Jus de cannabis brut : quels sont les bienfaits et comment fonctionne-t-il ?

Les bienfaits du jus de cannabis but ont largement été vantés ces dernières années. Toutefois, très peu de données empiriques ont été publiées pour confirmer scientifiquement les bienfaits. Néanmoins, il a de plus en plus de preuves anecdotiques et de nombreuses personnes ne jurent que par elles – mais il y a-t-il des risques inhérents et, si oui, lesquels ?

Que se cache-t-il derrière cette frénésie ?

Une question plus pertinente serait « qui se trouve derrière la frénésie ? » puisqu’elle est largement due aux efforts de promotion d’un homme – le Dr William Courtney. Le Dr Courtney est un médecin diplômé en microbiologie de l’Université du Michigan, docteur en médecine de la Wayne State University et ayant un post-doctorat en Expertise médico-légale et médecine légiste.

Kristen Peskuski, la femme du Dr Courtney, rapporte avoir lutté contre les symptômes de lupus en consommant du jus de cannabis frais. Depuis, le couple a fait la promotion du traitement avec enthousiasme, vantant ses bienfaits dans plusieurs maladies dont l’efficacité n’a pas encore été évaluée.

Bon nombre des revendications du Dr Courtney sont sans fondement et faciles à discréditer. Ainsi, la tendance du jus de cannabis court-elle le risque d’être considérée comme une mode passagère – mais existe-t-il un fondement pour les revendications ? Très peu de sources de renom nous permettent de tirer une conclusion. La plupart des articles disponibles proviennent d’un mode de vie alternatif et de blogs de contreculture et ne reposent pas sur des études scientifiques.

Explication sur les acides cannabinoïdes

Sur la plante vivante, jusqu’à 90 % du Δ9-THC est présent sous forme de Δ9-THCA, un acide carboxylique (ci-après désigné THCA). Le cannabidiol (CBD) est présent sous forme de CBDA, le cannabigérol (CBG) sous forme de CBGA, le cannabichromène (CBC) sous forme de CBCA, et ainsi de suite.

Les acides carboxyliques (le groupe d’acides organiques en plus grand nombre) sont définis en tant que tel par la présence d’au moins un groupe carboxyle lié à un autre groupe fonctionnel par une seule liaison covalente.  En chimie organique, un groupe fonctionnel se rapporte simplement à un groupe d’atomes dans une molécule responsable de réactions caractéristiques de la molécule.

Un groupe carboxyle est composé d’un groupe carbonyle (C=O ; un atome de carbone lié à un atome d’hydrogène par une double liaison covalente) et d’un groupe hydroxyle (O-H ; un atome d’oxygène lié à un atome d’hydrogène par une seule liaison covalente) – dans l’ensemble, désignés -COOH ou -CO2H. Pour simplifier, le THCA est exprimé THC-CO2H (bien que sa formule chimique soit C22H30O4 ; celle du THC est C21H30O2), le CBDA est exprimé CBD-CO2H et le CBG est exprimé CBG-CO2H.

Ainsi, avant tout traitement d’une plante de cannabis, les cannabinoïdes existent sous ces formes acides. Les cannabinoïdes acides ne sont pas psychoactifs et incitent donc à des recherches sur leurs éventuels bienfaits médicaux.

Lorsque le cannabis est séché ou soumis à une source de chaleur, les acides transmuent dans leurs formes psychoactives neutres, une réaction connue sous le nom de décarboxylation.

La décarboxylation des acides carboxyliques

Le dioxyde de carbone (CO2) se perd au moment de la décarboxylation, se sépare du groupe carboxyle. L’atome d’hydrogène restant forme une seule liaison covalente avec la partie restante de la molécule, fournissant ainsi un proton supplémentaire (un atome d’hydrogène est composé d’un proton et d’un électron ; l’électron est partagé pour former la liaison covalente).

Avec les acides cannabinoïdes, le processus de décarboxylation se produit très vite grâce à l’exposition à la chaleur (par exemple, via l’action de fumer ou chauffer pour faire du beurre de cannabis). De même, il se produit très lentement à température ambiante, bien que le processus soit loin d’être terminé lorsque le cannabis aura séché. À tous points de vue, les acides cannabinoïdes subissent un processus de dégénérescence par chaleur pour former les cannabinoïdes tels que nous les connaissons.

Plusieurs semaines de durcissement après le séchage devraient permettre la décarboxylation totale, mais peut aussi conduire à la dégradation du THC en CBN. Pour éviter cela, le cannabis ne doit pas être exposé à l’air ou à la lumière solaire pendant le durcissement.

Comment la décarboxylation se produit-elle

Si elles sont manipulées grossièrement tant qu’elles sont fraîches, les glandes de résine se rompent et le processus de décarboxylation commence, bien que lentement. Ainsi, le haschich frotté à la main et les extraits de plantes fraîches provoqueront une intoxication, mais il faudra des semaines de séchage et de durcissement avant qu’il ne puisse être consommé. Dans certains climats (particulièrement chauds, tropicaux), la décarboxylation d’acides cannabinoïdes peut même commencer pendant le développement de la plante, au fur et à mesure qu’elle se rapproche de la maturité.

Il est possible d’accélérer le processus en chauffant légèrement le cannabis dans un four électrique à environ 110-120ºC pendant 30 à 60 minutes. Bien que cette température suffise à la décarboxylation, elle n’est pas assez élevée pour provoquer la dégénérescence des cannabinoïdes, des flavonoïdes et des terpénoïdes.

La décarboxylation des acides cannabinoïdes dans le corps

Le biomécanisme des acides cannabinoïdes dans le corps n’est pas bien compris. Jusqu’à récemment, les actions des cannabinoïdes ont soulevé un grand intérêt chez les chercheurs.

Apparemment, la conversion du THCA en THC dans le corps est très limitée. Ainsi, si une personne consomme du cannabis frais et non séché, il devrait y avoir un léger – voire aucun – effet psychoactif (bien que les terpénoïdes et les flavonoïdes puissent produire un certain changement d’humeur).

Dans une étude, les chercheurs n’ont pu décarboxyler qu’un maximum de 70 % de THCA présent dans l’échantillon utilisé. Dans une autre étude précédente, les chercheurs n’ont pu convertir que 30 % du THCA en THC. De nombreuses spéculations existent sur le taux maximum de décarboxylation. À une température aussi basse que 85 ºC, le THC commence à se dégénérer en CBN, et il est probable que cela se produise, même pendant la décarboxylation.

Nous pouvons donc réfuter le fait que le Dr Courtney affirme que consommer du cannabis décarboxylé signifie sacrifier un cannabinoïde hautement médical (THCA ou CBDA). D’après la recherche mentionnée ci-avant, même les utilisateurs de cannabis décarboxylé peuvent consommer une quantité limitée d’acides cannabinoïdes.

Métabolisme du THCA dans le corps

Une étude a montré que le THCA est présent dans le sang et dans l’urine (à des concentrations de 5.0-18.6 % du THC) après l’ingestion de cannabis. L’étude a aussi indiqué que le corps élimine plus vite le THCA que le THC, puisque les ratios les plus élevés de THCA en THC ont été constatés chez les personnes ayant récemment fumé du cannabis.

Une autre étude s’est concentrée sur les rats auxquels du THCA avait été administré oralement, en analysant des échantillons d’urine pour les métabolites qui indiqueraient une voie biochimique. Ils ont trouvé que le THCA subit l’hydroxylation pour former une substance connue sous le nom de 11-OH-THCA, qui s’oxyde ensuite pour former le 11-COOH-THCA (de même, le THC s’hydroxylate en 11-OH-THC, qui s’oxyde ensuite en 11-COOH-THC).

Bienfaits potentiels du cannabis brut

Il existe désormais de plus en plus de preuves qui suggèrent que les acides cannabinoïdes sont plus biodisponibles dans le corps humain que les cannabinoïdes décarboxylés. Toutefois, il est aussi généralement accepté que l’inhalation conduit à une plus grande biodisponibilité, et qu’il est presque impossible de fumer des fleurs de cannabis brut. L’ingestion orale soulève l’une des biodisponibilités les plus basses, qui peut augmenter en cas d’ingestion brute.

Il a été prouvé que le THCA et le THC ont un effet de neuroprotection. Le THCA promet en tant que traitement de la maladie d’Huntington et autres maladies du métabolisme, neurodégénératives et neuro-inflammatoires.

Le cannabis brut contient encore tous les terpénoïdes, les flavonoïdes et les alcaloïdes végétaux qui, autrement, auraient été perdus pendant le chauffage ou le séchage. Les recherches sur les bienfaits sur la santé éventuellement procurés par ces composants ne sont pas extensives. Toutefois, il y a des indications que les terpénoïdes et les flavonoïdes peuvent augmenter le flux sanguin cérébral et améliorer l’activité corticale (utile pour des états comme la maladie d’Alzheimer).  Ils peuvent également tuer les pathogènes respiratoires et procurer un effet anti-inflammatoire général. Bien qu’ils ne soient pas considérés psychoactifs, ils peuvent aussi présenter quelques effets sédatifs.

Le Dr Courtney explique les bienfaits du jus de cannabis brut

Dans la vidéo « LEAF », le Dr Courtney décrit les bienfaits du jus de cannabis brut. Kirsten Peskuski, qui a utilisé du cannabis frais pour traiter un lupus systémique, une arthrite rhumatoïde et l’endométriose, apparaît aussi dans cette vidéo :

Inconvénients et risques de la consommation de cannabis brut

Les feuilles de cannabis contiennent une teneur variable en acide cannabinoïde. Ainsi, sans des tests longs, il est presque impossible d’établir si la dose correcte a été obtenue. Le Dr Courtney a déclaré que l’on devrait consommer une « dose alimentaire » de 600-1000 mg de THCA. Toutefois, en pratique, cette quantité de cannabinoïdes demanderait une consommation de grandes quantités de feuilles ou de bourgeons.

Le Dr Courtney a affirmé que les personnes atteintes de problèmes de la vésicule biliaire ou de troubles rénaux ne devraient pas consommer de cannabis brut ; ni les personnes à qui des anticoagulants ont été prescrits de par leur teneur en vitamine K (la vitamine K est la seule vitamine que l’on retrouve dans le cannabis et qui peut éviter le métabolisme de ces médicaments dans le foie).

Le cannabis brut peut aussi abriter des bactéries et autres pathogènes qui peuvent rendre malade en cas d’ingestion—la salmonella et l’E. coli ont toutes deux été trouvées dans le cannabis—tandis que les pesticides et les engrais foliaires peuvent laisser des traces chimiques dangereuses sur le cannabis récolté. C’est pourquoi, il est conseillé de ne faire du jus qu’avec du cannabis cultivé de façon végane (organique, sans recours à des produits animaliers, comme l’engrais).

La consommation de cannabis brut est-elle sûre ?

D’autres tests empiriques devraient établir l’efficacité relative du cannabis brut par rapport à toute autre forme. Il ne semble pas qu’il y ait des risques graves, excepté dans les conditions susmentionnées. Il ne fait nul doute que des préparations de cannabis brut ont été utilisées pendant des milliers d’années et que si des risques devaient en découler, ils auraient déjà certainement été établis.

La consommation de fruits et de légumes bruts et organiques comporte des bienfaits indéniables chez la plupart des personnes en bonne santé, et il ne semble pas y avoir des raisons pour que le cannabis n’en fasse pas partie. D’autres études sont nécessaires pour évaluer la biodisponibilité des cannabinoïdes bruts et cela ouvre la voie à de nouvelles recherches dans l’application médicale du cannabis.

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    Sanjai Sinha

    Dr Sanjai Sinha est membre du corps enseignant du Centre médical Weill Cornell de New York où il reçoit des patients, enseigne aux médecins résidents et aux étudiants en médecine et fait de la recherche en services de santé. Il prend soin d’éduquer ses patients et pratique la médecine fondée sur les preuves. Son grand intérêt pour l’examen médical est nourri de ces passions.
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