trois initiateurs ont lancé ensuite une discussion avec le panel, monsieur Maes servant de modérateur. Cet entretien a souligné de nouveau l’intérêt et le désir d’une bonne collaboration. À la fin de la conversation, le coryphée du parti VVD, monsieur Bolkestein, a été invité à venir à l’avant de la scène. Ce célèbre défenseur d’une meilleure politique sur le cannabis, récompensé par un Cannabis Cultuur Award, avait prêté sa voix pour les commentaires de la vidéo. Une courte conservation avec Rob van Gijzel s’en est suivie, à l’issue de laquelle Bolkestein a été le premier à signer le manifeste. Un beau moment, étant donné que le ministre Ivo Opstelten fait également partie du VVD.

La voix de tous les dirigeants présents ne peut pas être ignorée ! Il va pourtant falloir attendre pour voir ce que cet événement réussi va apporter.
La voix de tous les dirigeants présents ne peut pas être ignorée ! Il va pourtant falloir attendre pour voir ce que cet événement réussi va apporter.

À la fin, monsieur Depla a informé Sensi Seeds qu’il était satisfait de cette rencontre. « Les problèmes ont correctement été exposés : continuer de cette manière, ça ne marche pas. J’étais également très content de la présence et du soutien de monsieur Bolkestein ! » À la question de ce que Depla attend du manifeste, il a offert la réponse suivante : « En tant que dirigeants, nous devons continuer de communiquer ensemble. Un ministre ne peut quand même pas ignorer l’appel d’autant de dirigeants ? Si quelqu’un continue de dire : « Je ne veux pas, ça n’est pas possible et même si six manifestations sont organisées, je continue d’être sûr d’avoir raison », alors je me demande si la devise de notre gouvernement actuel, qui est « Construire des ponts » convient également à ce ministre.

Pendant la manifestation, la chaîne NOS a publié un communiqué dans lequel le ministre Ivo Opstelten indiquait que sa réponse restait négative. Sensi Seeds reste quoi qu’il en soit positif et est content de voir qu’autant de dirigeants se sont clairement exprimés sur le sujet au cours de cette journée de rencontre. Une opinion qui portera ses fruits d’une façon ou d’une autre.

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