by Seshata on 07/02/2013 | Cannabis News Medicinal

Cannabis et Asthme


Bien que fumer une quelconque substance puisse paraître à première vue un traitement profondément absurde pour soigner l’asthme, une idée très répandue attribue au cannabis fumé la faculté de soulager les symptômes de cette maladie courante et très souvent extrêmement invalidante. En effet, le cannabis n’est pas le seul remède traditionnel pouvant être administré en le fumant — l’herbe de Saint-Christophe (A. racemosa) est une autre plante fumée occasionnellement pour soulager les symptômes asthmatiques.

L’effet bronchodilatateur du cannabis

Un vaporiseur portatif fonctionne de manière très comparable à un inhalateur, permettant aux composés actifs de pénétrer profondément dans les poumons
Un vaporiseur portatif fonctionne de manière très comparable à un inhalateur, permettant aux composés actifs de pénétrer profondément dans les poumons

Bien que la recherche en ce domaine soit loin d’être exhaustive, des études remontant aux années 1970 ont déterminé que le THC avait un effet bronchodilatateur. Cet effet s’est révélé avec diverses méthodes d’ingestion, telles que l’application sublinguale et la consommation de « medibles » (de « medical edibles », huiles de marijuana médicale), mais fumer le cannabis s’avère donner les résultats les plus efficaces immédiatement.

Toutefois, certaines personnes ont fait état d’une accentuation des symptômes asthmatiques existants. Il peut exister un certain nombre de raisons à cela : la sensibilité à un composé ou à un allergène particulier présent dans la plante, des contaminants comme le tabac ou des traces d’engrais de culture, ou simplement un cannabis de mauvaise qualité. Tenter de se soigner avec du cannabis de mauvaise qualité peut nécessiter une consommation plus importante en quantité, ce qui peut provoquer une irritation causée par l’augmentation de matière non-cannabinoïde ingérée, telle que le monoxyde de carbone, le cyanure d’hydrogène et les nitrosamines.

Qu’est-ce que l’asthme ?

Pour mieux appréhender le rôle possible des cannabinoïdes dans le système respiratoire et leur efficacité potentielle pour lutter contre l’asthme, il est en premier lieu opportun d’étudier brièvement l’asthme lui-même — quelle est sa cause, et quels sont les processus du corps humain qui dysfonctionnent chez les sujets atteints.

Diagramme illustrant la différence entre un tube bronchique sain et un autre atteint d'asthme aigu
Diagramme illustrant la différence entre un tube bronchique sain et un autre atteint d’asthme aigu

L’asthme est une inflammation chronique dont la prévalence dans le monde a connu une progression rapide depuis les années 1970, probablement en raison de l’intensification de l’urbanisation et de la tendance vers une monoculture dans le domaine de l’agriculture. Parmi les symptômes figurent l’essoufflement, la toux et la sensation de raideur dans la poitrine. Chez de nombreux malades, les crises aiguës peuvent survenir après de longues périodes de stabilité, et peuvent être fatales si aucun traitement bronchodilatateur (comme l’utilisation d’un nébuliseur) n’est prescrit urgemment.

Facteurs environnementaux et génétiques

On considère que l’asthme est le fruit d’une combinaison de facteurs environnementaux et génétiques. Les déclencheurs environnementaux supposés incluent les polluants, les allergènes tels que les acariens ou la moisissure, la fumée de tabac et l’exposition à des substances potentiellement dangereuses comme le formaldéhyde ou les phtalates que l’on trouve dans le PVC. L’asthme se développe habituellement au cours de l’enfance, et les cas diagnostiqués après l’âge de seize ans surviennent souvent en réaction à des facteurs environnementaux ou professionnels.

Le caractère héréditaire de l’asthme a été démontré, et diverses études ont permis d’isoler des gènes ou des groupes de gènes supposés jouer un rôle important dans cette maladie. 25 gènes ont été liés à l’asthme, dont un grand nombre ont trait à la réponse immunologique, en particulier la régulation de l’inflammation.

La nature complexe de la relation entre les facteurs génétiques et l’environnement est soulignée par l’exemple suivant : le polymorphisme du nucléotide simple est une variante génétique connue associée à l’asthme, présente dans le gène CD14 ; cependant, cette variante ne déclenche l’asthme que lorsqu’elle est couplée à une exposition à une endotoxine comme le tabac ou les phanères d’animaux.

L’importance des changements épigénétiques

Les différents dispositifs bronchodilatateurs couramment utilisés
Les différents dispositifs bronchodilatateurs couramment utilisés

À l’instar des variantes affectant les gènes codés dans l’ADN comme le CD14 (qui est situé sur le chromosome 5), les changements épigénétiques pourraient être un facteur important expliquant l’augmentation de la prévalence de la maladie au plan mondial. L’épigénétique désigne les changements héréditaires, mais non génomiques du phénotype cellulaire humain ; c.-à-d. ceux n’affectant pas la séquence ADN elle-même.

Il a été démontré que les mécanismes épigénétiques exercent une influence sur la différenciation lymphocytaire T ; il est possible que les changements héréditaires de ces cellules soient cruciaux dans le développement de l’asthme, car ils jouent un rôle primordial dans la réponse immunitaire. Cela pourrait expliquer que la prévalence de l’asthme n’a pas été constante tout au long de l’histoire de l’humanité : il y a peu de chances pour que l’expression phénotypique des changements du génome disparaisse et réapparaisse dans le temps, mais les changements épigénétiques peuvent s’expliquer plus facilement, car ils peuvent survenir et se reproduire en réaction à des changements environnementaux.

Méthylation de l’ADN

La méthylation de l’ADN (processus par lequel un groupement méthyle est ajouté à une base cytosine ou adénine de l’ADN) est un exemple bien connu de changement épigénétique, que l’on trouve notamment dans la majorité des espèces eucaryotes. La méthylation de l’ADN survient au cours du développement normal chez les mammifères, et joue un rôle primordial pour déterminer la nature des nouvelles cellules, leur rôle dans le corps et l’expression des gènes qu’elles contiennent. Les facteurs environnementaux extrinsèques tels que l’alcool, le tabac ou l’amiante peuvent conduire à une hyperméthylation ou à une hypométhylation, l’une ou l’autre pouvant affecter la capacité de la cellule à se diviser normalement.

La cytokine, la division et la différenciation cellulaire T

On suppose que, chez l’humain, la méthylation de l’ADN de gènes cruciaux pour la division et la différenciation cellulaires T peut soit écarter ou aboutir directement au développement d’un phénotype allergique. Toutefois, jusqu’à ce que de nouvelles recherches soient entreprises, notre compréhension de ce phénomène demeure incomplète. Le rôle des cellules T est largement connu, mais pas encore totalement compris. On suppose que l’hypersensibilité des cellules T (qui jouent un rôle crucial dans la régulation de l’inflammation) est largement responsable du développement de la maladie.

Le rôle du système endocannabinoïde dans l’asthme et la réponse immunologique en général revêt un grand intérêt pour les chercheurs, mais il reste encore beaucoup à faire pour décrire précisément les processus individuels en œuvre. Il a été démontré que le THC et le CBD inhibent la production de cytokine et d’interleukine 10 (un agent anti-inflammatoire) dans les cellules T in vitro, ce qui peut être déterminant dans le développement d’inflammations du poumon telles que l’asthme.

Réponse individuelle variable au cannabis

Étant donné que certaines personnes ont manifesté une réponse allergique définitive au cannabis, il est clair que la biochimie en jeu est variable suivant les individus concernés. Pour les personnes asthmatiques souhaitant expérimenter le cannabis médical, il est conseillé de réclamer un test cutané pour déterminer toute sensibilité sous-jacente. Pour fumer en toute sécurité du cannabis pour soulager les symptômes de l’asthme, il peut être avantageux de choisir des variétés très puissantes afin de minimiser la quantité globale de matière fumée et le risque d’irritation du poumon.

 

 

Commentaires

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Jardiman

Et utiliser un vaporisateur surtout, ça change la vie et à des fins médicinales c'est quasi indispensable je trouve ! (Et je suis asthmatique...)

06/06/2014

Victor

Bonjour. Voilà je suis asthmatique depuis toujours et récemment j'ai essayé sérieusement la consommation de cette substance, de bonne qualité, pour me détendre et calmer mon asthme. Mon ami étant épileptique en consomme aussi pour calmer sa maladie et quelques questions s'imposent.
Tout d'abord qu'elles " races" sont susceptible de combattre l'asthme puis l'épilepsie?
Qu'elles sont celles qui sont susceptibles d'aggraver ces deux maladies ?
Est-il préférable d'en consommer en achetant plutôt qu'en demandant une prescription médicale ?
De quoi l'herbe médicale est-elle composée et est-elle soit disant modifiée ?
Merci pour cet article intéressant et potentiellement utile :)

08/10/2014

Silent Jay

Bonjour Victor,

Il existe de nombreux sites dédiés aux variétés de cannabis et leurs applications médicinales. Mais il existe aussi beaucoup trop de variétés pour qu'un seul site puisse les rassembler toutes. Une recherche google basée sur votre condition ou celle de votre ami(e) est la meilleure solution !
Par ailleurs, nous vous conseillons de vous tourner vers des associations telles que l'UFCM - http://ufcmed.org/ si vous vous trouvez en France ou "à proximité", compte tenu de leur contact permanent avec des patients.
Si vous vous trouvez en revanche dans un pays dans lequel vous pouvez obtenir une ordonnance, parlez-en à votre médecin !
Le cannabis contaminé ou simplement coupé avec d'autres substances n'est pas rare dans le commerce illégal ... déconseillé dans l'absolu donc.

Merci pour votre commentaire, et bonne chance dans vos recherches.

14/10/2014

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