Chère madame Marine Le Pen, tout sauf la guerre contre le cannabis


A la lumière des résultats des élections européennes de 2014, à l’issue desquelles il a obtenu 24 sièges au Parlement, le parti français populiste Front National a récemment fait l’objet d’un intérêt plus que ravivé de la part de la population non seulement française, mais aussi d’autres pays d’Europe.
A cette occasion, une vidéo datant de l’année 2011 a resurgi des archives cannabiques. Cette vidéo montre les images studio d’une interview de Marine Le Pen, présidente du Front National, réalisée par la station de radio Europe 1. Ce fragment en particulier traite du cannabis, et de l’opinion de Mme Le Pen concernant sa dépénalisation.

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Il reste relativement courant d’entendre les politiciens français s’opposer à la légalisation ou dépénalisation du cannabis. Comme documenté par Sensi Seeds début 2014, il existe en France peu – ou pas – d’initiatives en faveur de la plante versatile pourtant reconnue par de nombreuses cultures, et désormais légale dans certains endroits du monde. Toutefois, le climat actuel concernant sa législation appelle à un revirement de situation au niveau global, auquel la France, pour le moment, ne semble pas souhaiter participer.

« On n’arrive pas à limiter le trafic parce qu’on ne s’en donne pas les moyens. »

Tout activiste cannabique qui se respecte le scandera à chaque occasion qui se présente à lui ou elle : la guerre contre la drogue est un échec sociétal cuisant. Mme Le Pen le confirme, « on est en train de perdre la guerre contre la drogue ».
Pourtant, l’angle choisi par la présidente du FN comporte une nuance : la France perdrait la guerre contre la drogue, car elle ne la mènerait en fait pas du tout.

Saisies de la douane
Saisies de la douane

Cependant, en 2012, les arrestations liées aux stupéfiants comptaient 90% d’entre elles liées au cannabis. En 2011, les dépenses gouvernementales liées à la répression, prévention et recherche quant à elles, auraient couté 916,59 millions d’euros au pays, avec 300 millions exclusivement dédiés à l’interpellation des « délinquants ». En 2013, 86 tonnes de cannabis étaient saisies par les douanes françaises, un chiffre record représentant le triple des quantités déjà importantes saisies en 2012 (24 tonnes). Bien entendu, ces chiffres n’incluent pas le cannabis saisi à l’intérieur du territoire français.
Quoi qu’il en soit, en dépit de toutes ces opérations, les français caracolent toujours dans le top 3 des consommateurs de cannabis en Europe; en 2011, 13,4 millions d’ « expérimentateurs », incluant 3,8 millions de consommateurs durant l’année, dont 1,2 millions de consommateurs réguliers.

Au vu de ces chiffres, si la guerre contre le cannabis n’était pas menée jusque-là, le citoyen français lambda pourrait venir à s’interroger sur les coûts occasionnés et les possibles conséquences dramatiques d’une guerre véritable et accomplie, comme semble le préconiser Marine Le Pen.
M. Bertrand Rambaud, patient français et activiste mis en examen pour détention de cannabis et incitation à la consommation alors qu’il bénéficie de la plante dans le cadre médical, se gausse probablement d’apprendre l’absence de participation de la France dans la guerre contre la drogue. Sensi Seeds et la foule des activistes du cannabis médicinal le soutiennent ardemment.

« Les produits sont beaucoup plus dangereux dans leur composition maintenant qu’à l’époque où Monsieur Vaillant était un peu hippie et tirait un peu sur le joint. »

Les produits circulant actuellement en France sont issus du marché noir. Certes, les taux de THC contenus dans la plante même, selon la variété, peuvent s’avérer supérieurs à ceux connus par les personnes ayant consommé du cannabis dans les années 70. Cependant, les éléments potentiellement dangereux parfois contenus dans le cannabis de contrebande n’ont généralement que peu à voir avec l’aspect psychotrope de ces produits. Dans un contexte de trafic illégal, l’intégrité des substances produites est plus que fréquemment compromise par le biais d’autres substances, qu’elles soient des drogues dures, des produits toxiques, ou autres substances pouvant s’avérer nocives pour le consommateur.
Cela explique d’ailleurs pourquoi les « hippies » français souffrant de conditions aux symptômes pouvant être soulagés par des remèdes à base de cannabis prennent généralement l’initiative de cultiver leurs propres plants, ce afin d’obtenir des produits de qualité supérieure, et entièrement naturels. Parmi les conditions pouvant être soulagées par le cannabis : cancer, sclérose en plaques, glaucome, épilepsie, VIH, et beaucoup d’autres.
Le susnommé M. Daniel Vaillant, ancien ministre et supposé hippie réformé, apportait d’ailleurs son soutien public à M. Rambaud, étant lui-même un fervent défenseur de la dépénalisation en tant que solution pragmatique comme sanitaire à la situation actuelle.

« Là où ça a été fait (i.e., la dépénalisation), ça a été dramatique, ça a été l’explosion de la drogue. »

Problèmes de santé publique

Criminalité ‘conséquence de cette absence de contrôle de soi-même’ qu’entraine la prise de drogue

Problèmes psychiatriques aggravés sur la population

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L’explosion de la drogue

Il existe quelques pays ou états américains dans lesquels la consommation et la possession de cannabis sont dépénalisées ou légalisées.
Parmi les pays ayant opté pour la dépénalisation, les Pays-Bas, qui comptent des chiffres parmi les plus bas d’Europe en termes d’usagers de drogues à problèmes, de violence, et de chômage. Le système néerlandais, cependant imparfait, a récemment fait l’objet de retours en arrière sur certains points. Notamment, des efforts ont été faits afin de contenir le tourisme de la drogue pratiqué par les ressortissants des pays voisins – une conséquence directe des politiques du cannabis répressives appliquées dans la plupart des nations européennes, et au-delà.
Quoi qu’il en soit, les consommateurs de cannabis des Pays-Bas sont moitié moins nombreux que ceux de la France (proportionnellement à la taille des territoires respectifs). De plus, la séparation des différents marchés de la drogue empêche les consommateurs de cannabis de rentrer en contact avec la sphère des drogues dures, contacts sans lesquels le passage vers des substances plus puissantes a en réalité peu de chances de se produire. En effet, la légende urbaine du cannabis en tant que drogue passerelle finit enfin par s’épuiser, à grands renforts d’études sociologiques comme médicales, au profit de la plus sage distinction entre corrélation et causalité.

Sur le front de la légalisation, l’état du Colorado a pu expérimenter son nouveau système dès le 1er janvier 2014, et les nouvelles sont bonnes. Non seulement le crime est en baisse, mais les quelques millions amassés en termes de taxes devraient clairement constituer un point positif apporté par cette industrie naissante. De très nombreuses études ont montré que le cannabis implique une dépendance bien moindre que celle occasionnée dans le cadre de la prise d’alcool, de café, de tabac ou encore de certaines drogues dures. Les craintes de certaines entités gouvernementales en termes de santé publique devraient donc être apaisées une fois le prochain rapport publié, un cadeau de fin d’année attendu que le monde cannabique activiste saura apprécier.

Chère madame Marine Le Pen, on n’arrête pas le progrès.

« C’est la solution de facilité, et une idée profondément dangereuse », nous informez-vous sur la dépénalisation du cannabis. Sera-t-elle profondément plus dangereuse que le déficit public de l’état français, alourdi par les montants déjà alloués à une guerre contre la drogue qui, pas à quelques millions près, n’existerait même pas ? Sera-t-elle plus profondément dangereuse que le cancer, première cause de mortalité en France ?
Et enfin, sera-t-elle plus dangereuse que le discours prohibitionniste, profondément ancré dans la désinformation, qui contribue à mettre des vies en danger de centaines de manières différentes ?

Chère madame Marine Le Pen, je vous souhaite presque tout le meilleur du monde. Je vous souhaite de réaliser que la vraie solution de facilité est en réalité cette guerre contre les drogues en laquelle vous semblez avoir foi. Je vous souhaite de rencontrer un jour un patient qui bénéficie des incroyables propriétés médicinales du cannabis. Je vous souhaite de partir en croisade contre les prohibitionnistes, fraichement informée, telle la Sanjay Gupta de la scène politique française. En somme, je vous souhaite moult autres choses en rapport avec votre façon de voir le monde, mais ici n’est pas l’endroit.

Pour finir, je vous souhaite donc de vous retrouver enfermée dans un ascenseur en compagnie de monsieur Snoop Dog, ou tout autre hippie de votre choix.

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