Qui finance la recherche sur le cannabis aux USA ?

Malgré l’intérêt croissant pour les avantages thérapeutiques du cannabis, il peut être difficile de trouver des fonds pour de nouvelles recherches. Le financement par le gouvernement fédéral semble largement consacré à l’étude des aspects négatifs du cannabis, alors que les études axées sur ses avantages potentiels sont empêchées. Cependant, il y a des signes de changement.


Malgré l’intérêt croissant pour les avantages thérapeutiques du cannabis, il peut être difficile de trouver des fonds pour de nouvelles recherches. Le financement par le gouvernement fédéral semble largement consacré à l’étude des aspects négatifs du cannabis, alors que les études axées sur ses avantages potentiels sont empêchées. Cependant, il y a des signes de changement.

DEA, NIDA et cannabis cultivé au niveau fédéral

Un organisme souvent impliqué dans la manipulation du financement de la recherche à des fins politiques est l’Institut national sur l’abus de drogues (National Institute on Drug Abuse ou NIDA). Cet organisme contrôle tout le cannabis utilisé dans les essais cliniques autorisés – et comme cela a été largement signalé il y a quelques mois, les quantités fournies viennent de passer de 20 kg à 650 kg par an – mais il a été mandaté par le parlement américain pour étudier les conséquences négatives de l’abus de drogues, plutôt que les avantages potentiels de la drogue pour la santé humaine. Par conséquent, la coordination d’une recherche médicale positive sur le cannabis ne fait tout simplement pas partie de ses attributions, selon la ligne officielle – bien que cette position ait été très critiquée et semble ne pas pouvoir tenir beaucoup plus longtemps.

La DEA et le NIDA se sont opposés pendant des années à la recherche favorable au cannabis médicinal, mais leur point de vue pourrait maintenant s’affaiblir.
La DEA et le NIDA se sont opposés pendant des années à la recherche favorable au cannabis médicinal, mais leur point de vue pourrait maintenant s’affaiblir.

En raison de la classification du cannabis comme stupéfiant de classe I, les chercheurs qui souhaitent étudier le cannabis doivent faire une demande d’autorisation auprès de l’Agence américaine de lutte contre les drogues (Drug Enforcement Agency ou DEA), puis demander l’accès au cannabis cultivé au niveau fédéral et contrôlé par le NIDA. Dans la pratique, cette procédure se heurte à certains problèmes aussi bien financiers que politiques, ce qui a pour résultat d’entraver considérablement la recherche sur le cannabis.

En majeure partie, ces problèmes sont causés par la DEA et le NIDA eux-mêmes. Dans les années 1990, ces deux organismes ont refusé des demandes réitérées du Dr Donald Abrams, professeur à l’Université de Californie, en vue d’obtenir des autorisations et du matériel pour étudier le rôle éventuel du cannabis dans le contrôle du syndrome cachectique lié au VIH. Sa recherche préliminaire a été approuvée par l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (Food and Drug Administration ou FDA) et plusieurs autres organismes de régulation, cependant ses demandes ont été bloquées jusqu’en 1998, année où elles furent finalement approuvées par ces deux organismes.

L’impasse FDA/NIDA

La DEA est la première section anti-narcotiques aux USA et a tout intérêt à maintenir l’illégalité du cannabis.
La DEA est la première section anti-narcotiques aux USA et a tout intérêt à maintenir l’illégalité du cannabis.

Les problèmes auxquels le Dr Donald Abrams a été confronté n’étaient pas des cas isolés ; plusieurs autres groupes de recherche ont vu leurs demandes différées ou rejetées de façon injustifiée. En 2011, la FDA a approuvé un essai clinique mené par l’Université d’Arizona et financé par l’Association multidisciplinaire pour les études psychédéliques (MAPS), étudiant le potentiel du cannabis pour traiter les symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT). L’essai est ensuite resté en attente pendant près de trois ans, après que deux ou trois étapes de test aient été menées à bien, en raison du refus du NIDA de fournir aux chercheurs le cannabis médicinal requis par la FDA.

Dans un revirement inattendu en mars 2014, le ministère américain de la Santé (Department of Health and Human Services ou HHS) a approuvé l’approvisionnement de cannabis cultivé au niveau fédéral pour l’étude sur le TSPT. Dans un communiqué, la MAPS remarquait que l’organisation a « travaillé pendant plus de 22 ans pour mettre en place la recherche sur le développement de médicaments à base de marijuana » et que c’est la première fois qu’une décision est prise en leur faveur.

Cannabis fédéral à l’Université du Mississippi

Actuellement, tout le cannabis disponible pour la recherche médicale est contrôlé par le NIDA et produit dans une ferme appartenant à et gérée par l’Université du Massachusetts. Diverses parties prenantes ont tenté d’étendre les équipements de culture autorisés au-delà de ce seul établissement, notamment en présentant à l’université une pétition soumise par un ingénieur agronome, Lyle Craker. La DEA se charge de traiter ces demandes et, malgré une recommandation faite en 2007 par l’un de ses propres juges, Mary Ellen Bittner, toutes les pétitions de ce type ont été jusqu’à présent rejetées.

En mai 2014, la DEA a publié un communiqué dans le Registre fédéral pour indiquer qu’elle allait augmenter la production annuelle de cannabis de 21 kg à 650 kg, en raison de la demande accrue de la part des chercheurs. Si peu de temps après avoir prononcé un jugement favorable à l’Université d’Arizona, c’est un signal fort que les organismes gouvernementaux concernés se rapprochent d’une forme d’acceptation du cannabis et que les obstacles inutiles au financement pourraient bientôt appartenir au passé.

Quels autres organismes jouent un rôle dans le financement du cannabis ?

Tout le cannabis fourni par le NIDA à des fins de recherche est cultivé dans un site de l’Université du Michigan.
Tout le cannabis fourni par le NIDA à des fins de recherche est cultivé dans un site de l’Université du Michigan.

En plus que de fournir lui-même du cannabis, le NIDA est aussi responsable de la coordination et de l’allocation des fonds fédéraux pour les efforts de recherche et dirige un certain nombre d’études uniquement financées par eux en collaboration avec l’Université de Columbia. Entre 2003 et 2012, ces deux organisations assumaient chacune la responsabilité de 65 projets de recherche ; elles avaient reçu respectivement 32 millions de dollars et 16 millions de dollars de financement fédéral. Bien que n’ayant réalisé que 52 études, l’Institut psychiatrique de New York a reçu la plus importante allocation fédérale, d’un montant de 45 millions de dollars.

En plus du financement direct de ces 65 études, le NIDA a aussi administré au total 1 837 projets et supervisé la répartition de 713 millions de dollars entre les différents projets. Selon le NIDA, la majorité des projets étaient consacrés à l’évaluation des risques du cannabis, y compris son impact potentiel sur les fonctions cérébrales, ainsi qu’au développement de la prévention des abus et de stratégies de traitement.

Toutes les études consacrées au cannabis ne se valent pas

Bien qu’il y ait eu des recherches importantes sur le cannabis médicinal, il y a eu très peu d’études correspondant aux normes d’excellence pour des essais cliniques – les essais cliniques contrôlés. Pour qu’une demande concernant un nouveau médicament expérimental parvienne seulement à ce stade de test, la FDA doit examiner des données précliniques existantes avant de donner son accord à des tests cliniques sur des humains. Suivent trois phases de tests cliniques sur les êtres humains, le premier étant généralement à petite échelle et mené uniquement sur des volontaires en bonne santé afin de garantir leur sécurité. Si la phase 1 de test ne fait pas apparaître une toxicité inacceptable, des tests contrôlés plus étendus peuvent être menés au cours des phases 2 et 3.

La majeure partie de la recherche consacrée au cannabis est préclinique, dans la mesure où elle est menée sur des animaux ou in vitro au sein d’un laboratoire ; quelques recherches précliniques peuvent aussi prendre la forme d’un modèle informatique, par exemple l’étude de systèmes de signalisation neurotransmetteurs dans le cerveau. Seules une vingtaine des mille études disponibles en ligne sont des essais cliniques contrôlés. L’échec de la plupart des recherches précliniques sur le cannabis à devenir des tests cliniques est le principal problème, un problème qui ne peut pas être seulement expliqué en décrétant que les études ne méritaient pas de recherches plus poussées.

Les docteurs considèrent comme indésirables les restrictions relatives au cannabis

Le corps médical a exprimé à plusieurs reprises des objections à l’interdiction du cannabis. Lorsque les législateurs ont développé et mis en place en 1937 la loi fiscale sur la marijuana (Marihuana Tax Act), l’Association médicale américaine (American Medical Association ou AMA), la plus grande organisation représentant des docteurs aux USA, figurait parmi les opposants les plus virulents.

La recherche médicale est entièrement basée sur des essais cliniques contrôlés mais seule une vingtaine ont été menés sur le cannabis.
La recherche médicale est entièrement basée sur des essais cliniques contrôlés mais seule une vingtaine ont été menés sur le cannabis.

En 2009, l’AMA a appelé à un réexamen de la classification du cannabis comme stupéfiant de classe I, qui catégorise la drogue comme n’ayant aucune valeur médicale, aucun usage accepté en médecine et comme représentant un risque élevé d’abus. Le Collège des médecins américains (American College of Physicians ou ACP), la seconde organisation de médecins aux USA, a aussi récemment appelé à la suppression des sanctions pénales pour les docteurs qui prescrivent du cannabis et pour les patients qui le consomment.

De même que l’AMA et l’ACP, diverses autres organisations scientifiques de premier plan telles que les Instituts nationaux de santé (National Institutes of Health ou NIH) et l’Institut de médecine (Institute of Medicine ou IOM), ont fortement recommandé la révision des politiques existantes et le retrait du cannabis de la classe I de la liste des substances contrôlées.

La FDA et la DEA sont-elles finalement sur le point de reclasser le cannabis ?

Maintenant, en réaction à une demande de la DEA, la FDA a mis en œuvre le processus visant à réexaminer la place du cannabis sur la liste des substances contrôlées. Alors qu’une telle initiative de la part de la DEA semble sans précédent, l’organisme a présenté des demandes similaires au moins deux fois auparavant, une fois en 2001 et de nouveau en 2006, à chaque fois à la suite de pétitions présentées par des membres du public. À chaque fois, la FDA a étudié les preuves disponibles et décrété que le cannabis devait demeurer une substance de Classe I.

Le rôle précis des organismes respectifs à l’époque n’est pas clair et peut-être même compliqué à l’excès, dans le but de garder le public sous-informé et par conséquent incapable d’aborder facilement ces questions.

La DEA est la principale agence chargée de réguler et de faire appliquer la loi sur les substances contrôlées, alors que la FDA et le NIDA fournissent conjointement à la DEA des analyses des substances contrôlées et des recommandations sur leur régulation. Le HHS, qui est l’organe gouvernemental responsable du développement et de la mise en œuvre des services de santé publique, demande généralement un examen d’une substance contrôlée par la FDA ; les résultats de cet examen fournissent la base pour la classification recommandée exprimée ensuite par la DEA. La DEA étudie la recommandation et mène des examens supplémentaires avant de procéder à la classification définitive.

Financement par l’état au Colorado

Désillusionnés par l’absence d’action fédérale sur le financement du cannabis, certains États ont mis en place de leur propre initiative des systèmes de financement pour aider à faire accélérer la recherche et faire approuver un plus grand nombre de thérapies basées sur le cannabis. Au Colorado, les responsables politiques ont récemment approuvé le projet de loi 155 du Sénat, qui prévoit l’établissement d’un budget annuel de 10 millions de dollars pour financer la recherche clinique et la recherche empirique consacrées au cannabis médicinal. Un conseil consultatif composé d’experts médicaux et de professionnels de la santé va aussi être mis en place pour étudier les propositions et allouer des fonds en conséquence.

Le magnat des casinos Sheldon Adelson a financé aussi bien des recherches favorables au cannabis que des groupes opposés à la légalisation du cannabis thérapeutique.
Le magnat des casinos Sheldon Adelson a financé aussi bien des recherches favorables au cannabis que des groupes opposés à la légalisation du cannabis thérapeutique.

Le fond sera alimenté par les impôts prélevés sur des entreprises légales de production de cannabis. Les responsables politiques du Colorado espèrent qu’en s’engageant à financer une recherche objective et empirique sur le cannabis médicinal, l’état deviendra un leader national de la recherche sur le cannabis. Alors que depuis la légalisation du cannabis à usage récréatif, les chiffres des ventes dans le Colorado ont été extrêmement positifs, cette stratégie va certainement se révéler populaire à l’avenir, dans la mesure où le cannabis bénéficie généralement d’un soutien grandissant.

Financement par l’état en Californie

Hormis le Colorado, seule la Californie a traditionnellement réservé une part du budget annuel de l’état au financement de la recherche relative au cannabis. Depuis une dizaine d’années, diverses universités d’état ont reçu des fonds pour mener des essais cliniques sur le cannabis médicinal.

En 2011, le projet de loi 847 du Sénat a été approuvé par la Californie, menant à la création du Centre de recherche sur le cannabis médicinal (CMCR) de l’Université de Californie. Le Centre est chargé de coordonner les propositions de recherche relatives au cannabis médicinal et d’allouer des fonds en conséquence ; pour ce qui est des détails du projet de loi 847, il prévoit un programme sur trois ans étudiant les risques potentiels et les avantages du cannabis médicinal.

En particulier, les domaines de recherche incluront la neuropathie et les autres formes de douleurs chroniques, la perte de poids et d’appétit due au VIH et au cancer, la nausée relative au cancer, la spasticité musculaire due à la sclérose en plaques.

Les sources de financement ne savent pas toujours ce qu’elles font

Il a été rapporté récemment que le magnat des casinos basé en Floride Sheldon Adelson, bien connu pour ses contributions remarquablement généreuses aux membres du parti républicain et à des organisations apparentées, a versé 2,5 millions de dollars au Comité pour une Floride sans drogues (Drug Free Florida Committee), une organisation créée récemment pour s’opposer à la légalisation du cannabis médicinal en Floride.

Cependant, la fondation pour la recherche médicale Dr Miriam and Sheldon G. Adelson Medical Research Foundation – qu’il finance – a aussi publié en 2013 une étude indiquant que le cannabis peut réduire les souffrances causées par la sclérose en plaques. Dans cette étude, des chercheurs de l’Université de Tel Aviv et de l’Institut des Sciences Weizmann en Israël ont démontré que le CBD et le THC réduisent et évitent l’inflammation chez des souris souffrant de maladies apparentées à la sclérose en plaques.

Le 2e Amendement de Floride a pour but de légaliser la possession, la culture et la vente de cannabis médicinal afin de traiter une liste d’affections reconnues, dans le cadre d’une prescription par un professionnel de la santé agréé. Il sera pris en compte lors des élections en novembre prochain et des rapports préliminaires suggèrent que pas moins de 90 % de la population de Floride y est favorable. Le fait qu’Adelson s’oppose aussi bien à l’usage légal dans un cadre médical tout en finançant des recherches favorables au cannabis est extrêmement hypocrite et ne lui fera probablement pas obtenir beaucoup de succès auprès du public en Floride. Après tout, des neuf candidats républicains qu’il a financés pour un montant d’environ 42 millions de dollars lors des élections de 2012, huit d’entre eux ont perdu les élections.

Mise en place de fonds de financement spécifiquement consacrés au cannabis

La Fondation pour la recherche médicale d’Adelson n’est qu’un des quelque 88 000 fonds publics et privés et fondations actifs aux USA aujourd’hui et qui distribuent plus de 40 milliards de dollars chaque année dans différents buts, y compris actions caritatives, recherche et éducation.

L’industrie du cannabis s’est révélée particulièrement profitable ces dix dernières années dans les domaines où sa vente et sa consommation ont été légalisée, et certains membres-clés de l’industrie sont devenus incroyablement riches. Par conséquent, il est maintenant possible de créer un fond de bienfaisance axé sur le cannabis ou sur une organisation de ce type, financé par le capital provenant de l’industrie, et son importance devrait être évidente pour tous ceux au sein de ce secteur.

Étant donné que certaines organisations puissantes et bénéficiant d’un financement solide existent purement et simplement pour dénigrer le cannabis et d’autres substances qui ont une valeur thérapeutique indéniable, l’idée qu’il nous faut faire plus pour contrebalancer ce phénomène et faire entendre une opinion opposée est tout à fait justifiée. Cependant, il faut absolument que de telles sources de financement soient impartiales et apolitiques et ne servent pas les intérêts de certains membres de l’industrie de préférence à d’autres.

Par conséquent, l’industrie du cannabis a besoin d’un fonds qui soit tout à la fois financé et géré par des parties impartiales, et qui opère de façon transparente pour contourner toute accusation de favoritisme ou de corruption. Ce que représente l’investissement dans un tel programme, ce ne sont pas des bénéfices financiers immédiats, mais plutôt un pas important vers la légitimation intégrale des études scientifiques consacrées au cannabis par le biais de la recherche empirique, permettant ainsi à l’industrie d’atteindre de meilleurs résultats et une meilleure rentabilité.

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