by Seshata on 29/01/2015 | Consommation

Pourquoi certaines personnes consommant du cannabis pour la 1e fois se sentent « coincées » dans un high ?

Coincé(e) En ligne, on peut trouver de multiples rapports anecdotiques de personnes qui ont essayé le cannabis et se sont retrouvées « coincées dans une boucle », dans un état de conscience modifié qui pouvait durer des jours, des semaines, des mois même, après n’avoir fumé qu’un seul joint. Qu’est-ce qui explique ce phénomène, qui en est donc affecté ?


Les agréments et désagréments persistants

Certains utilisateurs rapportent que les effets positifs qu’ils ressentent perdurent plus longtemps que la normale. Cependant, beaucoup plus d’utilisateurs ont une mauvaise expérience lors de leur première expérience avec le cannabis, et les effets persistants sont souvent troublants et désagréables.

En premier lieu, il importe de mentionner que ce n’est qu’une petite minorité de néophytes qui ont cette expérience désagréable. Pour l’instant, on ne connaît pas le nombre exact de personnes affectées, puisqu’il n’existe pas encore de données officielles en matière de cannabis. Cependant, la situation devrait s’éclaircir sous peu alors que progresse la légalisation du cannabis.

Consommateurs qui se sentent encore high le lendemain

Il semblerait qu’il soit courant pour les néophytes de consommer en une séance une grande quantité de cannabis, d’aller se coucher et de se réveiller se sentant encore high. Pourtant, les effets du cannabis durant généralement de deux à quatre heures, une bonne nuit de sommeil est suffisamment longue pour que le corps ait le temps de dégrader le THC et que l’état de conscience revienne à la normale.

Il est important ici de différencier les gens qui se réveillent avec une gueule de bois de ceux qui affirment se sentir subjectivement high. Les premiers se sentent plutôt somnolents, fatigués et à moitié endormis.

Ce sentiment léthargique peut être lié au fait que le cannabis réduit la durée du sommeil paradoxal (un important stade du sommeil durant lequel surviennent les rêves et qui permet de rafraichir et de réparer divers mécanismes cérébraux), et semble être un phénomène différent de celui où les gens affirment se sentir encore high.

En effet, ceux qui ressentent véritablement un high persistant ont le sentiment d’être « dans un rêve éveillé », « gelés », « amplement comblés », « enchantés », des impressions somme toute positives et agréables.

Comment expliquer que les bienfaits persistent durant des jours ?

1e fois avec le cannabis et « coincé(e) » dans un high ?

Dans la plupart des cas, les effets persistent jusqu’au lendemain, mais certaines personnes rapportent également des effets persistant des jours. Parmi elles, un individu a rapporté s’être senti « gelé » durant plus de six jours après avoir fumé du cannabis ; un autre s’exalte de l’expérience délicieuse qui a subsisté le lendemain d’avoir fait un premier usage « très psychédélique » de cannabis.

On ne connaît pas encore les raisons qui expliquent pourquoi la première expérience de certaines personnes est suivie d’un high subjectif qui persiste durant des jours. Il est possible que dans leur cas, la conversion dans le foie du THC en différents métabolites (ensuite expulsés dans l’urine) se produise plus lentement, ce qui fait en sorte que le THC circule plus longtemps dans le système sanguin, et qu’il ait plus de chance de se retrouver au cerveau et d’y rencontrer les récepteurs CB1, causant des effets psychoactifs.

Une autre explication pourrait être liée à la voie d’administration. Par exemple, manger des aliments contenant du cannabis retarde souvent le moment auquel le niveau de THC sanguin est à son plus haut, en raison de la dilution des cannabinoïdes dans le gras de l’aliment.

Lorsque le cannabis est fumé, vaporisé ou administré sous la langue à l’aide d’un vaporisateur, les cannabinoïdes entrent directement dans le système sanguin via les muqueuses de la bouche ; par opposition, ils se libèrent beaucoup plus lentement lorsqu’ils sont contenus dans du gras et qu’ils intègrent le système sanguin via le tube digestif. De plus, puisque le THC s’accumule dans les tissus adipeux (le gras), il est possible que les personnes avec plus de tissus adipeux ressentent les effets de la « libération retardée » du THC.

Mais qu’en est-il des effets négatifs persistants ?

1e fois avec le cannabis et « coincé(e) » dans un high ?

Les personnes qui énumèrent les effets négatifs qui persistent à la suite de leur première consommation de cannabis utilisent des termes aussi accablants qu’« anxiété », « paranoïa », « panique », « confusion », « désorientation » et « dépersonnalisation ». Encore une fois, la plupart de ces personnes rapportent ressentir ces désagréments durant les jours ou les semaines qui suivent immédiatement leur consommation de cannabis, pour ensuite se sentir de nouveau normales.

Toutefois, un nombre quand même important de personnes rapportent des effets négatifs ayant perduré des semaines, voire, des mois. Dans de rares instances, la perturbation était telle que les personnes affligées ont dû avoir recours à des traitements psychiatriques.

À l’occasion, ces rapports anecdotiques d’effets négatifs persistants incluent l’apparition de pensées suicidaires et le désir de s’automutiler. Il est toutefois délicat d’établir un lien de causalité entre la consommation de cannabis et le suicide, puisqu’il est très probable que les gens rapportant de tels effets souffrent déjà de troubles mentaux, ou soient à risque. Quelques études ont associé l’usage de cannabis à un risque plus élevé de suicide, alors que d’autres études ont noté que dans certains Etats américains, les taux de suicide avaient diminué depuis l’instauration de programmes de cannabis médical.

La vérité se situe probablement quelque part entre ces deux extrêmes. L’usage de cannabis peut entraîner, chez certains individus prédisposés, l’apparition de pensées suicidaires ; en revanche, la plus grande incidence de suicide engendrée par les douleurs chroniques ou les maladies intraitables dont souffrent un grand bassin de population est diminuée, voire, éliminée, lorsque ces gens peuvent bénéficier des effets du cannabis médicinal.

Pourquoi certaines personnes ressentent-elles ces effets négatifs ?

1e fois avec le cannabis et « coincé(e) » dans un high ?

Il s’agit d’une question compliquée à laquelle la science s’efforce de répondre depuis des décennies. C’est aussi une question directement liée à l’étude générale du cannabis et des effets qu’il a sur la santé mentale ; un domaine de recherche largement biaisé et politisé. Il est donc difficile d’obtenir une réponse claire, d’obtenir toute réponse, en raison du fait que nous sommes encore loin de posséder toutes les connaissances en la matière.

Il est intéressant de noter que William Novak écrit dans son livre (1980) High Culture: Marijuana in the Lives of Americans que « les effets paniquants du cannabis sont statistiquement minuscules, mais ils existent – tout particulièrement lors de la première expérience… Mais la vaste majorité des premières expériences sont neutres ou plaisantes ».

Bien que les premières expériences négatives demeurent isolées, les rapports actuels semblent indiquer une incidence à la hausse. Après tout, la majorité des fumeurs réguliers connaissent tous une ou deux personnes dont la première expérience avec le cannabis n’a pas été très joyeuse. Ce phénomène peut être associé au taux élevé de THC comparativement au CBD et à d’autres cannabinoïdes et terpènes qui a commencé à marquer les variétés commerciales depuis les dernières décennies. Il peut aussi être la conséquence de résidus chimiques que contient le cannabis mal cultivé.

Un taux plus élevé de THC peut être en cause

Alors que le marché occidental du cannabis a définitivement remplacé les variétés d’extérieur importées et à faible taux de THC (et ne contenant pas, ou presque, de pesticide) par du cannabis d’intérieur dont la culture est fortement dépendante de fertilisants commerciaux et de produits chimiques, le taux de THC et les traces de résidus chimiques ont incontestablement augmenté au cours des dernières décennies.  Les variations dans le temps de résidus chimiques trouvés dans le cannabis ne sont pas connues, mais l’augmentation du THC est bien documentée.

L’élaboration et la mise en marché de variétés de plus en plus puissantes en occident ont causé une augmentation drastique du taux de THC. Le marché est à présent rempli de ces variétés super puissantes. On entend même parler de variétés contenant jusqu’à 35 à 40 % de THC (bien qu’il pourrait s’agir d’un mythe), alors qu’en 1980, le taux moyen de THC se situait aux alentours de 2 à 3 %.

À l’heure actuelle, le taux moyen de THC n’est pas de 35 %, mais il est certainement plus élevé que 3 %. En 2008, l’ONUCD rapportait un taux moyen d’environ 10 % ; au Colorado aujourd’hui, la moyenne se situe autour de 18,7 % !

Le THC semble véritablement causer des psychoses passagères

1e fois avec le cannabis et « coincé(e) » dans un high ?

Tant de preuves lient le THC aux psychoses passagères qu’il serait stupide d’ignorer ce fait. Bien peu de preuves fiables indiquent que le cannabis cause des maladies psychiatriques persistantes, mais il en existe certainement qui indiquent que l’administration massive de THC déclenche un état qui ressemble beaucoup à la psychose passagère.

Il est probable que chez certains individus plus susceptibles (pour des raisons liées à des facteurs génétiques ou de santé, par exemple), le cannabis peut déclencher un état psychotique qui dure quelque temps. Dans la plupart des cas, cet état disparaît éventuellement, mais chez certaines personnes à risque, cet état déclenché par le THC peut provoquer l’apparition d’une maladie mentale déjà présente mais non exprimée.

Chez ces individus prédisposés, ce n’est pas le THC qui cause la maladie mentale ; elle s’exprimerait tôt ou tard, seulement, le cannabis en a accéléré l’apparition. Donc, le THC ne peut être véritablement accusé de causer des maladies mentales, mais le fait qu’il provoque des effets passagers similaires à la psychose revêt une grande importance du point de vue de la recherche.

Quelles sont les preuves qui indiquent que le THC cause la psychose ?

Faisons un survol des preuves à cet effet. La plupart des études qui associent la consommation de cannabis au développement de maladies psychiatriques permanentes souffrent de nombreuses failles, la première étant qu’elles sont souvent conçues pour n’analyser qu’une seule variable dans le temps, et que ce faisant, elles ne peuvent considérer adéquatement les facteurs de confusion qui pourraient causer l’apparition des maladies en question. En revanche, une foule d’études ont démontré que l’administration de THC pouvait souvent causer une réaction immédiate et passagère très similaire à la psychose.

Un rapport iranien sur les narcotiques datant de 1972 fait mention d’un policier qui, n’ayant aucun antécédent de psychose, est « tombé dans un violent état d’excitation et de délires paranoïaques, se débattant pour saisir sa carabine pour tirer sur un assaillant imaginaire » après avoir bu « une boisson de bhang ».

Ensuite, en 2005, il y a état de deux études de cas de « psychose cannabique aiguë » : deux individus, tous deux consommateurs « réguliers bien qu’occasionnels », ont rapporté une expérience de « dépersonnalisation, de sentiments de paranoïa et de déréalisation » après l’administration orale de THC. Le lendemain, les deux sujets se sentaient « bien » et ne ressentaient aucun effet persistant.

Une autre étude datant de la même année note que « même les sceptiques reconnaissent que le cannabis peut induire des symptômes psychotiques qui s’estompent rapidement et disparaissent complètement ». Toutefois, cette étude a établi un lien étroit entre la psychose cannabique et l’apparition éventuelle de schizophrénie paranoïde, étayant l’hypothèse que la psychose cannabique peut déclencher l’apparition de conditions préexistantes.

Un excellent examen de la documentation existante sur le cannabis et la psychose aiguë a été publié en 2009. On peut y lire que « généralement, ces symptômes psychotiques sont transitoires (d’une durée de quelques minutes ou quelques heures), mais que certains rapports font mention de symptômes persistant des semaines… les réactions psychotiques graves sont rares, et plus susceptibles d’affecter les individus possédant des prédispositions psychotiques ».

Devriez-vous vous inquiéter de votre consommation ?

1e fois avec le cannabis et « coincé(e) » dans un high ?

Nous insistons sur le fait que ces désagréments persistants sont rares, et que la majorité des premières expériences avec le cannabis sont plaisantes. De plus, même si vous ressentez les effets ci-haut décrits, il est important de garder son calme et de rationaliser la situation.

Les sentiments d’anxiété, de paranoïa et de dépersonnalisation ressentis par les personnes qui essaient pour la première fois le cannabis sont généralement temporaires et normalement associés à la consommation de substances psychoactives puissantes. Plusieurs se demandent aussitôt s’ils ont perdu la raison ; toutefois, ils n’ont qu’à se rappeler qu’il s’agit plutôt d’une réaction normale à une substance forte, à être conscients qu’ils n’ont pas perdu la raison et que tout rentrera dans l’ordre aussitôt que s’estomperont les effets. Cette rationalisation accélèrera-t-elle le processus de retour à la normale ? La réponse n’est pas connue, mais ce qui est certain, c’est qu’une telle attitude apaise l’état de panique et de peur pendant la durée des effets négatifs.

Si cependant votre état ne s’améliore pas après quelques jours, il est préférable de rechercher une aide psychiatrique puisque votre condition pourrait être révélatrice d’une condition préexistante. Encore une fois, si tel est le cas, il ne faut pas assumer que le cannabis est responsable d’avoir causé le trouble ; il est possible que cette modification temporaire de la conscience n’ait que provoqué son apparition.

Il est possible de réduire le risque qu’apparaissent des symptômes psychotiques en optant pour des variétés de cannabis à haute concentration en CBD, composés reconnus pour contrer les effets psychoactifs du THC. Ce facteur est probablement le plus déterminant, bien qu’un environnement apaisant, un estomac plein, une bonne hydratation et un esprit lucide soient également importants lors de votre première expérience avec le cannabis.

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