by Diana on 15/07/2016 | Légal & Politique

Réécriture de l’histoire du cannabis par les Etats-Unis

Etats-Unis Il est étonnant de constater que dans un pays où le port et la vente d’armes sont permis, le thème de la légalisation totale du cannabis fasse encore écarquiller les yeux de certains. Depuis toujours, les Etats-Unis sont considérés comme le porte-parole de tous les pays de la Terre.


 

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Il est étonnant de constater que dans un pays où le port et la vente d’armes sont permis, le thème de la légalisation totale du cannabis fasse encore écarquiller les yeux de certains. Depuis toujours, les Etats-Unis sont considérés comme le porte-parole de tous les pays de la Terre. Il s’est hissé de plein droit en tant que puissance première et sert de modèle à suivre dans le monde développé. Or, nombreux sont ceux qui pensent que malgré le fait que les Etats-Unis sont à l’avant-garde dans bien des domaines, ils ont encore du chemin à parcourir en matière de réglementation de notre plante bien aimée.

Entamé depuis longtemps, le débat commence à porter ses fruits. Cela fait de nombreuses années que la légalisation du cannabis soulève la controverse, et dans les cercles de pouvoir, on ne parvient pas à se mettre d’accord sur le pour et le contre que supposerait la légalisation complète du cannabis. De nombreux pays, tel l’Uruguay, ont depuis longtemps amorcé le processus de normalisation en instaurant des lois plus flexibles et plus tolérantes à l’égard de la culture, de la possession, de la vente et de la consommation. Les Etats-Unis, sans aucun doute, tentent d’emprunter la même voie.

Différences entre la dépénalisation, la non-criminalisation et la légalisation

Avant tout, il convient d’expliquer ce qui différencie la dépénalisation, la non-criminalisation et la légalisation, concepts distincts propres aux discussions portant sur les drogues.

Dépénalisation

Lorsqu’on parle de dépénalisation, on fait référence à la procédure légale qui fait perdre le caractère pénal à une action, bien que celle-ci demeure un délit. L’avantage de cette procédure est qu’elle ne fait pas perdre l’importance du délit en question, n’empêchant pas d’archiver la cause. En effet, le caractère criminel de l’action ne disparaît pas ; on ne fait qu’y accorder moins d’importance.

Ainsi, un système où la dépénalisation est en vigueur ne permet pas aux individus de consommer des drogues en toute impunité, mais fait en sorte que la possession de petites quantités ne soit pas sanctionnée à outrance, par exemple, par des peines d’emprisonnement.

Non-criminalisation

La dépénalisation peut aboutir à la non-criminalisation de l’action en tant que telle. L’action, dans ce cas-ci la consommation de cannabis, demeure interdite et sanctionnée, mais ne représente pas un crime. Cela fait en sorte que ladite action passe du domaine pénal au domaine civil. Une sanction imposée pour consommation de cannabis serait du même ordre qu’une infraction de la route, par exemple. L’individu est sanctionné sans toutefois être considéré comme ayant commis un crime.

Légalisation

La légalisation, en revanche, change drastiquement la situation : ce qui était interdit devient permis. Cela signifie que dans certaines situations, la vente, la possession et la consommation de cannabis peuvent ne plus représenter des délits lorsqu’elles commencent à être soumises à des mesures de réglementation spécifiques.

Donc, la dépénalisation et la non-criminalisation du cannabis ne signifient pas que ce dernier devient légal, mais plutôt, qu’on impose aux consommateurs des sanctions plus tolérantes, plus flexibles et justes. La légalisation implique pour sa part l’encadrement légal et la réglementation des activités liées au cannabis.

Maintenant ces trois concepts bien distingués, on peut mieux comprendre la situation actuelle du cannabis dans le monde et aux Etats-Unis, plus particulièrement. Cette distinction entre la dépénalisation et la légalisation est importante puisqu’un certain nombre d’Etats ont déjà franchi le cap de la légalisation. Cependant, il faut aussi considérer la dépénalisation adoptée par d’autres Etats puisqu’il s’agit là d’un premier pas vers la normalisation du cannabis.

Histoire de la prohibition

Commençons par le début. Avant de se pencher sur les endroits des Etats-Unis qui ont adopté la légalisation, remontons dans le temps et posons-nous les questions suivantes : Pourquoi le cannabis est-il devenu illégal ? Que s’est-il passé ensuite ? Pourquoi ce qui était facile et courant auparavant est-il à présent compliqué et hors du commun dans plusieurs endroits ?

Effectuons un petit voyage dans le temps pour survoler l’histoire de la prohibition aux Etats-Unis.

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Il y a très longtemps, la plante de cannabis ne représentait qu’une source inépuisable de bienfaits et de ressources. Que s’est-il passé ?

Le processus de prohibition s’est amorcé simplement en vertu du fait que, à l’instar de bien d’autres choses qui ont marqué l’histoire, le cannabis a commencé à gêner la classe des riches et des puissants.

La fameuse Marihuana Tax Act de 1937 est connue de tous, et ses conséquences sont encore tangibles aujourd’hui. Puisque son introduction a marqué le premier pas vers une prohibition insensée, remontons en arrière et examinons les circonstances qui l’entourent.

Selon l’histoire, Randolph Hearst, un célèbre magnat de la presse, perdit beaucoup d’argent lorsque débutèrent les premières cultures de chanvre. Hearst s’était jusqu’alors investi dans la production de papier jusqu’au moment où ses voisins mexicains commencèrent à cultiver le chanvre, ce qui affecta le marché. Il perdit beaucoup d’argent, mais aussi des terres et surtout, une grande partie de son commerce.

Comment est-ce possible qu’on enlevât ce qui appartenait à certains citoyens de « seconde classe » ? Évidemment, Hearst n’allait pas permettre cette concurrence. Il commença donc à attaquer le cannabis dans les périodiques qu’il publiait lui-même. Il savait très bien qu’en dépeignant la plante comme étant une drogue insidieuse et dangereuse, il allait parvenir à mettre fin à la culture concurrentielle de ses voisins. Il n’y pensa pas deux fois, et amorça une offensive facile qui allait faire mal et avoir le plus d’impact. Hearst prétendit que ceux qui fumaient le cannabis se transformaient en bêtes meurtrières, pressant le public de cesser d’y avoir recours. De plus, il échafauda des théories racistes (qu’il publia évidemment dans ses périodiques) selon lesquelles les criminels mexicains consommaient de la marijuana.  La population ouvrière, comme on le sait, est facilement manipulable, et les réactions ne se firent pas attendre. Tirant profit de l’effet domino ainsi créé, Hearst parvint à détruire toute culture de chanvre.

Bien entendu, il ne fut pas seul dans son complot. Il comptait de grosses pointures dans son camp : Harry J. Anslinger du Federal Bureau of Narcotics (FBN)(Bureau fédéral des stupéfiants), le banquier Andrew William Mellon, la famille Du Pont (qui ne connaît pas ses montres ?), et une longue liste d’hommes d’affaires du domaine des pâtes et papier. Unissant leur force, ils parvinrent évidemment à enrayer l’industrie du chanvre et tout ce qui avait à voir avec le cannabis. Avec tout le pouvoir qu’ils avaient, ils auraient pu anéantir toute industrie.

En outre, l’arrivée de l’industrie des produits pharmaceutiques – qui logiquement, du point de vue de ses intérêts financiers, voyait aussi d’un très mauvais œil le cannabis – compliqua encore plus la situation qui devint de plus en plus difficile à résoudre. La suite de l’histoire est connue de tous, et la prohibition qui se fait encore ressentir aujourd’hui n’est que la conséquence de ces faits historiques.

Il importait peu à ces quelques individus détenant tout le pouvoir que le chanvre représentait une ressource écologique, durable, résistante et bon marché. Il leur était aussi égal que le cannabis procurait des bienfaits thérapeutiques et représentait une lueur d’espoir pour ceux qui souffraient de maladies. Comme toujours, le pouvoir et l’argent étaient, et continuent d’être, ce qui dicte le monde.

Alors est survenu le changement…

Les Etats-Unis ont, presque subitement, abandonné la position archaïque qu’ils avaient jusqu’alors défendue. Voyons l’évolution de ce changement.

Année 1996. Californie

C’est la Californie qui a pris les devants d’une manière historique lorsqu’en 1996, elle devient le premier Etat à légaliser la consommation de cannabis médical. Plusieurs autres Etats décident après elle, et suivant son modèle, de légaliser aussi le cannabis médicinal.

Année 2012. Washington et Colorado.

Il a quand même fallu que passent 16 années avant que les Etats-Unis surprennent le monde entier avec grand honneur lorsqu’en novembre 2012, les Etats de Washington et Colorado prennent à leur tour les devants. Ils instaurent une première en légalisant la vente et la possession de marijuana pour usage récréatif.

Des citoyens célébrant la décision
Des citoyens célébrant la décision

Année 2014. Minnesota, Floride, New York…

Le premier janvier 2014, le Colorado commence à vendre légalement de la marijuana à des fins récréatives, instaurant par le fait même le premier marché public de marijuana au pays.

En mai 2014, le Minnesota légalise le cannabis médicinal, bien que la loi ne s’applique qu’aux extraits de cannabis.

En juin de la même année, le Gouverneur de la Floride, Rick Scott, approuve de manière définitive et immédiate un projet de loi en matière de cannabis médicinal. Malheureusement, quelques mois plus tard, faute d’obtenir suffisamment de votes, cette initiative essuie un échec cuisant et n’est pas incluse dans la constitution.

Tout de suite après la Floride, aussi en juin 2014, l’Etat de New York adopte les mêmes mesures, devenant le 23e Etat à légaliser le cannabis médicinal. Cependant, il s’agit d’une victoire quelque peu amère pour les New Yorkais qui constatent avec regret que le Gouverneur Cuomo a accompagné la loi d’une série de mesures restrictives. Reste à voir ce qui surviendra en 2021 lorsque viendra à échéance son programme médicinal.

En 2014 arrive le tour de l’Alaska, l’Oregon et Washington D.C.

Novembre 2014. Exactement deux ans après le précédent historique créé par Washington et le Colorado, l’Alaska, l’Oregon et Washington D.C. décident à leur tour de légaliser le cannabis récréatif.

L’Etat de l’Oregon a adopté la Mesure 91 légalisant la possession, la consommation et la vente de cannabis récréatif pour les personnes majeures de 21 ans et plus. Du côté de Washington D.C., les électeurs approuvent à 70 % l’Initiative 71 pour légaliser le cannabis. La mairesse Muriel Bowser annonce en direct à la télévision que la possession de marijuana sera légale à partir de 12 h 01, le jeudi 26 février 2015 dans la capitale des Etats-Unis.

Depuis, l’Initiative 71 permet aux personnes majeures de 21 ans et plus de posséder entre 50 et 60 grammes de marijuana qu’elles peuvent consommer à la maison ou dans des endroits privés, d’en partager jusqu’à 30 grammes et de cultiver jusqu’à six plants (dont uniquement trois peuvent être au stade de maturité). Il faut ajouter que cette mesure ne s’appliquera pas aux secteurs de la ville qui sont sous l’autorité fédérale, c’est-à-dire, 29 % du territoire (parcs nationaux, propriétés militaires, logements sociaux). Dans ces endroits, il demeure illégal de posséder toute quantité de marijuana, telle que le veut la loi fédérale qui interdit toujours la possession et la consommation de cannabis.

Que nous réserve 2016 : Les plans avant que se termine l’année

D’ici la fin de 2016, au moins 20 autres Etats où existent diverses initiatives militantes pourraient réglementer le cannabis. Cette possibilité sera sûrement chaudement débattue lors des prochaines élections américaines, tant attendues, qui se tiendront au mois de novembre. Les Etats qui sont passés à l’action et réglementent le cannabis médical ou récréatif s’uniront aux 35 Etats qui ont déjà légalisé le cannabis pour l’un ou l’autre de ces deux usages.

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Ce sont les Etats de la Californie, du Nevada, de l’Arizona et du Maine qui sont les plus susceptibles de légaliser avant la fin de l’année la marijuana à des fins récréatives. Comme nous l’avons mentionné, la consommation récréative de cannabis est déjà légale dans les Etats de Washington, Colorado, Alaska, Oregon et dans le District de Columbia. En fait, l’Oregon a légalisé depuis le premier juillet 2015 le cannabis médicinal et dépénalisé le transport de petites quantités depuis le premier janvier 2016.

En outre, diverses initiatives en faveur de la réglementation du cannabis (à des fins médicales, récréatives ou les deux) sont apparues dans les Etats suivants : Arizona, Arkansas, Géorgie, Idaho, Massachusetts, Michigan, Mississippi, Missouri, Montana, Nouveau-Mexique, Dakota du Nord, Oklahoma, Dakota du Sud, Utah et Wyoming.

L’Ohio s’est aussi ajouté à la liste lorsque le 8 juin 2016, le Gouverneur John Kasich a approuvé la légalisation du cannabis médicinal. La Pennsylvanie avait fait de même quelques mois seulement auparavant, le 17 avril 2016.

Les Etats qui n’ont pas encore officialisé la légalisation ou la décriminalisation ont, au moins, entamé des mesures pour amorcer le processus. Le Vermont par exemple a présenté une proposition au début de 2016 dont l’objectif est de mettre fin à la prohibition du cannabis et de légaliser la consommation récréative.

Il n’est pas étonnant de constater que, selon l’information recueillie par différents sondages américains, plus de la moitié de la population totale du pays appuie la légalisation du cannabis.

Ici, chez Sensi Seeds, nous continuons d’encourager les Etats-Unis à poursuivre leur chemin menant vers la fin de la prohibition, pour clore ainsi le dernier chapitre d’une histoire qu’ils ont eux-mêmes écrite.

Commentaires

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LRC

Bonjour à toute l'équipe de Sensi seeds et merci pour cet article très encourageant concernant l'évolution de la légalisation du cannabis aux Etats-Unis. Il est probable que si la Californie légalise le cannabis récréatif au mois de novembre, le processus de légalisation s'accélérera et s'amplifiera pur le devenir très rapidement au niveau fédéral. Cela sera un formidable tremplin pour un basculement vers la légalisation au niveau mondial.
Malheureusement, il est à craindre que la France sera parmi les derniers à légaliser. D'ores et déjà, deux sites d'information cannabiques ont été censurés: Cannabis infos et , depuis aujourd'hui 17 juillet, Chanvre info.
Chanvre info a subi dernièrement et à plusieurs reprises des piratages informatiques qui ont rendu le site accessible mais inopérationnel. À chaque fois le rédacteur de Chanvre info est brillamment parvenu à rétablir situation au prix d'un travail acharné et colossal.
C'est avec tristesse que je constate ce jour que Chanvre info est désormais totalement inaccessible car il semble avoir été purement et simplement interdit d'accès sur internet.
Je suis envahi d'un sentiment de dégoût et de colère face à la répression, la censure et la stigmatisation que l'état Français ( socialiste, qui plus est) continue à appliquer sur une partie importante de ses citoyens.
Il ne nous reste plus que les Seeds shop tels que le vôtre pour rester informés de façon objective des évolutions et de l'avancée de la légalisation ainsi que de tout ce qui a un lien avec la sphère cannabique. Il est donc crucial que vous persévériez dans la diffusion d'information en plus de votre activité de commercialisation.
Le point positif de cette situation, et que semble prouver votre article, c'est que les prohibitionnistes sentent le vent tourner et en viennent à user de tous leurs moyens pour désinformer la population du formidable basculement qui a lieu actuellement et dont le principal acteur, les États-Unis fut l'initiateur de la prohibition dont ils admettent, en légalisant état après état, que la prohibition du cannabis fut une erreur grossière et colossale en plus de se transformer en calamité en générant de la criminalité et une perte de ressources économiques pour les états.
Ne lâchons rien et mettons les bouchées doubles.
Vive le cannabis, la liberté, prospérité à Sensi seeds et bravo et merci aux cannabinophiles américains qui vont changer la face du monde.

17/07/2016

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