11 mythes curieux à propos du cannabis : origine et vérités

La longue histoire du cannabis et son interdiction ont ouvert la voie à de nombreux mythes qui prennent forme… certains assez amusants. Mais combien d’entre eux sont-ils vrais ? Nous nous pencherons sur certains des mythes plus curieux, comment ils ont commencé et remis les pendules à l’heure une bonne fois pour toutes.

Étant donné que le cannabis est virtuellement interdit depuis environ une centaine d’années, cette plante illégale est désormais enracinée dans plusieurs mythes. Certains d’entre eux se centrent autour de sa culture, d’autres sur son traitement et la plupart sur son utilisation.

Alors que des décennies de débat signifient que des recherches ont été faites sur le cannabis, le marché noir en particulier (dealers et utilisateurs) ne peuvent pas se reposer sur des  certificats d’états ou même sur des contrats – ici, c’est la parole qui compte. C’est comme les enfants qui jouent aux ombres chinoises et conduisent à de nombreuses idées fantastiques prises pour argent comptant dans les cercles de drogués.

Certains de ces mythes circulent depuis des années, voire des décennies, tandis que d’autres sont plus récents. La plupart des histoires sur le royaume fantastique des cannabinoïdes ont une courte vie, mais d’autres persistent encore à ce jour. Le texte ci-dessous est consacré à faire sortir ces histoires à dormir debout de la tête de certains « cannasseurs ».

1. Cannabis génétiquement modifié

Récemment, plusieurs rumeurs ont établi que les nouveaux types de cannabis sont génétiquement modifiés. Naturellement, cela éveille le scepticisme, notamment entre les critiques traditionnels de modification génétique, dont nombreux sont des utilisateurs de cannabis.  Étant donné que le génome du cannabis n’est pas encore tout à fait compris, il serait difficile de le modifier génétiquement. En général, les rumeurs ne commencent pas sans un quelconque fondement, j’ai donc cherché où tout cela a commencé…

La manipulation génétique est définie comme la modification artificielle du patrimoine génétique. Cela comprend quatre acides – les composants de base de l’ADN. Lors de la manipulation génétique, ces acides sont – simplement – « échangés » par d’autres afin de créer un être avec de nouvelles caractéristiques.

À ce jour, Tito Schiva et Saverio Alberti ont été les seuls à conduire de tels essais, avec un résultat étonnant : le cannabis est actuellement résistant à la manipulation génétique d’après le journal ‘Sonntagszeit’ publication nº 7 du 17 février 2002 dans un article intitulé “Fluorescent Flowers”:

« […] Ces études prétendaient créer un cannabis standard, qui pourrait se différencier des types de drogues interdites. Toutefois, le cannabis, parmi toutes les plantes, s’est avéré résistant à la manipulation génétique. »

Lorsqu’interviewé en 2008, Sabine Bätzing, ancienne commissaire des questions de drogues auprès du gouvernement allemand, a reconnu que les autorités allemandes n’avaient aucune connaissance sur le cannabis génétiquement manipulé. Qui donc se cache derrière les propos inconsidérés sur le cannabis génétiquement modifié ?

La faute repose sur le tubercule toxique d’une plante ornementale contenant l’alcaloïde colchicine, ou Autumn Crocus. De faibles dose de cet alcaloïde hautement toxique et cancérigène, un inhibiteur connu de fuseau mitotique, soulage les symptômes de la goutte. Toutefois, la colchicine cause également des mutations chez les plantes, si leurs graines sont traitées avec.

Dans les années 80, l’auteur allemand Roland Rippchen a rapporté des tentatives, de quelques tordus, de traitement de graines de cannabis avec de la colchicine. Le taux de survie des graines de cannabis traitées à la colchicine est de dix pour cent.

Certaines des plantes ayant survécu sont considérées comme étant plus fertiles. Toutefois, une mutation n’est en aucun cas une manipulation génétique ; en d’autres termes, les gènes sont doublés mais non modifiés. Il s’agit donc d’une mutation spontanée ou d’une modification apportée au patrimoine génétique que nous voyons tout le temps dans la nature (l’une des mutations les plus connues sont les cheveux blonds des européens du nord).

La plante est désormais polyploïde, c’est-à-dire qu’elle dispose d’au moins trois chromosomes complets dont la séquence d’ADN reste inchangée – contrairement à une plante génétiquement manipulée. 

Le traitement à base de colchicine a conduit à la création d’une nouvelle variété de céréale il y a de cela 60 ans : le triticale. Il s’agit de blé et de seigle hybride, cultivé en Europe pendant des décennies en tant qu’aliments pour animaux et matière première pour les aliments cuits au four, la bière et les bouillies. Depuis que des botanistes ont fait cette découverte en 1934, l’utilisation de la colchicine est devenue la méthode la plus fréquente pour créer des polyploïdes et, depuis les années 50, elle est utilisée virtuellement avec toutes les plantes cultivées, y compris la betterave, plusieurs plantes fourragères et même les pensées.

Toutefois, plusieurs facteurs ont évité la diffusion à grande échelle de cette méthode dans le sous-monde botanique : le faible taux de survie des graines de cannabis, leur goût désagréable découlant de toxines résiduelles des deux premières générations, une faible stabilité des générations subséquentes et, plus particulièrement, les risques pour la santé lorsqu’utilisées avec la substance (qui ne doivent pas être pris à la légère).

Malheureusement, seulement quelques publications ont suffi pour lancer un mythe qui est souvent rapporté comme un argument contre la légalisation. La teneur relativement élevée en THC de certaines variétés ne peut être soutenue qu’avec une sélection naturelle.

2. Moisissures afghanes

Depuis que les hippies des années 70 ont commencé à parler d’une prétendue culture spéciale par les cultivateurs de cannabis afghans, les « moisissures afghanes » sont considérées comme un délice rare et particulier, notamment chez les utilisateurs plus vieux. Toutefois, en Afghanistan, personne ne laisserait intentionnellement sa culture aller jusqu’à la moisissure. Les « moisissures afghanes » sont probablement stockées dans de pauvres conditions : du haschisch mouillé refilé à des voyageurs commerciaux sans méfiance. Le fait est que la moisissure ne doit pas être fumée.

3. Récolte nue

Depuis les années 70, le mythe que le haschich est récolté par des agriculteurs qui sifflent nus dans leurs champs et raclent ensuite la résine de leur peau persiste.

Malgré des supposés témoignages oculaires du Népal ou du Kazakhstan, il n’y a aucune preuve photographique ou vidéo. La méthode serait quelque peu effrayante et pas très efficace car la plupart de la résine resterait sur la plante. Le Charas indien peut être frotté à la main, mais le reste du corps reste couvert pendant que l’agriculteur est au travail.

4. L’opium, l’héroïne ou la méthamphétamine en cristaux en tant que diluant

Toujours dans les années 70, des histoires de cannabis ou d’haschich dilué avec de l’opium, de l’héroïne ou plus récemment avec de la métamphétamine, n’ont cessé de circuler. Tout d’abord, il n’y a aucune preuve sous forme d’analyses en laboratoire et, deuxièmement, il n’y aurait aucun gain financier à diluer le cannabis avec des substances plus chères que le cannabis lui-même. Troisièmement, la plupart des utilisateurs changeraient immédiatement leur source de fourniture, ce qui n’est bien sûr pas dans l’intérêt des dealers de cannabis. Cela compromet leurs gains.

5. La cigarette Marlboro M

En 2016, Abril Uno a publié un article défendant que Phillips Morris USA allait créer une nouvelle ligne de cigarettes : la Marlboro M. Cette nouvelle cigarette,  contiendrait de la marijuana et serait disponible dans les états du Colorado et de Washington. Le fait que cela ait été publié comme une blague de poisson d’avril n’a pas empêché cette « nouvelle » de se répandre rapidement.

Avec les lois autour de l’utilisation du cannabis qui changent rapidement, cette idée ne semblait pas tirée par les cheveux. Mais le fait est que le cannabis n’est pas légal à l’échelle fédérale. Ainsi, bien que cela puisse devenir une réalité dans un futur proche, pour l’instant, la cigarette Marlboro M à la marijuana n’existe pas.

6. Une teneur élevée en THC est dangereuse

Dans les pays où les fleurs de cannabis sont légales pour des finalités médicales, de nombreux patients préfèrent les variétés avec un niveau élevé d’ingrédients actifs. Il n’y a aucun risque de surdosage car la teneur en THC est précisément indiquée. Cela signifie que les patients ont besoin de fumer, de manger ou de vaporiser moins de plantes pour obtenir l’effet prétendu.

L’ingrédient actif n’a rien à voir avec le développement de troubles de consommation. Ceux-ci sont façonnés par différents facteurs, comme l’environnement familial, l’école et le développement de la personnalité. Les patients traités à l’opium ou aux opiacés augmentent leur dose plus rapidement et plus souvent pendant un traitement par rapport aux patients traités au cannabis, qui soulagent leur douleur avec des variétés hautement puissantes.

Une dépendance au vin ne se développe pas plus vite qu’une dépendance à la bière : comme avec toutes les substances, ce qui compte c’est la quantité totale consommée. Une utilisation sûre du cannabis signifie être capable de vérifier la teneur en ingrédient actif, ce qui est impossible et non contrôlé sur le marché noir.

7. Haschich Zero-Zero

Au Maroc, le haschisch est tamisé et le nombre de tamisages indique sa qualité. Le premier tamisage est le meilleur et, selon l’agriculteur et la qualité de la matière première, les lots de cannabis sont tamisés jusqu’à six fois. Cela réduit la teneur en résine mais augmente la teneur de la plante.

Lors du tamisage final, beaucoup de pression et de chaleur sont généralement nécessaires pour que le haschisch colle. En Europe, il est connu sous le nom de « feuille standard », qui doit d’abord être chauffée afin de l’émietter.

Zero se rapporte au tamisage zéro, c’est-à-dire, ce que l’agriculteur l’extrait avant que le lot de la plante de cannabis ne soit tamisé. Pour cela, il tape brièvement le lot contre l’extrémité d’un bol, une ou deux fois. Le rendement de cette méthode est si bas qu’il suffit pour une utilisation personnelle ou, au mieux, pour quelques amis ou connaissances.

Zero-Zero signifie tamisage zéro, c’est-à-dire, ce qui tombe lorsqu’on secoue brièvement la plante une fois, sans la frapper contre l’extrémité d’un bol. Ces rendements sont encore moindres. Certains agriculteurs vendent leur meilleur haschich non tamisé, mais les volumes produits ne sont pas suffisants pour répondre aux volumes Zero-Zero des coffee shops néerlandais.

Les variétés vraiment bonnes des coffee shop sont généralement le résultat d’un premier, d’un second ou d’un troisième tamisage. En fin de compte, même le haschisch tamisé trois fois est bien supérieur au haschisch vendu en Europe.

8. Vous pouvez fumer des hortensias

Les médias ne cessent de rapporter que des voleurs d’hortensias, de par le manque de fleurs de cannabis, pillent les jardins à la recherche d’un substitut. Toutefois, la plupart des types d’hortensias n’ont aucun effet psychoactif ; dans le pire des cas, vous serez empoisonné au cyanure d’hydrogène, mais n’obtiendrez aucun effet d’euphorie.

Et aucun amateur de cannabis n’a été pris en plein acte. Les innombrables rapports reposent tous sur des suppositions. Ce mythe a été lancé par un magazine pharmaceutique allemand, qui n’a toujours pas corrigé son erreur à ce jour. La plupart des voleurs d’hortensias sont des écureuils.

9. La constitution américaine a été rédigée sur du papier de chanvre

Ni la constitution ni la Déclaration d’indépendance, ou même la Déclaration des droits ont été rédigées sur du papier de chanvre. Bien que les brouillons de ces trois documents historiques aient éventuellement été rédigés sur du papier de chanvre, largement disponible à l’époque, ce n’est pas le cas des chartes actuelles. Elles ont toutes été élaborées sur du vélin, un type de parchemin fin (membrane levior), à partir de cuir de veau et fœtus de veau. 

10. Les premiers jeans Levi’s étaient à base de chanvre

Tant qu’on en parle,  les premiers jeans Levi’s n’étaient pas à base de chanvre, mais à base de coton. La matière italienne utilisée pour produire les premiers jeans était du coton. Toutefois, Levi’s a commencé une collection qui utilisait du « chanvre cotonisé » en 2019 !

11. Le retour en arrière

Nous continuons à lire qu’il est possible d’obtenir une sensation d’euphorie sans fumer du cannabis. Le THC non utilisé est supposément déposé dans les cellules adipeuses et retourne au flux sanguin lorsque vous transpirez ou perdez du poids. Toutefois, lors d’un effort physique, comme les propres opiacés du corps, l’anandamide du cannabinoïde est libéré ce qui contribue à la « pêche du coureur ».

Outre ces 11 « principaux mythes », beaucoup d’ignorance et de demi-vérités entourent cette plante illégale : il n’y a aucune planète de cannabis et Bruce Lee n’est pas mort de la consommation de cannabis.

  • Disclaimer:
    Les lois et règlements régissant la consommation de cannabis diffèrent d’un pays à l’autre. Sensi Seeds vous conseille donc fortement de vérifier les lois et règlements de votre pays. Ne contrevenez pas à la loi.

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Auteur et réviseur

  • Michael_Knodt

    Michael Knodt

    Michael Knodt, établi à Berlin, est spécialisé dans le journalisme lié au cannabis et au chanvre. Au fil des années, il a beaucoup écrit sur le sujet pour divers magazines allemands et anglais (par ex. Vice-magazine, entre autres). Michael est le visage et le modérateur de DerMicha, la chaîne allemande populaire de YouTube sur le cannabis et sa prohibition.
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  • Sanjai_Sinha

    Sanjai Sinha

    Dr Sanjai Sinha est membre du corps enseignant du Centre médical Weill Cornell de New York où il reçoit des patients, enseigne aux médecins résidents et aux étudiants en médecine et fait de la recherche en services de santé. Il prend soin d’éduquer ses patients et pratique la médecine fondée sur les preuves. Son grand intérêt pour l’examen médical est nourri de ces passions.
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