Le cannabis : remède ou pas contre la tuberculose ?

La tuberculose est une maladie respiratoire débilitante mortelle si elle n’est pas traitée. Les vaccins et antibiotiques modernes l’ont maîtrisée durant des décennies dans les pays développés, mais de nouvelles souches résistantes aux médicaments sont apparues. Le cannabis exerce des effets antimicrobiens sur la tuberculose et autres microbes similaires.

Qu’est-ce que la tuberculose ?

La tuberculose est une infection microbienne causée par diverses souches de mycobactéries (principalement la Mycobacterium tuberculosis). Les mycobactéries ont besoin d’oxygène en abondance pour survivre et se reproduire. C’est pourquoi M. tuberculosis colonise les poumons et que la bactérie de la lèpre étroitement apparentée, M. leprae, forme des amas dans les tissus épidermiques et épithéliaux. Ces tissus reçoivent l’oxygène du sang comme les autres tissus, mais peuvent aussi absorber l’oxygène de l’air.

L’infection par M. tuberculosis entraîne généralement une infection latente (asymptomatique). Cependant, de 5 à 15 % des infections mènent à une forme active de la maladie qui provoque une toux chronique, une perte de poids rapide et de la fièvre. Si elle n’est pas traitée, la tuberculose active a un taux de mortalité d’environ 66%. Avec un traitement (généralement des antibiotiques), la probabilité de décès est quelque peu réduite. Cela dit, la maladie active est difficile et prend beaucoup de temps à traiter. Le meilleur moyen de maîtriser la tuberculose consiste donc à vacciner plutôt qu’à administrer un traitement post-diagnostic.

On estime qu’environ un quart de la population mondiale est infectée par M. tuberculosis et présente une tuberculose latente ; environ 1% de la population mondiale est infectée chaque année. Il y a eu environ 10 millions de nouveaux cas de tuberculose dans le monde en 2017 (et 1,3 million de décès dus à cette maladie), soit une diminution de 2,6 % par rapport à 2016. La prévalence et le taux absolu de tuberculose sont en baisse, et des progrès considérables ont été réalisés au cours des dernières décennies. Cependant, la tuberculose multirésistante (TB-MR) constitue une menace grave et croissante.

La tuberculose résistante aux médicaments

La tuberculose multirésistante (TB-MR) se manifeste généralement lorsque les traitements antibiotiques de « première intention » » sont arrêtés ou interrompus avant que les bactéries ne soient complètement éradiquées. Dans ces cas, il reste souvent les formes les plus résistantes de la bactérie, celles dont les parois cellulaires sont particulièrement imperméables.

La TB-MR peut également survenir parce que les cellules bactériennes expriment des gènes codant pour des enzymes qui modifient les médicaments ou parce que les cellules ont subi une mutation complète. Ces bactéries résilientes se répliquent ensuite et peuvent être transmises comme avec la tuberculose normale. Cela dit, il est prouvé que les épidémies de TB-MR sont moins susceptibles de survenir chez les populations saines et sont plus fréquentes chez les personnes immunodéprimées, comme les patients atteints du VIH/sida.

Une fois qu’une infection tuberculeuse est devenue multirésistante, le taux de mortalité augmente généralement jusqu’à environ 40 %. Certains médicaments peuvent encore traiter la TB-MR, dont certaines formes de chimiothérapie, mais les effets secondaires peuvent être extrêmement débilitants. Si ces traitements de deuxième intention sont mal gérés, la TB-MR peut devenir une TB-UR ou une tuberculose ultrarésistante. Environ 10% des diagnostics de tuberculose multirésistante évolueront vers la tuberculose ultrarésistante. Bien que la TB-UR soit plus répandue en Chine, en Inde, en Russie et en Afrique du Sud, les voyages internationaux et les migrations font que des cas sont signalés partout dans le monde.

Bien que la TB-MR soit rare et que la TB-UR soit encore plus rare, ce serait un désastre si de telles souches prenaient racine dans la population en général. Le vaccin BCG standard n’est pas totalement efficace contre ces maladies (ou même contre la tuberculose  » normale « , contre laquelle on estime qu’il est efficace à environ 60-80%). Ainsi, de nouveaux vaccins et de nouvelles possibilités de traitement sont recherchés en urgence, et les gouvernements et les organisations internationales à travers le monde investissent des sommes considérables dans la recherche et le développement.

Histoire du cannabis et de la tuberculose

Dans de nombreuses régions du monde, l’usage du cannabis pour traiter la tuberculose est attesté depuis longtemps et, dans certains cas, l’usage du cannabis comme traitement traditionnel de la tuberculose persiste encore à ce jour. Mais, dans l’ensemble, la diffusion des pratiques médicales modernes a fait disparaître l’usage du cannabis dans la médecine populaire.

L’usage du cannabis comme traitement contre la tuberculose a été observé pour la première fois en Inde et semblait bien connu à l’époque de la Commission indienne des drogues à base de chanvre, en 1893-1894. La Commission avait entendu des témoignages de médecins indiens et occidentaux sur l’usage du cannabis pour traiter la tuberculose et un large éventail d’autres maladies, ce qui laissait à penser que cette pratique était également connue en Europe contemporaine. Une coutume insolite en Inde consistait à cultiver du cannabis sur le lieu de sépulture d’un cobra qui avait été tué. La plante ainsi obtenue était considérée comme possédant des propriétés médicinales exceptionnelles et était particulièrement prisée comme traitement contre la tuberculose.

Le cannabis est un composant important de la pharmacopée africaine traditionnelle et était notamment utilisé par les Zoulous d’Afrique du Sud pour traiter diverses maladies du système respiratoire, dont l’asthme, le rhume et la tuberculose, qui étaient traités par des décoctions spécialement préparées (infusions d’eau chaude). En outre, des rapports font état d’un usage traditionnel du cannabis au Mexique pour le traitement de la tuberculose.

Ainsi, les personnes atteintes de tuberculose ou de lèpre (phénomène intéressant étant donné leur étroite association) fumaient massivement du cannabis pour réduire leurs symptômes. Il semblerait que l’usage dans la médecine populaire mexicaine ait persisté jusqu’à nos jours, bien qu’à l’époque moderne, la tuberculose soit plus souvent traitée avec un extrait d’alcool de cannabis. On rapporte également que le cannabis est utilisé pour traiter la tuberculose dans la médecine populaire traditionnelle en Argentine.

Les graines de chanvre utilisées pour traiter la tuberculose en Tchécoslovaquie d’avant-guerre

La tuberculose ultrarésistante est une menace émergente, et de nouveaux pays signalent des cas chaque année.

Avant la Seconde Guerre mondiale, en Tchécoslovaquie, les graines de chanvre étaient couramment utilisées dans le cadre d’un programme de traitement destiné aux enfants atteints de tuberculose. Avant 1948 (date à laquelle l’industrie pharmaceutique tchécoslovaque a été nationalisée), un produit appelé Edezyme était disponible sur le marché. Même aujourd’hui, une formule similaire est apparemment encore produite comme remède maison dans certaines régions.

Les graines de chanvre moulues sont trempées dans du lait chaud (60-80°C) pendant au moins trente minutes, avant d’être pressées et filtrées. Ensuite, le mélange est administré au patient un jour sur deux. Chaque dose se compose d’environ 375 ml de lait et de 50 à 80 grammes de graines.

Les observations enregistrées pendant près de trente ans au Jince Sanatorium, dans l’ouest de la Tchécoslovaquie (qui fait maintenant partie de la République tchèque), indiquent que le traitement au lait de chanvre a généralement entraîné des améliorations significatives et de nombreuses guérisons, même en l’absence de tout autre médicament.

On pense que la teneur élevée en acides gras essentiels polyinsaturés que l’on trouve dans l’édestine, la protéine primaire des graines de chanvre, est importante dans le traitement de la tuberculose. Il a été démontré que la bactérie M. Tuberculosis est détruite plus rapidement lorsque de fortes concentrations d’acide arachidonique sont présentes. L’acide arachidonique est produit dans le corps par le métabolisme de l’acide linoléique, que l’on retrouve en très grande quantité dans les graines de chanvre.

La recherche moderne sur le cannabis et la tuberculose

Dans les années 1950, les recherches ont commencé à fournir des preuves des propriétés antimicrobiennes importantes du cannabis, et des études sur son utilisation potentielle comme traitement contre la tuberculose ont sérieusement démarré, avec des premiers résultats prometteurs. En 1960, il a été démontré que la résine de cannabis isolée inhibait la croissance de M. tuberculosis et de divers autres agents bactériens pathogènes même dilués à 1/150 000.

Les connaissances sur les cannabinoïdes spécifiques eux-mêmes en étaient à leurs débuts (la CBD et la CBN avaient été isolées dans les années 1940, mais le THC et d’autres cannabinoïdes ne furent pas identifiés avant 1964), et comme le monde a commencé à renforcer les lois anti-cannabis dans les années 1960 et 1970, la recherche a stagné. Cependant, il a été démontré que la CBD exerce des propriétés antimicrobiennes spécifiques, et comme la vitesse de la recherche a recommencé à s’accélérer dans les années 90, ce domaine de recherche a fait l’objet d’une attention nouvelle.

Aujourd’hui, la recherche sur les propriétés microbiennes du cannabis a révélé des preuves substantielles que les souches de pneumonie et de SARM résistantes aux médicaments sont détruites par plusieurs cannabinoïdes, dont le CBC, le CBG, le CDB et le THC. Dans une étude israélienne de 2011, des rats ont reçu une injection de M. tuberculosis afin de provoquer une encéphalomyélite auto-immune expérimentale (un modèle animal de sclérose en plaques).

Les résultats ont montré qu’un traitement ultérieur par le CBD a considérablement ralenti la progression de la tuberculose. Les chercheurs ont conclu que cet effet était dû à l’inhibition de la prolifération des lymphocytes T induite par le CDB, une propriété que le CBD possède également ailleurs. Il ne mentionne pas explicitement un effet bactéricide direct sur M. tuberculosis, mais il est possible qu’il ait joué un certain rôle dans le ralentissement de la progression de la tuberculose.

La consommation de cannabis peut-elle aggraver ou même causer la tuberculose ?

Il existe de nombreuses preuves qui démontrent le lien entre le tabagisme et le risque accru d’infection tuberculeuse, ce qui a conduit certains à supposer que l’usage du cannabis augmentait également ce risque. Cependant, rien n’indique que le fait de fumer du cannabis (ou d’utiliser d’autres moyens d’inhaler des cannabinoïdes, comme la vaporisation) augmente directement le risque de développer la tuberculose.

En revanche, de nombreuses preuves démontrent que la propagation de la tuberculose et d’autres maladies respiratoires contagieuses peut être facilitée par des méthodes risquées de consommation de cannabis : bangs et joints partagés, voir la « hot-box » en voiture ou dans une pièce peut augmenter le risque de transmission des microbes de tuberculose. En cas d’utilisation partagée d’un bang, le risque de transmission peut être plus que doublé.

Preuves que le partage de joints de cannabis augmente le risque de tuberculose

En 2003, un foyer de tuberculose a été enregistré dans le Queensland, en Australie, chez un groupe de jeunes hommes de race blanche (groupe démographique inhabituel pour la maladie : les taux d’infection sont généralement plus élevés chez les Aborigènes parce qu’avant l’invasion européenne, ils n’avaient pas encore été confrontés à cette maladie et n’avaient développé aucune résistance naturelle). Une enquête plus poussée a révélé que les membres d’un groupe social étroitement lié se partageaient des bangs entre eux. L’étude de cas a conclu que même si les contacts étroits avec des proches étaient le facteur de risque le plus important, le partage des bangs augmentait aussi considérablement le risque.

En 2004, on a découvert qu’un groupe de 11 jeunes tuberculeux de Seattle, dans l’État de Washington, étaient liés par la consommation sociale de cannabis. Des 22 autres amis et proches qui ont été testés par la suite, 14 (64 %) ont obtenu des résultats positifs au test cutané à la tuberculine. L’enquête a révélé que les membres du groupe social partageaient régulièrement des joints dans des voitures et des petites pièces (dont les fenêtres étaient souvent barricadées pour dissimuler la consommation illicite de cannabis), et qu’ils confinaient intentionnellement leur environnement en « hot-box ». Cela a conduit à l’inhalation répétée de la fumée expirée et des microbes qui s’y trouvaient.

L’un des problèmes potentiels que pose l’identification des cas d’usage partagé de cannabis est le fait qu’il demeure illégal dans la plupart des pays du monde, amenant les gens à hésiter à révéler le nom d’autres personnes qui pourraient être à risque. Un risque permanent s’étend ainsi à d’autres personnes qui ne font pas partie du cercle social immédiat, comme les collègues de travail et les membres de la famille.

Il est crucial de contenir des maladies comme la tuberculose avant qu’elle ne se transforme en épidémie, et il faut pour cela identifier et traiter les « contacts » des cas existants. Il s’agit là d’une autre conséquence négative de la prohibition et, compte tenu de l’émergence de nouvelles souches résistantes aux médicaments, d’un autre argument en faveur de la légalisation, de la réglementation et de l’éducation.

Cannabinoïdes, tuberculose et réponse immunitaire Th1

Lorsqu’une personne est infectée par la tuberculose, un ensemble de réponses immunitaires qui définissent la progression et l’issue de la maladie est déclenché. Cette réponse immunitaire diffère d’une personne à l’autre et, pour la grande majorité des humains, aucun symptôme ne se manifestera. On ne sait pas exactement quels mécanismes caractérisent l’immunité naturelle à la tuberculose. Il existe de multiples souches différentes, et divers facteurs environnementaux et autres peuvent également exercer une influence.

Ce que l’on sait, c’est que la réponse immunitaire Th1 est vitale pour la défense contre les agents pathogènes intracellulaires (microbes qui s’infiltrent et se reproduisent à l’intérieur des cellules hôtes, comme la tuberculose), et que la réponse immunitaire Th1 des personnes sensibles à la TB symptomatique est inhibée. Dans les cas de suppression de la Th1, la réponse immunitaire de la Th2 se déclenche. Cependant, cette réponse est conçue pour se défendre contre les pathogènes extracellulaires (comme les toxines et les parasites) et, lorsqu’elle est contrainte de se défendre contre la tuberculose, elle favorise en fait une progression plus rapide et plus forte des symptômes.

Il a été démontré dans plusieurs articles que les cannabinoïdes sont des modulateurs du système immunitaire. Plus spécifiquement, on pense qu’ils inhibent la réponse immunitaire Th1 tout en favorisant la réponse Th2. Ainsi, dans les cas où l’activation de la réponse immunitaire Th1 est essentielle pour combattre une infection, comme c’est le cas pour la tuberculose, il semble que le fait d’éviter la consommation de cannabis soit un avantage.

Il est clair que de nombreuses recherches restent à faire sur la relation complexe entre le système endocannabinoïde et la réponse immunitaire, et sur la façon dont la consommation de cannabis peut modifier la sensibilité ou le pronostic d’une personne aux infections par la tuberculose et autres micro-organismes pathogènes similaires. Cependant, l’effet bactéricide des cannabinoïdes intéresse certainement les chercheurs, et comme la question des bactéries résistantes aux médicaments devient de plus en plus d’actualité, le cannabis aura certainement un rôle à jouer dans leur contrôle et leur traitement.

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    Sanjai Sinha

    Dr Sanjai Sinha est membre du corps enseignant du Centre médical Weill Cornell de New York où il reçoit des patients, enseigne aux médecins résidents et aux étudiants en médecine et fait de la recherche en services de santé. Il prend soin d’éduquer ses patients et pratique la médecine fondée sur les preuves. Son grand intérêt pour l’examen médical est nourri de ces passions.
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